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DÉVELOPPEMENT DE L'OREILLE MOYENNE ET DE L'OREILLE EXTERNE

L'oreille moyenne et l'oreille externe se développent aux dépens de la partie supérieure ou fond de la première fente brachiale et de ses parois. On admet généralement que la partie supéro-posiérieure de la première fente branchiale persiste sous la forme d'un conduit, allant du pharynx à l'extérieur, et cloisonne vers sa partie moyenne par la membrane d'occlusion; la partie de la première fente, canal tubo-tympanique, située en dehors de la membrane d'occlusion, forme la trompe et la caisse: la partie située en dehors devient le conduit auditif externe ; la membrane d'occlusion est l'ébauche de la membrane tympanique.

La caisse est d'abord une cavité fort étroite; aplatie latéralement, elle se présente sur une coupe (voy. fig. 87) comme une simple fente, ses parois cpithéliales étant soulevées et amenées au contact par un tissu muqueux très abondant; c est dans ce tissu muqueux situé en dehors de la cavité de la caisse, et non dans la cavile comme on le dit encore quelquefois, que se développent les osselets et la corde du tympan, qui sont ainsi primitivement situés en dehors de la caisse. Plus tard, lorsque le tissu muqueux des parois de la caisse s'atrophie et disparaît, la muqueuse le suit et s'insinue entre les osselets, les entoure de toutes parts, et les coilTe, ainsi que la corde du tympan, si bien que ces organes paraissent libres dans la cavité tympanique. En réalité, ils restent toujours en dehors de cette cavUe aux parois de laquelle ils sont suspendus par des replis de la muqueuse, comme les organes abdominaux enveloppés par le péritoine et rattachés à la paroi par les mésentères sont en réalité en dehors de la cavité péritonéale.

La membrane tympani.p.c ne se forme pas seulement aux dépens de la mem-

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brane d'occlusion do. la première fen(e branchiale; le tissu rnésodorniique des arcs voisins (1" ou maxillaire et 2" ou hyoïdien) pousse des prolongements dans l'épaisseur de cette membrane; c'est dans ce lissu mésodermique que se développent les osselets, lo muscle du marteau et la corde du tympan, au pourtour de l'épaisse lame conjonctive qui représente alors la membrane tympaniquc. Plus lard, la membrane s'amincit en même temps que la cavité tympanique se dilate, son tissu se condense et elle se transforme en une lame vibrante, élastique.

Cette conception simple, adoptée par la majorité des auteurs, n'est point admise par Urbantschitch : pour cet auteur, la première fente branchiale resterait étrangère à la formation de l'oreille moyenne et de l'oreille externe. Ces organes se formeraient de la façon suivante : la trompe d'Eustaclie et la caisse proviendraient d'une invagination de la paroi pharyngienne, et le conduit auditif serait formé par une invagination de la peau ; à la rencontre de ces deux invaginations subislerail une cloison, la membrane du tympan. .

Développement du pavillon.

Le conduit auditif externe et le pavillon se développent aux dépens de cette partie de la première fente branchiale qui est située en dehors de la membrane d'occlusion. Les bords et le fond de la première fente branchiale, limitée par les

Fig. 88. — Embryon de 11 mm. (Br. I dcllis).

Les 6 bourgeons qui vont former le pavillon de l'oreille apparaissent nellcment. Deux de ces tubercules (1 et 2) apj)arliinnenl au maxillaire inférieur; trois (4,5, G) appartiennent au deuxième arc; un (3) est intermédiaire, c'est le luberculum inlermedium, occupant le fond de la première fente branchiale. — 1, luberculum du tragus (t. tragicum). — 2 et 5, tubercules de l'hélix. — 3 c, queue de l'hélix. — 4, tubercule de l'anthélix. — 5, tub. de l'antilragus [tubevculum anlitragiciim). — C, tub. du lobule.

deux premiers arcs branchiaux, se hérissent de mamelons ou bourgeons qui ont été vus et figurés par Reichert, Dursy, KoUmann, Moldenhauer, etc. His a étudié le développement de ces parties sur des embryons humains; je reproduis les principales de ses figures, qui permettent de suivre les diverses phases de la formation du pavillon. Dès la fin du premier mois (fig. 88) on peut voir, sur le pourtour et le fond de la première fente branchiale, six saillies ou bourgeons. Ces bourgeons répondent à une région assez étendue dé la tète de l'embryon, la région auditive-.

DE lA TÊTU. 2U->

ils représentent les premiers éléments du pavillon cl sont disposés circulairemenl autour d'une dépression, le conduit auditif externe (Voy. fig. 80). Par leur union, les bourgeons forment les diiîérenles parties du pavillon. Les bourgeons 1 et 5 for ment le Iragus et l'anlili'agiis (Voy. lig. 88); 2 et 5 forment l'Iiélix, 4 devij?ndra l'anthélix. Le lobule qui se développe aux dépens du bourgeon 6 ne commence à se détacher que vers le cinquième mois; parfois, connue on sait, il reste toujours adhérent.

Sur le deuxième arc, en arrière des bourgeons 4 et 5, une saillie (c) pe forme.

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fig. 89. — Développement du pavillon de l'oreille (d'après His).

Embryon de 7 mm. 5 (Embryo A de Ilis). Oa voit, bordant la premièi-c fente branchiale, les tubercules qui formeront le pavillon de Toreille. - Vcs. aud., saillie formée par la vésicule auditive. — Max. inf. et max stip., les 2 maxillaires.

Séparée des bourgeons par un sillon, llis rattache cette saillie ou cauda, qui deviendra la queue de l'hélix, au bourgeon 5 {i^iLermcdium).

Bientôt le maxillaire inférieur se rapproche du bourgeon 6 et s uml avec lui, limitant ainsi une fosse, fossa ançiularis, qui répond à la cavité de la conque. Dans cette fosse apparaît un peu plus tard une élevure, tvberculum centrale, qui repond

au cartilage du conduit. . ,, j i. -u

Sur l'embryon de la fin du deuxième mois, les parties essentielles de 1 oreille sont facilement rcconnaissablcs. Ultérieurement surviennent des mod.llcations diverses qui amènent le pavillon à sa forme difm.t.ve; la partie postérieure du

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pavillon se délacho de la lèto cl se rccoiii'l)e en avanl, recoiivraul l'aiilhélix cl comblant presque oiilièrcmeiit la fossa aiigularis. Celle plicalure de la partie postérieure détoriiiiiie une coudure brusque à h partie supérieure de l'bélix; l'oreille devient poinlue, elle gai'de parfois celle forme A, comme chez cerlains animaux. Parmi les modifications ulléricures, il faut signaler : la croissance du tubercule

Fig. on. — Embryon de 15 millim. (Dr. 1 de Ilis). Fig. 'M. — Embryon de 13 mm. 6 (Br.

Le lubcrcuhtm Ivagicum et le tuberculuin anli- 2 de His).

tiagicum limitent ïiiicisura inlerlragica.

antérieur de l'hélix qui s'avance sous la fossa angularis où il va s'unir au tubercule de l'anlhélix et de l'anlitragus; — et la division du bourgeon du tragus en deux tubercules : le luhercidum tragicum et le tuherciihim svpra-lrngicum (Voy. fig. 95) ; il reste souvent, chez l'adulte, des traces de cette division du tragus. Ce sont ces formations secondaires, survenant entre le et le mois, qui ont le

Fi^'. 92. — L'oreille d'un fœtus au commencement du 5"°° mois.

plus d'importance au point de vue des malformations du pavillon. His pense que la fistule congénitale de l'oreille, dont le siège ordinaire est sur la partie antérieure de l'héhx, c'est-à-dire en un point où la fosse primitive de l'oreille ne s'étend jamais, n'a rien à faire avec la fente primaire de l'oreille. — Il convient d'ailleurs de reconnaître, qu'en ce qui concerne le développement de l'oreille, nos connaissances sont fort insuffisantes pour expliquer les vices de développement.

Gradenigo a présenté (Cenlralbl. f. cl. medic. WIssensch., 1888) d'une façon lort différente le développement du pavillon. 11 prétend que les six bourgeons primitifs ne sont point destinés à former le pavillon, mais seulement cette partie du pavillon qui répond à la cavité de la conque ; le reste se développe aux dépens d'une deuxième série do bourgeons qui apparaissent en arrière des bourgeons primitifs. — Il faut aussi remarquer que la description de Kolliker ne se rapproche guère de celle donnée par His. - Je le répète, de nouvelles recherches sent nccessiires.

DIS L.\ TÈTI';.

A la naissance, le pavillon ed relativemcnl très développé; son développement marche parallèlement à celui du crâne.

Le développement du labyrinthe est plus précoce que celui de l'oreille moyenne; les dimensions chez le nouveau-né sont à peu près les mêmes que chez l'adulle.

Le développement embryonnaire de l'oreille moyenne et de l'oreille externe dans la partie supérieure de la première lenic branchiale nous explique que ces organes prennent fréquemment part aux malformations qui perlent sur l'appareil branchial, et coïncident souvent avec d'autres dilTormilés congénitales, comme le bec-de-lièvre.

Les anomalies ou malfonnalions de la membrane lympanale sont en général liées à celles de l'oreille moyenne: la membrane peut manquer ou présenter une inclinaison exagérée. — Li s faits de membrane double, signalés par quelques auteurs, concernent des fausses membranes du conduit. — Les lacunes et les perforations doivent sans doute être considérées comme lésions pathologiques et non comme arrêts de développement.

Les diflbrmités congénitales du pavillon ne sont pas extrêmement rares : on a signalé le

Tiii tragt. j

\lncisu.iiJitert.

Fig. 95. — Oreille d'un fœtus de 5 mois (Ilis). Destinée à montrer la subdivision du luberculum tragicum en deux bourgeons, ïincisura inler- Iragica et Yincisura auris.

développement exagéré du pavillon, portant sur l'ensemble ou sur une partie de l'organe ; Boyer a excisé un lobule anormalement développé. Des excisions combmees suivies du rapprochement et de la suture des parties restantes permettront toujours de corriger une ditformité monstrueuse. On a aussi observé l'absence du pavillon. Cassebohm et de Rossi mentionnent des cas de pavillons surnuméraires. .

Les difformités par défaut sont plus fréquentes: tantôt le pavillon est plus ou moins replie sur lui-même ; ou bien il est plus ou moins rudimentaire et représente par une sorte de bourgeon informe, irrégulièrement mamelonné. Dans quelques cas, i parait manquer complètement ; il existe cependant, mais recouvert par la peau, sous laquelle on retrouve le cartilage avec sa conformation normale ; Dubois, IJyrtl, ont rencontré de ces cas. - Le meat auditif peut être oblitéré par le rapprochement et la soudure des bourgeons qui le circonscrivent. Il peut arriver que les deux lèvres de la première fente branchiale, sur lesquelles apparaissent les bourgeons du pavillon, ne se soudent pas ; e pavillon reste alors divisé en deux parties; c'est le coloboma auvis (Loeiner). - On a vu les deux pavdlons situe obliquement h la partie supérieure du cou, dans la gouttière qui sépare es régions «us- et soushyoïdienne, et très rapprochés de la ligne médiane; cette mallormat.on, qui » ^eç" le nm i'oloccphalie serait due à un arrêt de développement des deux premières lentes branchiales et de l'arc maxillaire inférieur (Darcste). , ,. , , r i

lîien que l'oreiUr externe se développe à l'extrémité ^.perieure de la première fente b.anchiale, les kystes dermoïdes y sont rares; au dire de Lannelongue, on n eu connai pas d'exemples. - Par contre, les kystes dermoïdes péri-auricuIaires sont fréquents : on les a

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rencontrés sur tous les points du pourtour de l'oreille. Le professeur Lannelongue {A/feclions congénitales, p. 151) en a rassemblé les principaux cas.

Il est une variété de ces kystes péri-auriculaii'cs sur laquelle je tifns à appeler l'attention, parce que, à ma connaissance, leur palhogénie n'a point été suffisamment élucidée : je veux parler de ces kystes qui se développent en arrière du pavillon dans la légion mastoïdienne. Ils ne sont point très rares; Gilletle, Reclus, Steinbrugge, en ont rapporté des exemples; ils sont superficiels ou intra-osseux. Le mode de développement de la région masioïdienne explique leur formation. En effet, l'apopliyse mastoïde est formée par la réunion de deux pièces os:euscs primilivement séparées (Voy. Apop masl.) : l'une de ces pièces appartient à l'écaillé du temporal et forme la moitié antérieure de l'apophyse ; l'autre, qui se développe aux dépens du rocher ou par un point osseux spécial forme la moitié postérieure de l'apophyse. La soudure entre ces deux moitiés se fait très tardivement, parfois même elle ne s'achève jamais : sur tous les temporaux d'adultes on peut retrouver la trace de cette soudure ; sur certains, elle est marquée par une rainure profonde et dentelée dans laquelle s'enfonce le périoste. N'est-ce pas à ces particularités de développement de l'apophyse mastoïde qu'il faut rattacher le développement des kystes dermoïdes mastoïdiens?

Parmi les vices de conformation, ou les arrêts de développement, il faut signaler Yahsence, l'oblitération ou l'imperforalion congénitale du conduit auditif externe, rarement observés. Les rétrécissements congénilanx sont plus fréquents : ils peuvent affecter les deux portions et s'étendre sur toute la longueur du conduit, ou bien ils sont annulaires et ne rétrécissent qu'un point du conduit. — Il faut Lien distinguer ces rétrécissements congénitaux de ceux qui surviennent à la suite des infiammations du con luil.

Les fistules congénitales du pavillon de l'oreille, malformations sans gravité, sont des fis- Iules borgnes externes, dont le trajet est en général très court et sons-cutané. On les rencontre surtout vers l'extrémité antérieure de l'hélix (Voir fig. 94), el, plus rarement, sur le

Fig. 94. — Fistule congénitale sur la partie antérieure de l'hélix, lieu d'élection (Lannelongue).

lobule. — Peut-être la première répond-elle à cet enfoncement du tubercule de l'hélix vers la conque, à Vincisnra auris; peut-être la seconde est-elle un vestige de Vincisura intcrlragica qui divisait primitivement le contour inférieur du pavillon. Je ne crois pas qu'on ait expliqué la pathogénie de ces fistules ; de nouveaux travaux sont indispensables.

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