‹ Testament poétiqueChapitre 75 sur 112 · L'ESPRIT CALME · texte numérisé non relu

L'ESPRIT CALME

Jésus dormait. C'était sur le lac, et les Douze Se groupaient sur les bancs près du Maître endormi. Les uns contemplaient l'eau, cette froide jalouse, Et les autres le ciel, indifférent ami.

Ainsi voguaient, remplis d'inquiètes pensées,

Ces silences autour de ce dormeur serein.

La tempête survint. Les vagues oppressées

Se tordaient sous la nue aux grondements d'airain.

Les rames s'arrachaient des poignes convulsives, Et dans l'écume, avec ses impuissants témoins, La nef désemparée, aux chocs des eaux massives Tournait, comme un cercueil de pauvre aux ais disjoint:

Jésus dormait. — Courbés comme au glaive de l'Ange, Et déjà secoués des suprêmes frissons, Mais plus tremblants encorde ce sommeil étrange, Les disciples criaient : « Seigneur! nous périssons ! »

Jésus rouvrit alors ses cils pleins de lumière, Et, levé sur la poupe au milieu des sanglots, Alentour promena sa tranquille paupière. — Un grand calme à l'instant descendit sur les flots...

— Ainsi, saisis de trouble au sombre aspect des choses Nous errons, dans l'horreur des méditations, Sur la mer des effets battue au vent des causes, Misérables jouets d'obscures passions.

l'esprit calme 137

Tour à tour aveuglés d'éclairs et de ténèbres, Dans la mêlée éparse à tous les horizons, Nous ne percevons rien, glacés jusqu'aux vertèbres, Si ce n'est que tout tremble et que nous périssons !

Le sage est seul tranquille en cette ombre où nous sommes. Au tumulte des faits son œil clair et puissant S'impose, — et sur le vent, la fumée et les hommes, L'immense paix des lois éternelles descend!

SECOND INTERMEDE

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