‹ Testament poétiqueChapitre 38 sur 112 · LA LEÇON DE PAN · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE PAN

Oh ! feuillez-vous, grands bois ! Revêtez- vous de feuilles !

Couvre d'ombrages frais l'antre où tu te recueilles,

0 Pan ! Jeune toujours et toujours amoureux,

A toute éclosion mêle ton souffle heureux

Et répands au tapis de tes molles prairies

Les vierges et les fleurs en même temps fleuries !

Gomme le bourgeon roux, du lendemain plus sur,

S'enfle au bout des rameaux déroulés dans l'azur !

Je veux l'aller trouver dans ta retraite douce

D'où, comme l'eau s'épanche et rôde sur ia mousse,

Ta claire songerie erre, et ta flûte aussi.

Tu me diras : « Pourquoi cherches-tu ? C'est ici.

Le secret est de vivre et de se laisser faire

Aux sages volontés de la divine sphère.

Ne creuse rien. L'amour est oiseau. Suis l'amour.

Nourris-toi de musique,- habille-toi de jour,

Vole, et ne prends souci que de l'odeur des roses

Et savoure à loisir la jeunesse des choses.

Tout est vie et tout est désir. Enivre-toi

De l'éternelle sève ; il n'est pas d'autre foi. »

Ainsi tu parleras, souriant. Je veux être

Ton écolier docile, ô Pan. Si tu veux, maître,

Au fond des bois criblés des flèches du soleil

Me montrer quelque nymphe, ayant un flot vermeil

De cheveux sur l'épaule, aux lèvres la rosée,

Et dans son large œil trouble une flamme irisée,

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