‹ Testament poétiqueChapitre 77 sur 112 · TRADUITS DE SHAKSPEARE · texte numérisé non relu

TRADUITS DE SHAKSPEARE

Ils n'ont rien du soleil, les yeux de ma maîtresse. Le rouge de sa lèvre est d'un corail douteux. S'il fautdes seins déneige, ilssontbrunstouslesdeux; Des cheveux d'or? L'ébène à ses tempes se tresse.

Florissantes, j'ai vu des roses de Damas Roses et blanches ; mais ce n'est point sur sa joue ; Le parfum qui, sur elle et hors d'elle, se joue, Est doux; mais j'en connais qui sont plus délicats.

Elle parle ; et je sens de l'amour à l'entendre, Et pourtant la musique est une voix plus tendre ! Certes je n'ai pas vu Cypris prendre son vol, Mais elle, en sa démarche, elle foule le sol.

Mais, plus que les beautés qu'en poète on compare, Malgré tout, par le ciel ! ma bien-aimée est rare !

La clé bénie en main, je suis comme l'avare Qui peut à tout moment jouir de son trésor, Mais qui ne le veut pas et qui résiste encor, Parce qu'il sait le prix piquant d'un plaisir rare ;

Tel le charme des jours de fête est plus nouveau Si le calendrier de loin en loin les place ; Et tel le joaillier, d'un goût plus sûr, espace Dans un collier, la perle où luit la plus belle eau.

Le temps où je vous ai, c'est ma riche cassette; C'est l'armoire où j'enclos des vêtements de rois ;

Pour ce bonheur choisi j'ai des instants de choix, Où je sors de prison cette splendeur parfaite !

Soyez béni, vous qui donnez à vos élus

Joie avec vous ; Espoir, lorsqu'ils ne vous ont plus!

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