AFFIRMATION
Parfois, las de bêcher mon cerveau, champ stérile,
Ramassant ma pensée ainsi qu'un projectile
Dans mon poing qui se crispe, — au loin, je ne sais où,
Au hasard, devant moi, je lance ce caillou !
Et je crie : « II n'est pas de Dieu ! Je suis stupide
D'en chercher un! Le monde est creux ! le ciel est vide!
L'ombre où nous nous mouvons, ombres nous-même, hélas !
N'est l'ombre de personne Il n'est rien! Dieu n'est pas!
Et pendant que je roule avec d'affreux blasphèmes Dans la poussière noire, et que mes ongles blêmes
Me déchirent, — soudain, terreur sainte ! je sens Palpiter à travers les lambeaux rougissants Que j'arrache à mes os, et suinter par mes pores Comme du ciel crevé le pur sang des aurores, Je sens par tous les coins de ma chair et par tous Les sanglots furieux de ma veine en courroux Sourdre, et de toutes parts, jets brûlants, pourpre altiè Jaillir, monter, pleuvoir en gouttes de lumière L'être que me cachait tout l'univers moqueur, Et le Dieu blasphémé ruisselle de mon cœur !