SOLEILS COUCHANTS D'ÉTÉ
La nuée en lambeaux, de tonnerre encor grosse, Fuyait à l'Orient le long des champs pleins d'eau. À l'Occident tout noir, tracé comme au cordeau, Le soleil s'enfonçait lentement dans sa fosse.
Le soir montait, pareil à la mer qui grandit. Comme s'il se hâtait de recouvrir un crime. On vit quelques instants surnager sur l'abîme Le grand manteau royal de l'astre, et tout fut dit.
Mais de l'autre côté du ciel, des taches rouges Aux flancs de la nuée éclataient ; et dessous, Dans les champs ravinés luisaient d'horribles trous Comme on en voit s'ouvrir dans le pavé des bouges.
Si bien que l'on eût dit, sentant le Mal vainqueur. Qu'avant de se coucher entre les dalles closes A pleins poings, le soleil, à la face des choses Avait jeté le sang qui coulait de son cœur.
Encore un soleil qui tombe Dans la fosse.où chaque jour Un soleil de plus succombe Tout sanglant de fol amour !
Cette âme en feu qui ruisselle Et ce sang qucrtidien, Fuit-il? s'accumule-t-elle ?
Ou s'il n'en subsiste rien ?
En naît-il un lac énorme Quelque part sous l'horizon.
Où Dieu caduc se reforme Jeune et vivant comme OEson '
Ou toute cette lumière, Œuvre des jours successifs, S'évanouit-elle entière Comme l'écume aux récifs ?
0 penseurs aux thèses sûres, Héros, marcheurs des chemins, Qui tirez de vos blessures La lumière des humains,
Par votre grandeur meurtrie Vous qui leur êtes pareil, Renseignez-nous, je vous prie, Sur le sort des vieux soleils !
L'orage fuit. La plaine est rase. Le soleil Roule sur les degrés, rond et sanglant, pareil Au Mérovingien que le fer vient de tondre ;
Et son front généreux déjà touche le bord.
Les enfants de la Nuit, poussant des cris de mort,
Roulent sur lui les blocs du palais qui s'effondre.
Pour qu'il ne sorte plus du puits qui le cachait, Ils le veulent sceller sous un triple cachet, Et l'ombre accourt avec la poix et le bitume.
Mais au-dessus du puits d'où rejaillit le sang, Dans la douce vapeur en silence naissant, Une étoile, voici qu'une étoile s'allume !
Et, blanche, elle te rend témoignage, ô Soleil, Et, présente à la mort, voit déjà le réveil... Ainsi quand disparaît à l'horizon la France,
Au-dessus des rochers qu'entasse le vainqueur, Sur la pourpre flottante encore de son cœur, Mystérieusement tu souris, Espérance !