‹ Testament politique du duc Charles de LorraineChapitre 4 sur 5 · SUR LES NÉGOTIATIONS ÉTRANGÈRES ET DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES NÉGOTIATIONS ÉTRANGÈRES ET DOMESTIQUES

par le même Prince.

Dès que la seule naissance fait d'un homme un Ministre, il y a assurance qu'il ne sera jamais qu'un sot.

Sa fierté l'empêche d'apprendre ce que son élévation ne le convainct pas toujours qu'il ignore, et, plus il est distingué par son rang, plus les affaires publiques vont mal, quand on s'en repose sur sa conduite.

Il est à propos de joindre l'un à l'autre en suppléant au défaut de la naissance par de l'autorité et de l'élévation, et, au défaut du mérite acquis, par le secours de ceux qui ont employé leur vie à en acquérir. Si cela est nécessaire chez soy, sur peine de ne sçavoir pas l'art de régner, il devient inévitable dans les négotiations étrangères, où les coups de plume et les manières de traiter avec les Têtes couronnées décident de la paix et de la guerre et sont toujours les semences de la prospérité ou de la décadence d'un Etat.

Je crois que, pour bien faire, le Roy d'Hongrie, arrivant à l'Empire, doit former une Académie de treize Politiques, qui se choisissent entr'eux un Référendaire d'Etat annuel, qui soit chargé pendant une année de porter la parole de la Compagnie dans le Cabinet du Souverain , afm qu'il puisse estre éclairé à fonds sur toutes les matières qui sont sur le tapis et qui en soit

réciproquement instruit de toutes celles qui doivent s'agiter dans cette Compagnie.

, L'occupation de ces nouveaux Conseillers, ou Référendaires d'Etat, doit être une discussion par semaine, à jour précis, sur quelque matière qui leur aura esté proposée ou, à son défaut, qu'ils se seront proposée entr'eux.Deux particuliers parleront, l'un pour l'affirmative et l'autre pour la négative, de la décision qui en aura esté reçue préalablement à la pluralité des voix. Le discours sera par écrit, qu'ils pourront lire, et ensuite sera porté en copie dans le Cabinet du Prince pour y employer du temps à s'instruire des raisons qui peuvent l'ériger en Chef de son Conseil. Tous les Conseillers Auliques et les enfans de Ministres, agez de vingt et un ans et au dessus, y seront admis, mais pour écouter seulement, même ceux de la Régence aux mêmes conditions, afin que ces jeunes hommes d'Etat s'instruisent plus à fond par le travail de ces habiles Politiques.

Ce nouvel établissement ne doit dépendre et ne doit conférer qu'avec le Prince seul. Le secret y doit estre inviolable de part et d'autre, et, quelque déclaration qui y paroisse des sentimens partagez, il n'est pas à propos que l'agitation indique ceux qui ont tenu la négative ou l'affirmative dans le temps que le Référendaire en chef est allé aux avis pour former la décision , qui doit toujours estre réglée entr'eux treize seulement, ou entre ceux de la Compagnie qui ne sont pas absens.

Il n'y faut admettre que du mérite, même sans naissance, et ne remplir le nombre vacant que par le choix des sujets déférés à leur pénétration. Us présenteront donc

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au Souverain trois sujets, qu'ils affirmeront estre les plus capables de tous ceux qu'ils connoissent. Ce Souverain en choisira un pour remplir le premier la place vacante ; mais les deux autres viendront infailliblement à leur tour, dès qu'une fois ils auront acquis ce suffrage de l'Académie politique.

Il leur faut assigner trente mil florins de gages annuels, sçavoir mil florins à chacun par an, et le double à celuy qui sera élu pour leur chef, ce qui en remplit quatorze mil ; deux mil pour les expéditionnaires de copies, subordonnez à un Secrétaire déclaré, avec un Sous- Secrétaire pour estre présent en son absence ; quatre mil pour les petites pensions qu'ils feront à ceux qui commencent a prendre goût et à s'avancer dans les affaires, ce qui fait vingt mil ; et les dix mil restans doivent estre employez, ou pour donner un secours à un d'eux qui passe o\i on l'envoyé, ou pour les régaleren particulier de petits secours, qui assurent leur vigilance par ce surcroist de bienfait.

Dès qu'on voudra envoyer un ministre dans une Cour considérable, il sera obligé de choisir en second un homme de cette Compagnie, auquel il ne donnera que sa table et place dans son carrosse, en luy communiquant tout ce qui se passe et tout ce qui se délibère, pour en avoir son sentiment par écrit.

Celuy, qui sera choisi pour aller en second dans une Cour Etrangère, jouira de ses appointemens ordinaires, qui luy seront transférez à point nommé, gardera une entière subordination avec le Ministre avec lequel il confère, et aura correspondance avec le Conseil des Politi-

ques qu'il a laissé dans l'Etat afin d'en tirer les lumières qui luy sont nécessaires pour bien conseiller celuy qu'il assiste, et réciproquement envoyera de mois en mois des instructions à son Assemblée des observations et des découvertes qu'il fera dans la politique et dans les Maximes de la Gourou il se trouve, ce qui sera communiqué exactement à tous les membres de ce nouveau Corps, afin qu'ils s'enfoncent dans les affaires par les affaires mêmes.

Celuy, qui aura esté en second en quelque Cour avec un principal Ministre, n'y retournera jamais si ce n'est en premier, avec un second comme cy dessus, par où les Ministres seront obligez de les y faire considérer comme des gens de marque et du secret du Cabinet, afin qu'ils n'y soient pas dans la suite avilis par leur faute au préjudice de l'Etat, sur peine d'un exil de Cour et d'autres punitions encore plus grandes.

Celuy qui aura passé ces années en second dans une Cour célèbre sera renvoyé en premier dans une Cour subalterne ou renvoyé avec un autre Ministre, jamais avec le même, dans une autre Cour de conséquence, afin ou'insensiblement le mérite soutienne la naissance et s'en procure les avantages et les entrées, et que la naissance soit forcée d'acquérir du mérite, ou au moins l'Etat dispensé de s'assurer sur des gens qui le compromettent par leur fierté, en feignant de luy estre extrêmement utiles.

Il n'v aura jamais que six Cours principales avec lesquelles les négotiations puissent avoir de belles ou de fâcheuses conséquences.

Celle de Constantinople, où il faut envoyer un homme

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de belle apparence, ferme de paroles, mais concis, solide dans ses raisonnemens et point du tout entêté de son caractère. Celuy qui ira en second doit donc estre un homme intrépide, doux, mais pressant dans ses raisonnemens et qui sçache ouvrir tant de moyens de faire réussir ce qu'il prétend que le Commissaire Ottoman soit forcé d'en accepter quelqu'un ou d'en proposer luy même de recevables. Il faut que celuy-cy sçache pertinemment l'art de régner, et il ne sçauroit trop avoir d'expérience pour éviter toutes les ruses des Mahométans, qui se piquent si haut de mener les Allemands par le nez et de les effrayer dès qu'ils menacent.

Celle de Pologne demande un homme d'intrigue et de partis, qui sçache connoistre les uns par le commerce des autres, et soutenir son caractère avec tant de hauteur et de justesse qu'il se fasse toujours respecter plus encore par crainte que par ménagement. Celuy qu'on luy donne en second doit estre un homme docile, qui écoute et qui profite de tout, qui s'épuise en raisonnements pour détruire le sentiment qu'il ne veut pas suivre^ en disant très peu de celuy qu'il prétend établir, afin que les Polonois y viennent comme d'eux mêmes, ce qui est le grand secret de faire ses affaires en ces pais là ; qui traitent l'un et l'autre le Roy avec estime, mais non pas avec confiance, sans jamais s'ouvrir à luy de ce qu'il pourroit faire ou omettre, s'ils n'en ont un ordre exprès de la Cour et si ce Prince n'est profondément dans les intérests déclarez de la Maison d'Austriche; car il arrive souvent que ce Prince révèle à d'autres ce qu'un Ministre luy suggère et indispose infailliblement contre

luy ceux qui ne sont pas de ce sentiment; de quoy un Prince, habile à régner en Pologne, sçait se prévaloir contre la Couronne même, qui lui en donne l'occasion par cette indiscrette découverte.

Celle de Rome demande un homme fastueux, qui fasse plus de montre qu'il ne dise de paroles, qui sçache se faire aimer et non pas craindre, ce qui éveille trop les Italiens, et qui, sous un air de bonté sans affectation, s'insinue dans tous les détours et dans toutes les souplesses de cette rusée Cour. Celuy qu'on luy donne en second doit être précis à ne dire ce qu'il prétend que d'une seule manière et toujours par les mêmes raisons, puisque l'Italien pénètre tout dès qu'on s'ouvre trop, se contentant d'improuver de même par très peu de paroles tout ce que l'on luy oppose, en faisant l'un et l'autre provision de phlegme, sans même marquer la moindre impatience, pour profiter des règnes comme ils sont et disposer de loin le moyen de se rédimer de cette vexation que Rome donne à toutes les Couronnes puissantes sous prétexte de Religion.

Celle d'Angleterre demande un homme familier, populaire et magnifique, qui épuise les réflexions d'un tas d'opinions peu enfoncées et fort intéressées au lucre domestique, et qui par son affabilité paroisse tout espérer des Anglois, même à force de les flatter. Celuy qu'on luy donnera en second doit avoir le génie ouvert, estre éloquent, juste dans ses découvertes, et si accoutumé aux contradictions qu'il s'en serve pour raisons au lieu d'en employer d'autres, afin que son opinion, paroissant établie sur des principes reçus de quelqu'un, ait autant

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de patrons que la proposition qu'il veut relever a de partisans, et que l'indisposition des autres ne retombe jamais sur luy, mais sur ceux qui y ont contredit. C'est l'art de triompher dans cette négotiation.

Celuy qui vient d'Angleterre doit estre appliqué en Hollande, afin de faire valoir dans l'une ce qu'il aura ébauché dans l'autre et que ces nouveaux Républicains l'estiment davantage par Thabitude qu'il aura acquise de traiter avec des gens qu'il faut entretenir dans les mêmes jalousies d'intérest et d'animosité contre la France, comme il est à propos d'adresser à Venise le Ministre qui revient de Constantinople , pour apprendre mieux Part d'ébranler ce ferme Sénat, quand on voudra en venir à une rupture ouverte.

La Cour de Suède demande un homme meur et circonspect, qui ne marque jamais aucune envie de remuer, homme de paix, qui ne parle que d'accord, que de concorde entre les couronnes pour le bien public des peuples, etc. Celuy, qu'on luy donnera en second, doit estre pénétrant à découvrir ceux qui sont mécontens, soit de leur état, soit du Gouvernement, pour les faire entrer en confidence de la Couronne qu'il sert, les engager mesme par des pensions modiques, mais bien payées et fort secrettement, afin de pouvoir s'en servir à ses fins quand il sera temps de remuer le gouvernement de l'Allemagne. Il faut qu'il soit si couvert qu'il ne paroisse affecter que les découvertes du commerce, de la culture, des inclinations prédominantes de la nation, mais qu'il sème adroitement de grandes défiances contre les veues sourdes ou publiques de la France, s'attirant

mesme de ses Confrères certains avis, faits exprès, qui luy marquent que le Cabinet du Prince est fort occupé sur les trames sourdes de la France, qui agit toujours malgré elle mesme et souvent au delà de ses propres interests, afm d'observer le penchant des esprits sur cette découverte pour pouvoir à temps en profiter.

Celuy-cy fera bien de passer en Dannemarck pour marquer quelque égalité d'estime entre ces deux Rois, jaloux l'un de l'autre, mais principalement pour y faire la mesme chose qu'en Suède, y entretenir des partis qu'on puisse ménager pour les intérests de son maistre et desquels on puisse se servir dans l'occasion, pour opposer au moins l'un à l'autre, si on ne peut les joindre l'un et l'autre contre la France.

La Cour de France demande un homme qui affecte la simplicité et un grand éloignement du faste et du luxe puisqu'il n'y tient pas le rang qui luy est dû, qui soit libéral de sa table, facile à aborder et si profond à ne s'expliquer sur rien qu'il paroisse plutost stupide qu'intriguant et, auprès du Souverain de cet Etat, plutost sincère que politique. Celuy qu'on luy donnera en second doit estre extrêmement retiré et appliqué à de grandes choses, toujours embarrassé d'affaires en apparence, fort exact à tout observer et à conférer de tout avec le Ministre, point du tout parleur, mais solide et juste dans tout ce qu'il dira, si accoutumée trouver tout bien et tout bon que sa seule complaisance luy donne du suffrage partout, se conformant à la mode, aux habits, etc., et paroissant aussi somptueux que son adjoint paroist négligé dans ses dehors, qui n'ait avec les gens d'Etat que des conférences

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sur d'autres affaires que les siennes, et qui paroisse si peu instruit de celles de France, mesme de celles de son maistre, qu'on le prenne plutost pour un homme qui voyage par curiosité que pour un homme destiné à découvrir la politique et les desseins de ce Cabinet. Celuy cy entretiendra une grosse correspondance avec tous ses Coëgaux de Constantinople, de Pologne, de Rome, de Venize, et de Suède^, etc., pour apprendre par eux mesmes ce qui paroist se remuer où ils sont pour les interests de cette Cour et n'en juger jamais assurément que sur ces découvertes étrangères.

Celuy cy pourra passer en Portugal et en Espagne sans aucun obstacle, et, puis qu'outre qu'il y recevra les honneurs qui luy ont esté différez, il achèvera aisément d'indisposer les Nations contre la France par le seul détail de ses mœurs et de la conduite de son gouvernement, y meslant les irrégularitez de religion, de sentimens, de coutumes, etc., pour grossir l'éloignement naturel qui se trouve entre ces Nations.

Quand tous ces Seconds reviendront à leur place, il faut les laisser reposer au moins une année avant que de les renvoyer chez les Princes d'Italie ou d'Allemagne, et obliger leur Compagnie de les élire pour Chefs Référendaires d'état afm qu'en portant la parole ordinairement ils instruisent le Prince de ce qu'ils ont remarqué dans ces Cours qu'ils viennent de quitter, ce qu'on peut mesme les obliger de donner par écrit.

Pendant leur absence, si le nombre des Politiques d'Etat n'alloit pas jusqu'à sept, ceux qui restent introduiront dans leurs conférences politiques de semaine

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cinq ou six aspirans jugez capables, et déjà pensionnaires de cette Chambre, comme on l'a dit plus haut. On les fera de mesme présenter au Souverain régnant afin qu'il s'instruise par luy mesme de leur mérite et du bon choix de la Chambre en faveur de son service; mais ils n'auront point de part aux décisions ny aux consultations secrettes du Cabinet, jusqu'à ce qu'ils ayant preste le serment de fidélité et de secret.

Quand le Souverain jugera à propos, il les fera passer dans le Conseil Aulique, mesme dans celuy de la Régence, selon leur capacité; il pourra mesme par la suite les élever encore plus haut, s'ils continuent à le mériter. C'est par là qu'il est assuré de tout sçavoir, d'estre averti à temps, d'estre bien servi et de n'estre jamais surpris.

Dès que le Souverain aura avancé un membre de ce Conseil jusqu'à quelque participation du Ministère , il l'obligera de donner par écrit , signé de sa mam et affirmé vray selon sa confidence, l'idée qu'il a de tous ceux qu'il a laissé dans la même chambre qu'il vient de quitter, afin que le Souverain les connoisse plus intimement, ce qui sera tenu secret entre le Souverain et le Sujet.

Il est à propos de ne pas ennoblir ces nouveaux Sujets par des distinctions extérieures, qui seront toujours audessous de leur mérite. S'il est tel qu'on le suppose, le titre de Conseiller secret du Cabinet suffit pour avoir entrée par tout, afin que leurs enfans s'étudient encore de surpasser leurs pères pour succéder à leur distinction par les mêmes voyes, et qu'on oblige par là mesme les pères à les cultiver d'une manière si sévère et si rigoureuse que

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la lâcheté et l'indolence, qui désolent les familles de grande qualité et des Ministres les plus accréditez, n'aillent pas jusqu'à eux, mais qu'ils l'évitent par la seule nécessité de soutenir la fortune de leurs pères. C'est la seule méthode qui reste aux Souverains d'aujourd'huy de perpétuer la vigilance des Ministres dans leur service.

De ces treize Politiques il pourra y en avoir trois ou quatre Ecclésiastiques, supposé qu'ils ayent de grands talents ; mais il ne les faut jamais employer, en Seconds, qu'en Pologne, en France, en Suède, et chez les Princes d'Italie ou d'Allemagne Catholiques

Tous les Commissaires, qu'on assigne en Cour pour écouter les négotiations étrangères, doivent estre accompagnez d'un de ces Politiques, avec voix délibérative dans l'assemblée et mesme pas que l'homme de la première qualité, auquel il doit toujours estre ajouté en second par tout, sans quoy le Souverain sera toujours la duppe de son Ministère.

Il faut envoyer en Perse et en Moscovie, mesme ailleurs, des Ambassadeurs extraordinaires fort éclatans, magnifiques, d'une grande dépense, et surtout accompagnez de plusieurs bonnes testes, bien instruites des inclinations et des maximes de ces peuples, pour en tirer le fruit qu'on en espère selon le besoin.

Quand il y aura quelque proposition scabreuse à laquelle il s'agit de répondre , le Souverain fera consulter cette Chambre de Politique d'Etat avant que de la proposer au Conseil privé ou secret, afin que chacun y sçache tout ce qu'on peut y entrevoir, soit dans les termes^ soit dans les suites.

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Il faut estre extrêmement circonspect dans les Traitez publics, plutost ne les fmir jamais que d'y passer ce qu'on ne veut pas tenir ; mais aussi ne faut-il jamais en permettre l'infraction dès qu'ils seront ratifiez, afin d'attirer par cet air de bonne foy la confiance de toute l'Europe. Il y aura toujours assez d'autres moyens de brouiller où on s'avisera de le faire sentir.

Il faut d'abord, de gré ou de force , se rendre l'arbitre de tous les différends entre les Princes d'Italie ou ceux d'Allemagne, quels qu'ils soient, et, à la moindre invocation , mesme ménagement, de secours étrangers, les accabler sans ressources et surtout les opprimer du poids de ses forces actuelles dans la moindre résistance. Quand mesme, après cette punition passagère, il faudroit rendre ou abandonnera proye, n'importe: l'exemple de la désolation retient les autres et rend plus dociles et plus soumis ceux qui ont plus perdu à la querelle.

Il faut communiquer, incontinent après le serment, à tous les Politiques le testament Politique, que j'ay donné à l'Empereur Léopold en faveur du Roy d'Hongrie et ses successeurs arrivant à l'Empire, afin que ce jeune prince trouve des gens remplis et versez dans ses interests et qu'il s'en puisse servir utilement pour apprendre à régner, puisque c'a esté mon intention.

En paix et en guerre ces Politiques entretiendront commerce de lettres dans les Pais Etrangers, mais ils se serviront du chiffre du Secrétaire de la Chambre, qui sera donné par le Souverain, afin qu'on puisse aisément découvrir jusqu'où vont, leurs intelligences et à quoy elles aboutissent.

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Comme la Famille régnante aura beaucoup de confiance à ces sages Politiques , ils ne luy manqueront de fidélité qu'au danger de leur propre vie ; car, si quelqu'un est convaincu de la moindre trahison dans les dehors, quelle qu'elle soit , il sera pendu devant la porte de l'assemblée, ses confrères estant obligez d'estre ses Juges sans appel. Si cette infidélité est en dedans de l'Etat par quelque indiscrétion, etc., il en sera quitte pour sa fortune et sera rélégué pour sa vie à trente lieues au moins de la Cour, sans aucune pension à espérer, ou il sera mis en assurance dans une ville forte ou citadelle pour prison perpétuelle, après avoir fait amende honorable devant la porte de son Assemblée, en chemise, la torche au poing, toujours par le propre jugement de ses propres confrères, qui encoureront la mesme peine, sans y rien changer, s'ils n'en décident selon l'intention de ces instructions.

Unissant ces instructions à celles que j'ay données dans mon Testament Politique, il n'y a point d'apparence que la Maison d'Austriche ne prospère, que toute l'Europe n'ambitionne d'estre sous sa domination et qu'elle ne supplante peu à peu tous ceux qui luy résistent.

Il faut admettre dans cette Chambre les Sujets des Pais nouvellement conquis, reconnus habiles et éprouvez fidels, afin que chacun trouve un rang dans l'Etat à proportion du mérite que le Ciel luy aura communiqué, les observant de près , au.x mesmes droits et dangers de punition que dessus, par où personne ne sera indisposé contre le sage gouvernement de la Famille dominante, et

on évitera ce qui arrive aujourd'huy au Gouvernement d'Espagne, qui n'a pour amis, ni parens, ni alliez, ni sujets acquis, ni ennemis déclarez.

Signé : Charles de Lorraine.

ACHEVÉ D'IMPRIMER le I j octobre 1866

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