INVOCATION
Quand pourrai-je, exempté de soucis renaissants, Goûter en paix la forme et le charme des choses, Et comme dans les prés les animaux paissants Ruminer sans remords la verdure et les roses?
Nature, quand pourrai-je, ainsi qu'un spectateur, Enivrant mes regards des beautés de l'orage Qui ne troublerait plus ma sereine hauteur, Pleurer les naufragés sans être du naufrage ?
Assister au destin sans tâcher, par devoir, D'en tirer pour la foule une image incertaine, Ne plus faire métier de l'art sacré, n'avoir A chanter que le chant qui sort d'une âme pleine,
0 joie ! Hé ! que me fait la Gloire et ses appels ! Mieux vaut suivre au zénith le nuage qui passe Tel que de blancs troupeaux ou de blonds archipels Qui sur l'azur des mers se groupent avec grâce...
Oh ! n'être qu'un poète et rien autre ! Le vent Qui rend mélodieux le feuillage du tremble De même agiterait mon cœur sombre et mouvant Jusqu'à ce que, l'hiver, il nous fit choir ensemble