‹ Testament poétiqueChapitre 74 sur 112 · LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE

« Je ne parle qu'en toi. Pourtant je te dépasse. Tu meurs, je te survis, immuable en ma loi : Pour m'expliquer tu vas peuplant de dieux l'espace Où rien n'est cependant de comparable à moi...

« Chercher dans la nature à me voir est peu sage ;

Regarde mon visage, incorruptible, altier !

Ce n'est là le reflet d'aucun autre visage,

Les deux miroirs détruits, je reste encore entier.

« Tu m'obéiras, fût-ce en me niant. Tes tempes Sentiront ma présence, ainsi que le plafond Dans les veilles d'hiver sent la chaleur des lampe6 ; Et tu te porteras les mains souvent au front !

« Tu suivras, l'arrosant d'une sueur amère,

Le chemin noir montré par mon doigt souverain ;

Et tu préféreras au baiser de ta mère

Le baiser sans chaleur de mes lèvres d'airain.

« Nous irons, fût-ce au gouffre où toute chair frissonne. Cachant ton tremblement, tu me diras : « C'est bien » Et même sur la croix, même vu de personne, Tu n'oseras parler pour me reprocher rien...

« Et quand la mort viendra, quoi que tu penses d'elle, Croyant ou révolté, tu ne craindras rien tant Que de me rencontrer à ton chevet fidèle Et de me voir froncer un sourcil mécontent.

« Et penché sur la tombe, et fût-elle la chute Et la destruction de tout ce qu'on rêva, Tu voudras, bénissant le terme de la lutte. Y glisser, rassuré par mon sourire. Va ! »

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