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commissure labiale de ce côté se trouve un peu attirée en haut. Ajoutons que les muscles de la face du côté droit ne sont pas contracturés. La sensibilité est conservée des deux côtés dans la région des. joues. L’ examen électrique n’a pas été pratiqué, faute du matériel nécessaire. Revenant à la joue gauche, nous constatons que le masséter de ce côté contracturé forme, au-dessous des parties molles de la joue, un plan résistant, douloureux à la pression; il existe aussi un point douloureux au-devant de l'insertion massétérine. Enfin, les arcades dentaires sont fortement serrées et ce n’est qu'à grand'peine qu'on parvient à les écarter d’un centimètre environ. Interrogé sur la date du début de ces accidents, le malade ne peut nous donner que des renseignements tout à fait vagues, de sorte qu'il est impossible de savoir exactement s’il sont apparus immédiatement après la blessure ou seulement quelques jours après.
. Ainsi donc, notre malade reçoit un coup de casse-tête à la région fronto-pariétale gauche et un coup de couteäu au niveau de la région sourcilière du même côté; il reste toute la nuit couché sur une route à la campagne et par un temps froid; au bout de quelques jours, apparition d’une paralysie faciale et d’une contracture du masséter du côté correspondant à la blessure : telle est en résumé l'histoire de notre malade.
Un diagnostic exact n’était pas aisé, car nous nous trouvions en présence d’un complexus symptomatique qu'on est peu habitué à trouver en clinique. |
Cependant, en présence des ennbarne que nous venons de signaler, étant données les péripéties qui avaient précédé l'apparition de la paralysie faciale et de la contracture du masséter, nous devions nous poser les questions suivantes : avionsnous affaire à une paralysie faciale consécutive à une fracture du rocher ? ou bien s'agissait-il d’une paralysie faciale à frigore? Et dans ces deux cas, la contracture du masséter, simple coïncidence, ne serait-elle pas due à une lésion dentaire ou à une fracture du maxillaire, puisque nous avons constaté un point très douloureux en avant de l'insertion massétérine ?
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Ces deux hypothèses devaient tout d'abord venir à l'esprit, mais elles n'étaient pas tout à fait satisfaisantes.
Nous nous sommes alors demandé, si nous ne nous trouvions pas en présence d'un de ces cas rares, et dont le diagnostic est souvent si difficileau début, de tétanos céphalique avec paralysie faciale (tétanos céphalique de Rose), affection sur laquelle M. Terrillon venait d'attirer l'attention à la Société de chirurgie quelques mois auparavant à propos d’un malade de sa clientèle privée.
Nous nous arrêtons plutôt à ce diagnostic de tétanos cépha-
—lique avec paralysie faciale, tout en faisant une légère réserve,
car nous n'avions jamais eu l’occasion d'observer un cas analogue. Nous songeâmes à endormir le malade, dans le double but d’écarter les mâchoires pour faciliter l'alimentation et de
- nous rendre compte par l’examen de la cavité buccale des cau-
ses qui auraient pu provoquer la contracture du masséter, car c'était là le phénomène le moins facile à expliquer. Mais nous nous occupons d’abord de la plaie, de l’antisepsie de la bouche et de l’état général du malade.
Les fils à sutures qui étaientrestés dans la plaie sontenlevés immédiatement : la plaie est nettoyée avec, soin et recouverte d’un pansement antiseptique. Nous prescrivons en même temps des gargarismes, ou plutôt des lavages de la bouche avec une solution boriquée à 4 p. 100, du lait et 4 gr. de chloral; la plaie se cicatrise assez rapidement et il ne reste bientôt plus que la contracture du masséter gauche et la paralysie faciale du même côté. Cet état dure sans grands changements jusqu'à la fin du mois de janvier, c’est-à-dire pendant 10 jours. Pendant ce temps on essaie à plusieurs reprises, d'ouvrir la bouche du malade, mais sans y insister beaucoup, ces tentatives restant infructueuses.
Nous nous décidons enfin à chloroformer le malade, tant les mâchoires étaient serrées l’une contre l’autre, lorsque la veille du jour où nous nous disposions à intervenir surviennent des contractures dans les muscles du cou, de la nuque, du tronc, etc.
Le
der février. En effet, à la visite du matin, nous constatons que la tête est inclinée du côté blessé etque le malade éprouve
de grandes difficultés à faire le moindre mouvement de tête. Il existe de la raideur de la nuque et du sterno-cléido-mastoïdien ;:
le tronc aussi est rigide; le malade ne peut s'asseoir dans son lit et ne peut que difficilement plierle membre inférieur gauche.
Les membres supérieurs sont indemnes. Du côté de la face
nous constatons les phénomènes suivants: du côté gauche,
contracture du masséter et paralysie faciale ; du côté droit, les :
muscles de la face sont dans un état de contracture permanent, l'œil estrapetissé, la figure devient grimaçante lorsquele malade veut parler. Les arcades dentaires sont fortement APRES Prescription : 8 grammes de chloral.
2 février. L'état est le même. 8 gr. de chloral.
3 février. Rien à signaler.
4 février. Les contractures de la face, du cou, de la nuque et du tronc persistent, la respiration est gênée : le malade demande à être assis sur son lit, soutenu par des oreillers ; maïs bientôt il préfère être assis dans un fauteuil. Difficulté de la déglutition : le malade est obligé de se mettre debout pour boire. À partir de ce jour il est placé dans une chambre à part, qui estrendue obscure et maintenue à une températnre constante ; Les oreillers du malade sont recouverts d’une épaisse couche d’ouate. Pour des raisons spéciales nous n’avons pu isoler le malade dès le début des accidents, Chloral : 12 grammes.
5 février. Rigidité de la jambe droite qui ne peut être fléchie. La jambe gauche, atteinte de contracture le 1°" février, paraît indemne aujourd’hui. Plusieurs fois dans le cours de la maladie nous avons observé des périodes pendant lesquelles les mem-
bres inférieurs d’abord atteints devenaient tout à fait libres, Les contractures des membres inférieurs ont même alterné : elles
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étaient plus fortes, tantôt à droite, tantôt àgauche ; ces contrac-
tures n'ont donc pas constitué de phénomène dominant. Par contre, la raideur de la face et de la nuque s’esttoujours maintenue à peu près au même degré et avec les mêmes caractères. Chloral : 12 grammes.
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6 février. L'étatestlemêmequela veille : chloral 12 grammes . Le 7. Rigidité des deux membres inférieurs. Aggravation des accidents qui sont à leur saummum à 5 heures du soir. Les arcades dentaires sont fortement serrées ; cependant, du côté de la
Commissure labiale droite, les lèvres s’entr'ouvrent légèrement
pour laisser couler un re visqueux, sanguinolent et très nauséabond.
Le malade se plaint de la sensation d’une barre à la région épigastrique. La respiration estgênée. Le malade peut plier les
jambes dans son lit.
L'interne de garde administre un lerément avec 4 grammes
- de chloral. Dans la soirée, sous l'influence de ce lavement, le
malade va abondamment à la garde-robe, ce qui n'avait pas eu lien depuis trois jours. |
Le 8. Légère amélioration. Chloral 15 grammes.
Le 9. Statu quo; jambes enflées ; chloral 15 grammes. Jusqu'au 16 février, le malade est resté à peu près dans le même état, on continue le chloral.
Le 16. Tremblements spasmodiques des membres né oues survenus à la suite d’une flexion du membre. Sirop de morphine 75 grammes. Lavement de chloral : 6 grammes.
Du 17 au 22. Légère amélioration, à part la contracture de la face et de la nuque, le malade va assez bien. Prescription pendant cette période : sirop de morphine et chloral.
Le 22. A la visite du matin, le malade est assis dans un fauteuil : son état paraît très satisfaisant ; la parole assez facile, le cou et les membres sont libres, la figure elle-mêmeestdécontracturée en grande partie. Le malade raconte qu'il a de mauvaises dents qu'il voudrait se faire extraire, et lorsqu'on lui dit qu’on estdisposé à les lui arracher tout de suite, il est pris d’une vive émotion, qui se traduit par des spasmes tétaniques de la
face, du cou, des membres inférieurs, du thorax ; le malade
étouffe, sa figure etses mains sont cyanosées ; c était la première crise de tétanos généralisé quenousçconstations. Au bout
de quelques instants tout était rentré dans l’ordre, mais le
malade restaitabattu. Sirop de TRE 60 Dgranimess chloral : 8 grammes en lavement. 1n 9
Le 24. Une crise, hallucinations. Le malade a oi à maigri.
Les 25, 26, 27: citées hallucinations, agitation.
Le 28. Pas de crise véritable, mais le malade est agité; après le lavement de chloral pris le soir, le malade tombe en syncope et reste environ deux heures sans connaissance.
1e mars. Deux crises, agitation.
Le 2. Le malade meurt étoutfé dans une crise, à une heure moins dix du matin. |
Autopsie, 24 heures après la mort.
Adhérences anciennes de la plèyre droite en avant et en arrière. Légère congestion à la base du poumon.
Cœur : Caillots fibrineux dans les deux cavités. Valvule mitrale un peu épaissie et rétrécie ; valvule tricuspide normale; ventricule gauche hypertrophié ; ventricule droit très dilaté et à parois amincies.
. Os du crâne et de la face : Petite fracture insignifiante de l'arcade orbitaire gauche au niveau du trou sous-orbitaire.
Rien du côté de la voûte elle-même, ni de la base du crâne : le rocher est intact.
Fracture du rebord alvéolaire Hécte du maxillaire inférieur; la 2 petite molaire gauche est détachée de son ous
Le cerveau est normal.
Les méninges crâniennes sont congestionnées du côté de la base, au voisinage du chiasma des nerfs optiques.
Le cervelet ne présente rien à signaler ; il paraît normal.
Il en est de même du bulbe.
Quant à la moelle et aux enveloppes qui l’entourent, elles
sont hyperhémiées. Nerfs examinés : facial, trijumeau (nerf sus-
orbitaire) ; nous n’y avons trouvé aucune lésion. : Le facial a surtout été examiné avec soin et poursuivi jusque
dans le rocher; nulle part il n’a été trouvé lésé, ni comprimé. Nous avons cherché à compléter cette observation par un
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examen bactériologique : des fragments du facial, de la moelle et d’autres nerfs crâniens ont permis d'obtenir des cultures, qui toutes ont présenté des microbes nombreux et variés. Sur trois cobayes inoculés avec ces bouillons complexes, deux sont morts au bout de 48 heures sans convulsions; l’autopsie n’a révélé aucune lésion appréciable. Ainsi donc cet examen peut être considéré comme nul.
Résumé des observations précédentes.
1. PorLocx, 1847 — Homme, 33 ans. Blessure de la cornée gauche, cicatrisation rapide, 10 jours après. Trismus et le lendemain paralysie faciale gauche. Contracture localisée aux muscles de la moitié droite de la face. Mort le 11° jour.
2. LANGENBECK, 1869.— Garçon, 7 ans. Plaie de la joue gauche. Quelques jours après, paralysie faciale gauche puis trismus et contractures généralisées. Dysphagie,
3. RosE, 1863. — Homme, 23 ans. Plaie de l’extrémité interne du rebord orbitaire inférieur gauche. Le lendemain, trismus et paralysie faciale gauche. Dysphagie et phénomènes asphyxiques très prononcés. Mortle 3° jour.
4. Rose, 1870. — Matelot. Plaie de la mâchoire supérieure droite. Deux semaines après, trismus etparalysie faciale droite. Contractures généralisées. Guérison.
5. KIRGHNER, 1872. — Soldat. Coup de feu de l'œil droit. 6 jours après, paralysie faciale droite ; le lendemain dysphagie ; le surlendemain, trismus, puis tétanos généralisé. Mort le 10° jour. |
6. Auteur inconnu, 1874. — Piaie de la paupière inférieure gauche. 6 jours après, paralysie faciale et trismus simultanés.
Mort le 10° jour.