PREMIÈRE PARTIE
La tète comprend le crâne et la face.
A l'ovoïde crânien, qui contient le cerveau, le cervelet et partie de la moelle allongée, s'attache le massif facial, creusé de cavités pour les organes des sens. Ainsi composée, et comprenant encore les parties molles qui revêtent son squelette, la téle forme la région la plus importante et la plus complexe du crrps.
La multiplicilé, la diversité et l'importance des organes qu'elle contient, les particularités relatives au développement de ces parties, la fréquence et la variété presque infinie des affections qui peuvent atteindre leurs différents éléments, les opérations multiples et délicates qu'elles nécessitent, font de la tête une région dont l'étude longue et difficile présente le plus haut intérêt.
A.VATOMIE MÉnnO-CUmURGICALE. 1
9 ANATOMIE MÉDICO-CIIIIUIRGICALE.
La iêle se continue en bas avec le cou, qu'elle déborde de tous côtés, et surtout en avant : un plan rasant le bord libre du maxillaire inférieur et le pourtour du trou occipital, sépare ces deux grandes régions. C'est par cette base de la lele que les organes contenus dans la région céphalique se mettent en connnumcal.on avec le tronc. C'est aussi par cette face inférieure que la tète s'articule avec a colonne vertébrale ; cette articulation est plus rapprochée de 1 occiput que du menton, de telle sorte que le centre de gravité est placé en avant de 1 axe de rotation. C'est pourquoi la tète abandonnée à elle-même tend à s'infléchir, c est-a-dire à se porter en bas et en avant, comme il arrive lorsque le sommeil nous prend dans la situation assise : la tête tombe, et le menton se rapproche du thorax. Si nous maintenons ordinairement la tète redressée, c'esl-à-dire face en avant, dans la position du regard horizontal, c'est grâce à l'intervention incessante des forces musculaires de la nuque, et non par l'équilibre naturel, comme le disent encore
quelques auteurs. ,• j i
Forme. — Dimensions. — La tète représente un ovoïde irrégulier, dont la grosse extrémité, dirigée en arrière et en haut, correspond à ce qu'on nomme l'occiput, et dont le sommet répond au menton. 11 faut ajouter que la moitié antérieure ou faciale de cet ovoïde, aplatie sur les côtés et d'avant en arrière, prend la forme d'une pyramide quadrangulaire. Le grand axe de l'ovoïde constitue le diamètre occipito-mentonnier, le plus long de tous les diamètres de la tête, chez l'adulte comme sur l'enfant.
Les variétés morphologiques individuelles sont trè$ nombreuses; elles relèvent de deux facteurs principaux : les différences dans la forme du squelette, et l'état des parties molles. Il est difficile de dire dans quelles proportions s'exerce 1 mfluence de ces deux facteurs. On peut cependant, je crois, avancer : que pour la portion crânienne, c'est le squelette qui possède l'influence principale, tandis que le rôle des parties molles est prédominant en ce qui concerne la forme extérieure de la portion faciale. Le développement de la chevelure, de la graisse et des muscles, joue un rôle important dans les différences individuelles.
La hauteur de la tète, mesurée avec l'équerre céphalométrique du verlex au menton, est en moyenne de 22 centimètres, chez l'homme (Collignon, mesures prises sur 280 Français) ; elle forme un peu plus du huitième de la hauteur totale du corps.
Le volume de la tète est moindre chez la femme que chez l'homme (Parchappe). Le poids moyeu est de 4 kilogrammes chez I homme, de 3 kil. 6 chez la femme (Merkel). Les principaux diamètres de la tête entière d'homme sont :
Diamètre ant.-post. max. 190 mill. — D. transversal max. 156 mill. — D. bizygomatique max. 140 mill. — D. inento-occipital max. 250 mill. — Circonférence
horizontale max. 560 mill. -j i i
Les différences individuelles relatives k la hauteur, au volume, au poids de la
tète sont très grandes.
Un point des plus remarquables dans l'anatomie de la tète, c'est la fréquence el rimporiance des asymétries, tant pour le crâne que pour la face.
Différences sexuelles. — La tête humaine présente, comme les autres parties du corps en général, des différences sexuelles secondaires extra-squelettiques, se rattachant à la finesse de la peau et des poils, à l'abondance du tissu cellulaire sons-cutané et au moindre développement musculaire chez les femmes.
A ces différences s'ajoutent d'autres caractères sexuels appartenant au squelette,
DE LA TlÎTE. 5
et dont la plupart so traduisent dans les formes extérieures. Tous soiU explicables par l'intériorité considérable de la femme sous le rapport du développement quantitatif osseux et musculaire, infériorité qui coïncide, corrélativement, avec une supériorité manifeste du développement relatif de l'encépliale (Manouvrier).
Fig. 2. - l'i-olll de lèle; type masculin.
Le crâne féminin diffère ordinairement du crâne masculin par un volume et un poids moindres, par une épaisseur plus faible de ses parois, par la surface plus lisse et la moindre saillie de toutes les crêtes, aspérités ou apophyses servant aux msertions musculaires : protubérance et crêtes occipitales, crêtes sus-mastoïdiennes et temporales, apophyses mastoïdes, styloïdes, zygomaliques, orbitaires, etc. Les condyles de l'occipital sont aussi plus minces. En outre, la glabelle et les bosses sourcilières sont plus ou moins complètement ell'acées. Les rebords orbitaires sont |»lus délicats : le rebord supérieur est peu développé, parfois Irancliant, il fait défaut du côté interne. Ces derniers caractères se rattachent au moindre développement en hauteur de la portion inférieure et antérieure, ou faciale, de l'os frontal (l». Broca). Les sinus frontaux sont nuls ou petits. Le front s'élève plus verticalement, et change de direction plus brusquement. La région du vertox est aplatie. Les bosses frontales et pariétales sont plus saillantes. Les crêtes temporales montent moins haut. Les contours et la surfucc de la région faciale sont aussi plus arrondis et
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plus lisses. Les fosses cauiues sont nioius profondes. Les dcu. nmillaires, ainsi que les dents, sont moins volumineux. L'ensemble de la face est d ailleurs plus pelit relativement au crâne, où la voûte est plus développée que la base, (.es derniers caraclères du crâne, contribuent à donner à la tête féminine une supériorité mor-
Fig. 5. — Prolil de tèle ; type féminin.
phologique incontestable, démontrée par l'élude de l'évolution crânienne dans l'espèce et dans les races humaines (Manouvrier). — Il faut ajouter que les caractères énumérés ci-dessus ne se rencontrent pas tous, nécessairement, sur chaque tête féminine. Beaucoup de crânes masculins présentent des caractères féminins en plus ou moins grand nombre et plus ou moins accentués; par contre, on trouve sur beaucoup de femmes des caractères céphaliques plus ou moins masculins.
En général la tète delà femme se rapproche plus de celle de l'enfant que de celle de l'homme. D'où l'opinion que la femme est incomplètement développée au point de vue cérébral. Manouvrier a réfuté cette erreur en montrant l'égalité des deux sexes sous le rapport du développement absolu de la région antérieure du cerveau.
La tête du nouveau-né n'est pas une simple réduction de celle de l'adulte. Elle forme à peu près le quart, ou un peu plus de la longueur totale du corps (Malgaigne), et peut être considérée, au point de vue obstétrical, comme la partie la plus volumineuse du corps, car ses diamètres sont les moins réductibles. La partie craneiiine est beaucoup plus développée que la partie faciale, dont le développement est plus tardif.
DE LA TÊTK. T.
Ses principaux dianiMres sont évalués : — L'ocoipilo-mfintonnier à iTt centimètres; — i'occipito-fronlal à ii cenlimèlros et demi; — l.; Iransverse nnaximum postérieur ou bipariélal, qui va d'une bosse pariétale à l'autre à 9 centimètres et demi; — le Iransverse minimum aniérieur ou bitemporal à 8 centimètres ; — le vertical maximum à 9 centimètres et demi ; — la circonférence à r»4 centimètres.
Budin a fait remarquer que le diamètre occipito-mentonnier n'est pas à proprement parler le plus grand diamètre antèro-postèricur de la tête du fœtus à terme : le diamètre maximum va du menton vers le milieu de la suture sagittale et mesure 15 centimètres et demi; Budin l'appelle sus-occipito-mentonnier.
Dans la vieillesse, la tête subit d'importantes modifications par suite de l'atrophie du cerveau, de la raréfaction fréquente du tissu spongieux des os du crâne, de la disparition des dents et de leurs alvéoles. La première de ces altérations séniles ne produit aucun changement extérieur. Les deux autres se révèlent extérieurement par un aplatissement de l'exocrâne sur divers points, notamment à la région pariétale, par le changement de direction de la mâchoire inférieure et son rapprochement de la région nasale ; la pointe du nez se rapproche du menton.
On trouvera plus loin (Voy. développement du crâne) tout ce qui a trait au squelette ostéo-fibreux de la tête du nouveau-né et à l'évolution du squelette dans la
vieillesse.
J'étudierai successivement le crâne et la face.