BAIE DU MONT SAINT-MICHEL
La pâle grève au loin s'étale, immense et lisse ; Au-dessus le ciel pâle, en un brouillard amer Se fond, mélancolique, et, tout au loin, la mer Presque invisiblement s'étale, pâle, et glisse....
Tout est nu ; tout est vide, excepté dans les airs Le vieux Mont qui, dressé comme un sépulcre énorme Double de son reflet sa gigantesque forme Et semble flotter par les espaces déserts.
Mer, ciel et terre sont une même bruine Où flotte, avec son Dieu qu'on oublie et qui dort, En suspens dans la vague unité de la mort Le Mont silencieux, solennelle ruine.
Et voici que je vois, hors du brouillard amer, Apparaître la Fée, et, lunaire fantôme, Pour inspecter soi-même en rêvant son royaume Descendre de la nue et glisser sur la mer...
TOURMENTE D'HIVEK
Sur la ville s'abat cette nuit la tourmente, Et la rafale avec des grondements d'enfer Siffle, tombe et module, et le vent de l'hiver Clame, et comme une femme en couches se lamente.
Et je songe, pendant que la rumeur augmente Comme si des milliers d'âmes traînaient dans l'air ; Et je crois dans les cieux t'entendre, ô sombre mer. Je crois d'en haut te voir venir, grande inclémente.
Telle que je t'ai vue à Saint-Malo, poussant Ta vague par-dessus les tours et te dressant, Hérissée et caduque, ainsi qu'un spectre énorme.
C'est toi qui, cette nuit, ne veux pas que je dorme Et qui fouettes d'embrun mes carreaux descellés, Et dont ma lèvre sent couler les pleurs salés.