LIVRE PREMIER
CHAPri'RE PREMIER Curiosités anatomiques, pathologiques et tératologiques.
Usages des seins (1). — Mahomet avait raison de dire : « Le sein de la femme nourrira Tenfant et réjouira le père. » En effet, les mamelles sont une application frappante du miscuit utile diilci des anciens. Elles sont utiles au nouveau-né, en lui fournissant son premier aliment, dont il est très friand; agréables à l'adulte, en concourant, avec les autres charmes féminins, à griser ses sens pour le porter à la reproduction de l'espèce. Ecoutez ce galant madrigal d'un certain M. Manuel, A sa femme qui nourrissait (2) :
Découvre donc, épouse et mère, Ce sein que nous nous disputons.
La Nature y mit deux boutons :
L'un est au fils, l'autre est au père.
(1) V. leur description anatomique dans notre Génération humaine.
(2) Les Étrennes d' Apollon, de 1787.
CURIOSITÉS MÉniCALES. II — 1
CURIOSITES MEDICALES
Les seins ne sont-ils pas un des principaux attributs de la beauté? C'est peut-être la plus troublante des « trente beautés » de la femme, et J.-J. Piousseau a eu raison de dire qu'une femme sans gorge est un garçon manqué.
Seuls, les philosophes et les anatomistes, gens sérieux, s'accordent à voir dans les mamelles plutôt l'utilité que l'agrément. Amyot pense que :
Nature a fait descendre à bas, sous le ventre, les tettes de tous autres animaux ; mais à la femme, elle les a attachées à la poitrine, en assiette propre, pour pouvoir baiser, embrasser et caresser son enfant, en l'allaitant.
C'est aussi l'avis de Dionis. Pour André du Laurens :
Les mamelles servent au cœur, viscère très noble, autant qu'elles le défendent des injures externes, et le cœur rend la pareille aux mamelles, aidant, par sa chaleur, leur action qui est la génération en lait.
Laissons ces explications d'antan et rappelons le rôle varié des seins, en' dehors de leur fonction physiologique, l'allaitement, étudiée dans tous les traités didactiques.
Aux couturières, ils offrent une pelote naturelle par la saillie qu'ils donnent au corsage, surtout du côté gauche.
Quelques libertins sadiques, tel le piqueur Michel B... (1), se plaisent à enfoncer les épingles directement dans les seins à nu.
Le vide qui sépare les seins et que les pensionnaires de cou- Vent appellent « le bénitier » — est-ce parce qu'il attire les doigts ? — fait office de porte-bouquet pour les femmes décolletées et un peu fortes. Nous savons que, sous le Directoire, les robes collantes ne comportant pas de poche, le creux intermammaire recevait la bourse en cuir. De nos jours, les femmes y mettent leur montre, retenue par une chaînette à boule, et, comme à l'époque de Turpilius (2), il leur sert de cachette et de boite aux lettres. Louis XIII, nous l'avons vu, saisissait avec des pincettes le billet dissimulé dans le corset de ISP'" de Haute-
;i) V. Anecâ. kid,, p. DO.
(2) \. Anecâ. hhst., p. 254. — Tuvpil , rq)- -No/i XIV, et Lucien, Dial. vior. 12.
ANATOMIQUES, PATHOLOGIQUES ET TERATOLOGIQUES à
fort et Louis XVIII, moins pudibond, prenait les seins de la Gayla pour une tabatière.
Julie, fille d'Auguste, fit de sa poitrine une couveuse : étant enceinte de Tibère, elle désirait ardemment un fils; pour savoir si ses vœux seraient accomplis, elle plaça un œuf dans son sein ; lorsqu'elle était obligée de le quitter, elle le confiait à une nourrice. L'augure fut heureux; elle eut un coq de son œuf et un enfant mâle de son mari.
D'après M. Melegari, ancien ministre des affaires étrangères en Italie, les seins ont eu parfois une mission industriella qui rappelle la pratique de l'impératrice romaine :
On sait que les œufs de vers à soie n'éclosent que six jours après avoir été soumis à l'incubation, laquelle commence à une température de 15° Réaumur. A cet effet, on les place, les premiers jours de leur naissance, dans une chambre dont la température est d'abord de 20° Réaumur, le second jour de 19°, puis de 18.
Mais, dans les magnaneries primitives du midi de l'Italie, on n'a pas toujours le local nécessaire à cette opération et l'on y supplée en mettant les œufs dans des sachets que les femmes placent entre leurs seins.
Au bout de cinq et six jours, elles sentent de petits picotements qui indiquent que l'opération est terminée. Encore une œuvre maternelle remplie par ces nobles organes féminins.
Une Enigme sous forme de sonnet, de Straparole, a trait à cet usage :
Dessus le tendre sein d'une jeune pucelle, Et entre ses tetins qui s'enflent doucement, Je pren ma nourriture et mon accroissement, Me paissant à souhait des douceurs de la belle.
Et pour ne demeurer trop ingrat envers elle, Sans la récompenser de son bon traitement, Je luy domie mes biens, le cher esbatement De sa songneuse main qui tousjours m'apas telle.
Mais les deux trop jaloux de mon aise et repos Me pressent de si près, que, contraint, Je m'enclos Dedans un petit nid, où je \j solitaire.
Finalement, moy-mesme ayant de moy pitié, Je sors de ce cachot avecques ma moitié, Et pour vivre je cours à la mort volontaire.
CURIOSITES MEDICALES
De bien peu, ains de pas un de la compagnie fut entendu le docte énigme proposé par du Moulin, qui, les voyant tous perplex et sans parole, leur dict: « La vraye intelligence de mon énigme est telle : Au moys de may, la jeune fille mect en son sein les œufs du ver qui file la soye, lesquels fînablement s'y couvent, le ver y prenant vie; lequel, en récompense d'un tel bénéfice, luy donne la soye qu'il file, s'enfermant dans le ploton, duquel estant après sorty, se conjoinct avecques sa femelle, qui faict les œufs, puis court volontairement à la mort. »
Oribase envisage l'utilité des mamelles, celles des truies en particulier, au point de vue culinaire :
Les glandes des mamelles offrent, quand elles contiennent du lait, quelque chose de la douceur de ce liquide ; et c'est précisément pour cela que ces glandes, lorsqu'elles sont pleines de lait, surtout celles des truies, constituent un mets très recherché des gourmets (1).
La peau des seins, nous l'avons déjà vu, a été quelquefois utilisée après la mort pour la reliure ou pour la confection de tambours patriotiques, comme celui de Jean Ziska (2).
Anomalies. — 1" Absence des mamelles. — La « poitrine plate )) est assez commune dans le sexe féminin, mais plus rare est l'absence complète des seins. Le D'" E. Gilly en a cité un exemple chez une femme mère, âgée de 33 ans.
Les femmes peu passionnées ont, paraît-il, des mamelles rudimentaires ; c'est du moins la remarque qu'une professionnelle faisait au chef de la police, M. Claude:
Les femmes qui ont la taille carrée, dit la Farcy, et qui n'ont pas d'estomac sont généralement des femmes honnêtes. Aussi, je n'en Veux pas dans mon établissement ; elles me ruineraient.
Celles qui ont l'aspect homasse manquent souvent de mamelles. Tel était, sans doute, le cas de la virago espagnole dont parle J.-M. de Hérédia (3), et c'est par pure coquetterie qu'elle attribue la disparition des seins à l'usage d'un emplâtre fondant hypothétique. Voici ce passage:
(1) Trad. Bussemaker et Daremberg, II, 32.
(2) Aneccl. hist.etrel. (tig. 32).
(3) Revue des Dctix Mondes^ !«'' mars 1894*
Dôna Catalina de Erauso, connue sous le nom la Monjacilferez (la Nonne-enseigne, porte- drapeau), qui passa toute sa vie dans les camps, en habits d'homme, sans jamais être reconnue pour femme, disait avoir usé d'un procédé particulier pour atrophier ses seins, qui l'auraient trahie. Le voyageur Pietro délia Valle, qui la vit à Rome en 1626, parle d'elle en ces termes dans une de ses lettres : « Grande et forte de taille, d'apparence plutôt masculine, elle n'a pas plus de gorge qu'une fillette. Elle me dit avoir fait je ne sais quel remède pour se la faire passer. Ce fut, je crois, un emplâtre fourni par un Italien. L'effet en fut douloureux, mais fort à souhait.
Les bossues (Bouvier) et les crétines (Baillarger) ont les seins petits, flasques, et les mamelons rudimentaires.
Conséquence de l'éducation à haute pression : arrêt dans le développement des seins et par suite fréquence plus grande de la stérilité et incapacité à la fonction de l'allaitement (1).
Le D"" Moore (2) reconnaît ces inconvénients dans le Royaume- Uni :
FiG. 1. — Tirée de JDeutsohe Chirurgie.
De l'âge de huit à seize ans, nos filles passent la plupart de leur temps dans l'air malsain de la salle d'étude, le corps penché sur des livres, quand elles devraient multiplier les récréations et les promenades. Comme conséquence immédiate, toute l'habileté de nos couturières et de nos modistes semble avoir pour but de dissimuler l'absence de ces organes si nécessaires à la fois à la beauté et à la maternité, et la jeune fille daujourd'hui devient la femme stérile ou maladive de demain.
Certaines affections graves des seins, comme le squirrhe atrophique (fig. 1), ratatinent ces organes au point de les faire
(1) D''s Cuilei-re, Rochard, Herbert, Spencer.
(2) British Médical.
CURIOSITES MEDICALES
disparaître en entier. Quand cette maladie est prise au début, — comme d'ailleurs dans les autres affections cancéreuses, — c'est le chirurgien qui procède à l'ablation du sein malade, soit
FiG. 2. — Tirée de la Chirurgie de A.Guéi'ln.
FiG. 3. — Tirée de la Chirurgie de A. Guérin.
avec le bistouri (fig. 2), soit à l'aide de flèches caustiques, composées de chlorure de zinc et de froment (fig. 3).
Extirpation des mamelles. Amazones. — Cette opération a été aussi pratiquée en dehors des cas chirurgicaux, La barbare Amestris fit, par jalousie, couper les mamelles à la princesse Artaynte, femme de Masistès (1).
Nous avons déjà parlé (2) de l'extirpation des seins dans les supplices et de la mutilation volontaire de ces organes chez les Skopky. La peuplade fabuleuse des Amazones, qui habitaient les rives du Thermodon, en Gappadoce, est plus connue.
On lit dans toutes les histoires que les Amazones scythes s'atrophiaient le sein droit, soit en le comprimant, soit en le brûlant, pour pouvoir plus aisément tirer de l'arc. On croyait même que leur nom (A privatif; mazos, mamelle) tirait de cette particularité son étymologie (3). Depuis, le fait a été contesté et l'étymologie reconnue
(1) Peyeilue. Histoire de la Chirurgie.
(2) V. Aneed. hist.. p. 20.
(3) Peu de mots ont plus exercé la sagacité des ôtymologistes ; les uns font dériver amazone de aijia [virgo ou mulier) et Çtow], ceinture, prise ici pour l'habillement tout entier ; les autres, comme Otrokoski, lui donnent pour origine am' azzoïi, qui
fausse. Cependant Hippocrate l'a mentionné, tenant la chose pour véritable ; mais les raisons de cette pratique auraient été, suivant lui, autres que celles qu'on en donne généralement. « Dès l'enfance, ditil, les mères brûlaient la mamelle droite à leurs filles au moyen d'un fer rouge fabriqué tout exprès pour cet usage, afin que toute la vigueur refluât dans l'épaule et dans le bras droits ; ut omne sic robur ad humerum dextrum et brachium advocaretu7\ » (Hippocrate, De Aère et Locis.) C'est donc à tort que Littré, dans son Dictionnaire, affirme que ce passage du père de la médecine a trait, non aux jeunes filles, mais aux jeunes garçons, que les femmes scythes estropiaient dès leur naissance (1).
Peintres et sculpteurs ne tiennent aucun compte de ces étymologies contradictoires et représentent les Amazones avec le sein droit normal, mais découvert, pour donner plus de liberté aux mouvements du bras correspondant; tel le bronze trouvé dans les ruines de Pompéi (fig. 4).
' M^''' de Se vigne, qui parut en Amazone dans un ballet donné à Vincennes, bénéficia de l'origine douteuse de ce mot, et, peu respectueuse de la tradition, elle ne crut pas devoir sacrifier une de ses mamelles. Benserade lui en fit la remarque dans ce quatrain :
Belle et jeune guerrière, une preuve assez bonne Qu'on suit d'une Amazone et la règle et les vœux, C'est qu'on n'a qu'un téton... Je crois, Dieu me pardonne, Que vous en avez déjà deux.
signifie ce femme robuste » dans quelques dialectes slavons. D'après un passage d'un philosophe grec, Palephate, contemporain d'Alexandre le Grand, cité par l'Intermédiaire des clierelieurs, ce serait un terme de mépris adressé à <les guerriers sans mamelles :
a On dit des Amazones que ce n'étaient pas des femmes, mais bien des hommes qui portaient de longues robes à la mode des femmes de Thrace ; qui avaient leurs cheveux retenus dans une coiffure (mitre), et qui se rasaient la barbe. A cause de cela, à la guerre, leurs ennemis les insultaient, en les traitant de femmes, par terme de mépris ; les Amazones n'en étaient pas moins de vaillants guerriers. »
M. Ch. Torben trouve l'équivalent d'Amazone dans «wm^^a/r qui, dans les contrées pontiques, signifie tuer; en italien, amazxare a le même sens ; ce sont des équivalents du mot aM*?;^ate, c'est-à-dire tueur d'ho)nmes,'p&,v lequel les Scythes désignaient les Amazones.
Mais voici qui vaut mieux : a étant privatif ou augmentatif {A, prive, augmente, admire), Amazone pourrait signifier une femme aux mamelles volumineuses ! Il paraît que le nom d'amazon était donné à Artémise d'Ephèse, dont le torse est couvert de mamelles, ainsi qu'à ses prêtresses. Le Père Menestrier croit, de son côté, que les nombreuses mamelles de cette divinité rappelaient celles qui lui étaient consacrées par les Amazones.
(1) Cf. WlTHOFil. Commentatio de Castratis, p. 28.
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2** Absence du mamelon. — Le mamelon est plus ou moins saillant; chez les nourrices, il doit atteindre les dimensions d'un dé à coudre de moyenne grandeur (Stoltz). Souvent, à la suite de crevasses ou d'abcès, le mamelon rentre dans le sein, à la
FiG. 4.
façon d'un doigt de gant retourné, et prend la forme du nombril; de là son nom de mamelon ombiliqué. Cette anomalie rappelle un des épisodes célèbres des Confessions, l'aventure du pauvre Jean-Jacques, à Venise, avec la Zulietta, qui se trouvait avoir
un « téton borgne »
■ J'entrai dans la chambre d'une courtisane comme dans le sanctuaire de l'amour et de la beauté; j'en crus voir la divinité dans sa personne. Je n'aurais jamais cru que, sans respect et sans estime, on pût sentir rien de pareil à ce qu'elle me fit éprouver. A peine eus-je connu, dans les premières familiarités, le prix de ses charmes et de ses caresses, que de peur d'en perdre le fruit d'avance, je voulus me hâter de le cueillir... Mais au moment où j'étais prêt à me pâmer sur. cette gorge qui semblait pour la première fois souffrir la bouche et la main d'un homme, je m'aperçus qu'elle avait un téton borgne. Je me frappe, j'examine ; je crois voir que ce téton n'est pas conformé comme l'autre. Me voilà cherchant dans ma tête comment on peut avoir un téton borgne, et, persuadé que cela tenait à quelque notable vice naturel, à force de tourner et retourner cette idée, je vis clair comme le jour que dans la plus charmante personne dont je pusse me former l'image, je ne tenais dans mes bras qu'une espèce de monstre, le rebut de la nature, des hommes et de l'amour. Je poussai la stupidité jusqu'à lui parler de ce téton borgne. Elle prit d'abord la chose en plaisantant, et, dans son humeur folâtre, dit et fît des choses à me faire mourir d'amour ; mais, gardant un fonds d'inquiétude que je ne pus lui cacher, je la vis enfin rougir, se rajuster, se redresser, et, sans dire un seul mot, s'aller mettre à la fenêtre. Je voulus m'y mettre à côté d'elle ; elle s'en ôta, fut s'asseoir sur un lit de repos, se leva le moment d'après, et, se promenant par la chambre en s'éventant, me dit d'un ton froid et dédaigneux : Zanetto, lascia le donne, e studia, la. matematica (1).
On nous a souvent demandé l'explication de ce passage. Qu'est-ce qu'un téton borgne ? Est-ce un sein moins développé que l'autre, ou un sein dont le mamelon n'est pas sorti ? Le récit de J.-J. Rousseau est pourtant bien clair : « Ce téton borgne, dit-il, n'est pas conformé comme l'autre ; » il y avait donc deux seins, mais l'un normal et l'autre atteint d'une difformité légère et assez commune. Il ne fallait rien moins que l'imagination maladive de Rousseau pour faire d'une simple anomalie une monstruosité repoussante.
Mamelons postiches. — Les bouts de sein artificiels rentrent dans la catégorie des postiches utiles ; ils remplacent les mamelons de longueur insuffisante pour l'allaitement ou
(1) Zanetto, Ifiisse-là \e.i femmes, et applique- toi aux mathématiques.
CURIOSITES MEDICALES
préservent nourrices et nourrissons du contage syphilitique. Lanfranc, le premier, au XVP siècle, propose l'emploi d'une simple cupule de gland, garnie de poix, pour allonger le mamelon en le tiraillant — petit supplice renouvelé de l'Inquisition. Plus tard, Amatus Lusitanus, tout aussi simpliste, mais plus humain, conseille de faire le vide sur l'extrémité du sein à l'aide d'une fiole, préalablement rincée à l'eau chaude; puis vinrent les teteroles, pipettes, pompes à sein, teterelles, tire-lait, etc.
FiG. 5. ■
Bout de sein, mamelon de caoutchouc, tétine en lièare.
Bout de sein, plaque en bois et
Pour la confection des bouts de sein, les trois règnes ont été mis à contribution :
L'argent, le plomb, l'étain, le fer, l'albâtre, plusieurs pierres précieuses, différentes espèces de terres, le verre, la cire, l'ivoire, l'écaillé, la corne, différents coquillages, le parchemin, les peaux chamoisées, la tétine de vache, de chèvre, l'ébène, le buis, le tilleul, le liège, la coque ligneuse de la noix commune, celle de la noix muscade, du gland, la cupule de ce dernier, la gomme élastique, la carotte, le navet, la pomme, le linge, etc., etc., sont autant de substances dont on s'est servi.
Deneux, l'accoucheur de la duchesse de Berry, auquel nous empruntons ces détails (1), possédait un bout de sein en argent, recouvert de belles ciselures : on y voyait une louve allaitant
(1) 3Iémoire sur les houts de seins, ou mamelons artificiels, et les biberons, 1833.
Rémiis et Romulus ; un enfant tétant une chèvre ; enfin un pélican, symbole de F amour maternel.
3° Mamelons surnuméraires. —Parfois le même sein a plu-
FlGr. 6. — Très papillœ triaugulares ia utraque mamuia. [Eplieinerldunt acadcmiœ naturcB curiosonim, 1687.)
sieurs mamelons (polythélie) qui, pendant Tallaitement, fournissent du lait comme les mamelons normaux (fig. 6). Tarnier a fait mou-
FiG. 7.
1er une anomalie de ce genre pour le musée de la Clinique d'accouchement.
Les fig. 7 et 8 représentent deux variétés de mamelons sur-
CURIOSITES MEDICALES
numéraires. Ces cas ont été rapportés par Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, clans le Dictionnaire des Sciences médicales ;\(i premier a été observé sur Thérèse Ventre, de Marseille, qui avait trois mamelles : deux à la poitrine ^t une à la cuisse gauche (1) . Le second cas est cité par Georges Hànneeus, en 1675.
La Revue chirurgicale, des Lucas-Championnière, mentionne,
FiG. 8.
d'après M. Marie, un mamelon surnuméraire héréditaire sur le sein gauche d'une jeune fille :
L'arrière-grand'mère paternelle portait deux mamelons, la grand'mère, le père et les cinq frères de celui-ci (sur 16 enfants) en avaient également. Elle-même et onze frères et sœurs, tous ont eu le mamelon supplémentaire à gauche, sauf une sœur, qui le porte à droite.
Le fait curieux ici, indépendamment de cette transmission héréditaire, est que, dans cette famille, les grossesses gémellaires sont extraordinairemeut fréquentes, de telle sorte que, étant donné que chez les mammifères le nombre des mamelles est en rapport avec le nombre ordinaire des petits, on peut se demander s'il n'y a pas là formation d'une, variété humaine polymaste. Ce fait montre, en outre, que la facilité des procréations gémellaires peut résider non seulement chez la femme, mais chez l'homme, car dans ce cas, le père de cette malade et un frère de celui-ci, tous deux d'origine gémellaire, ont eu chacun deux paires de jumeaux.
Quand le mamelon supplémentaire est trop rapproché du mame-
(1) V. page 19.
Ion normal et gêne la succion, on est autorisé à en pratiquer Tablation, comme le fit le D"" de Montméja.
4° Hypertrophie des seins. — A. — Chez la femme. —
Au point de vue plastique, est-il préférable pour la femme d'avoir peu ou beaucoup de gorge? C'est une question fort controversée. Anacréon dit que, pour être beau, le sein ne doit pas être plus gros que deux œufs de tourterelles. C'est peu. Pour l'auteur des Idées de Madame Aubray^ « quand on aime une femme, plus il y en a et mieux cela vaut ». Dumas en demande peut-être trop ; nous préférons le juste milieu de Ninon de Lenclos : « Une femme, disait-elle, en a toujours assez, quand elle a de quoi remplir la main d'un honnête homme. » Réflexion consignée par A. Masso.n dans une strophe des Litanies des seins :
PourA^u que nous ti^ouvions en somme Ce que les mains d'un honnête homme En leurs dix doigts peuvent saisir, Il nous suffit, et n'ayez cure D'outrepasser cette mesure Qui convient à notre désir.
A chacun suivant son goût !
Nous ne nous occuperons que des seins trop volumineux. Quelquefois ces organes prennent de très bonne heure un développement exagéré. C'est ainsi que V Ethnologie de Bastian et Hartmann (1) signale le cas extraordinaire (fig. 9) de la jeune Anna S..., de Saint-Louis (Amérique du Nord) : dès l'âge de 4 ans et 9 mois, elle portait des seins aussi volumineux que ceux d'une femme de vingt ans et plus. Mandelsloh parle, dans une lettre à Oléarius, d'une enfant de 2 ans dont les seins étaient aussi volumineux que ceux de bien des femmes. Le docteur Morand a cité une enfant de neuf mois qui était réglée et avait le pubis ombragé de poils et des seins bien conformés. De même M. Crivelli (de Melbourne) a pris la photographie d'une petite fdle de dix-huit mois, réglée depuis trois mois et présentant les seins d'une jeune fdle de seize ans.
Enfin M. Kaisar-Montanaris, de Mitylène, a eu l'occasion d'observer une fillette, née le 21 août 1892, qui fut menstruée
(1) Tome VIII, 1876.
CURIOSITES MEDICALES
pour la première fois à six mois, le 16 février 1893; des seins ne tardèrent pas à s'arrondir sur sa poitrine (fig. 10).
FiG. 9.
Fig. 10 (1).
Parfois, sans cause apparente, les seihs acquièrent un développement excessif: c'est Vhypertj'ophie mammaire. Au moment de la puberté, le sein devient saillant, la jeune fille prend de la gorge., « on croirait, dit Velpeau, de prime abord avoir sous les yeux un de ces magnifiques hémisphères si souvent rêvés, si souvent figurés par les artistes ou par les poètes de l'antiquité ». La gêne qui résulte de cette difformité (2) et le préjudice qu'elle cause à la santé nécessitent, pour y remédier, l'intervention chirurgicale.
Cependant, en 1877, les docteurs Benoit et Monteils (3)
(1) Figure tirée du latrlM Proodos et de V Indépendance médicale.
(2) Jardens a signalé un cas d'avortement à la suite de compression prolongée de l'abdomen par des seins hypertrophiés.
(3) Voici les mesures des seins prises par le D'' Monteils : Circonférence du sein droit prise dans le sens horizontal, vers le milieu
et au niveau des mamelons 0"S27
La même pour le sein gauche 0 33
Circonférence en sens vertical : sein droit 0 8.")
— — sein gauche 0 iO
Circonférence du pédicule droit 0 ii2
-^ — gauche 0 34
ont publié l'observation d'une jeune fille de 16 ans, qui, malgré une hypertrophie extraordinaire des mamelles, ou en raison de cette anomalie, trouva un mari. Mais, après son mariage, les seins perdirent progressivement de leur volume ; elle eut quatre enfants, qu'elle ne put nourrir, ses énormes mamelles restant improductives; « elle ne présente plus, à trente-deux ans, quand elle est habillée, que l'apparence d'une forte femme aux puissantes mamelles ». Cette observation nous enseigne que la nature, qui a fait le mal, peut quelquefois guérir une pareillle infirmité.
Le 4 avril 1883, le chirurgien Desprès présenta à l'Académie de médecine un tableau d'Horace Vernet, le portrait d'une malade opérée, avec succès, par, M. Manec, en 1859, d'une hypertrophie des mamelles, dont l'une pesait 16 livres, l'autre 15. La jeune fille, âgée de 17 ans, s'est mariée depuis et a eu quatre enfants.
FlG. 11.
Un autre cas non moins curieux est celui que nous avons vu à l'hôpital Saint-Louis, dans le service du D'" Porak (salle Paul Dubois) : une femme, affectée d'hypertrophie mammaire (fig. 11), présentait, en outre, sous le sein gauche (fig. 12), une mamelle supplémentaire qui donnait du lait : abondance de seins, comme de biens, nuit parfois.
CURIOSITES MEDICALES
On trouvera dans la thèse du D"" Puech, les Mamelles et leurs anomalies, de nombreux cas analogues.
En réalité, le terme ^hypertrophie est impropre, puisque Félément glandulaire subit une altération profonde aux dépens du développement morbide du tissu fibreux ; on a donc affaire à de
FiCr. 12,
véritables fibromes diffus. D'autres néoplasies peuvent se développer dans la mamelle, en donnant lieu à l'hypertrophie mammaire; tels sont les lipomes, les tumeurs kystiques et les cysto-sarcomes (fig. 13).
B. — Hypertrophie mammaire chez l'homme. Gynécomastie. — L'hypertrophie mammaire s'observe aussi dans le sexe masculin, et l'on donne le nom de gynécomaste (de yuvY],
femme, [^aatoç, mamelle) aux individus atteints de cette difformité.
C'est le seul cas, dit Villeneuve, où les hommes puissent porter sans honte le corset, dont quelques efféminés, de nos jours, font un usage grandement ridicule, pour ne pas dire plus.
Le Dictionnaire des sciences médicales parle d'un Parisien, haut de cinq pieds trois pouces, dont les mamelles prirent, à partir de dix- huit ans, un accroissement considérable. Lorsqu'il
^.if''' '^'m
FiG. 13. — Cysto-sarcoine mammaire (d'après Th. Billroth).
montait à cheval, pour éviter leurs secousses, qui l'incommodaient beaucoup, il les soutenait avec une plaque de liège fixée sur la poitrine. Il avait un goût prononcé pour les plaisirs de l'amour, mais il manifestait une vive répugnance à toucher le sein des femmes.
A Pavie, Pétrequin a vu un homme dont une mamelle, longue de 48 centimètres, fut extirpée avec succès. Le D'^E. Laurent, dans sa curieuse étude sur les Bisexués (1), rapporte de nombreux exemples d'hypertrophie masculine.
Cette difformité rend impropre au service militaire, ainsi que l'indique une instruction ministérielle du 3 avril 1873, n° 78 :
• L'hypertrophie de la glande mammaire, ainsi que toute difformité et toute tumeur pouvant gêner d'une manière notable le port du sac ou de toute autre partie de l'équipement ou de l'armement.
Les gynécomastes sont, en général efféminés; ils ont la peau
(1) Georges Carré, édit.
CURIOSITÉS JIKDICALES.
fine, le caractère doux (G. Gloquet) et sont stériles ; les organes génitaux externes et particulièrement les testicules subissent un arrêt de développement, ce qui concorde avec la remarque de Goethe :
Une somme, dépensée dans le budget de la nature en faveur de la mamelle, exige de l'économie dans l'organe de la génération.
Cependant les enfants portés à la masturbation ont le sein douloureux, par suite d'une mammite plus ou moins localisée (Lacassagne, E. Laurent).
5° Mamelles surnuméraires, dans les deux sexes. — La
présence de mamelles surnuméraires [polyinastie ^ pléiomastie), est la plus commune des anomalies de cet organe, tout en restant un phénomène exceptionnel. Le D'' Puech (1), jusqu'en 1876, a relevé, dans les annales de la science, soixante-dix-sept cas comprenant (2) cent dix mamelles supplémentaires.
Leur siège a été soixante-dix-sept fois au-dessous de la normale, vingt-six fois à l'aisselle, quatre fois à l'épigastre, deux fois à l'épaule (3) et une fois au haut de la cuisse. Partant, dans quatre-vingtdeux cas, elle était au-dessous de la normale, alors que, dans vingthuit, elle était au-dessus. 11 est à noter que, dans la première catégorie, elle est exceptionnellement dépourvue de mamelon, alors que, dans la seconde, douze seulement en étaient pourvues. Enfin, quand l'anomalie est unilatérale, elle siège de préférence à gauche: sur trente cas donnant cette indication, vingt-deux fois elle était de ce côté.
Dans tous les cas, sauf un seul obsem^é par Tarnier, le volume est inférieur à celui des mamelles normales.
Darwin et ses partisans voient dans ces anomalies un témoignage de Forigine animale de l'homme. Toutefois, dans lo. Descendance de riiomine^ il est moins affirmatiL Pour Tarnier, ce sont de simples prolongements de la glande principale.
En dehors des exemples historiques de Junia Mammea et d'Anne
(1) Loc. cit.
(2) Godfraiu, en 1877, eu signale six nouveaux exemples, dans son Estiai sur les mamelles surnuiuèraircs.
(3) Leur existence a été contestée par Godfrain.
de Boleyn, qui avait non seulement trois mamelles, mais six doigts à la main droite, nous allons rappeler les cas les plus curieux de ces caprices de la nature.
Le D*" Robert, de Marseille, a observé une femme qui portait une mamelle fort bien c(mforraée surlacuisse gauche (fig. 14);
FiG. 14. — Tirée de V Histoire des accouchements citez tous les peuples.
son enfant a tété cette mamelle pendant vingt-trois mois, alors qu'un nourrisson s'allaitait aux autres.
Voici l'observation complète, rapportée par Magendie, dans le Journal de médecine :
La femme Ventre, âgée de 50 ans, demeurant à Marseille, rue Saint-Laurent, est fille d'une mère qui avait trois mamelles, deux à
20 CURIOSITÉS MPÎDICALES
droite et une à gauche ; elle porte elle-même, à la partie externe de la cuisse gauche, à 4 pouces au-dessous du grand trochanter, vis-àvis l'extrémité supérieure de la partie externe du triceps, un petit corps arrondi qui a toujours été le siège de douleurs et de démangeaisons, comme les seins, même aux époques de ses règles. Cette femme étant devenue enceinte, vit le corps qu'elle avait toujours pris pour une envie, se gonfler et acquérir le volume de la moitié d'un citron. A l'époque où la sécrétion laiteuse s'établit après son accouchement, le même phénomène qui se remarquait dans les mamelles, la sortie d'un fluide laiteux, se remarqua aussi à ce corps ,• elle le fît téter à son enfant, qu'elle allaita jusqu'à l'âge de 9 mois par les deux mamelles thoraciques et par cette mamelle surnuméraire. Quatre nourrissons qu'elle prit successivement furent aussi allaités par ces trois mamelles pendant six années ; son propre enfant a tété la mamelle de là cuisse pendant 23 mois.
M. Robert a examiné cette femme en 1815 et en avril 1824 ; il atteste, comme témoin oculaire, toutes les circonstances que nous venons de rapporter ; la mamelle surnuméraire est maintenant affaissée et flétrie comme les autres ; mais le mamelon a toujours joui et jouit encore de la même sensibilité que celui des autres mamelles, dont son organisation n'est pas différente.
Dionis, dans son Anatomie de l'homme^ décrit un cas analogue, rarement cité par les auteurs qui se sont occupés de la question :
En l'année 1684, la Cour passant par Cambrai, j'y visitai M. Bourdon» célèbre médecin qui a écrit et fait graver des planches d'anatomie fort grandes et fort belles. Il me dit qu'il y avoit à Valenciennes une fdle qui jettoit par une de ses cuisses beaucoup de lait, que ce fait étant particulier, il me conseilloit de la voir. Le lendemain, y étant arrivé, je scûs que c'étoit M, Bien, le plus ancien des médecins de la ville, qui voyoit et traitoit cette fille. A ma pi'ière, il la fît venir chez lui, accompagnée de sa mère. Je l'examinai «t trouvai qu'elle avoit la cuisse, par où sortoit ce lait, un peu plus grosse que l'autre ; qu'elle en jettoit environ une pinte chaque jour ; qu'il avoit commencé à en sortir dès l'âge de huit ans, ce qui avoit toujours continué, quoique ses ordinaires lui eussent pris au terme accoutumé; qu'à chaque porosité par où il sortoit, il y avoit une petite dureté semblable aune glande gonflée, et que ce lait n'étoit point différent de celui des mamelles. J'en vis sortir environ un demi-septier, que j'emportai pour l'examiner avec plus de loisir.
Adrien de Jussieu parle d'une femme qui avait dans l'aine une mamelle supplémentaire servant d'ordinaire à l'allaitement. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire cite plusieurs exemples semblables.
FiG. 15
Une femme, observée par Georges Hannœus, avait trois mamelles d'une très belle forme, donnant toutes trois du lait et disposées sur la même ligne, deux à gauche et une adroite
FiG. 16.
Marotte, couturière, âgée de 17 ans, avait depuis l'âge de 12 ans des sortes de tumeurs dans les aisselles, grosses, à droite, comme un œuf de poule (fîg. 16), à gauche, comme un œuf de
CURIOSITES MEDICALES
pigeon. Toutes deux présentaient à la partie supérieure deux ouvertures d'où sortait un liquide ayant tous les caractères du lait- En 1869, pendant notre externat dans le service de Lorain, à Saint- Antoine, nous avons accouché la femme d'un croquemort qui était tétramare (fig. 17) ; les deux mamelles surnuméraires occupaient, suivant la règle, la cavité axillaire et donnaient du lait après l'accouchement.
Voltaire, dans le Dictionnaire philosophique, dit avoir vu à la foire une femme qui avait quatre mamelles et une queue de vache à la poitrine :
« Elle était monstre quand elle laissait voir sa gorge et femme de mise quand elle la cachait. »
Les exemples de trois mamelles supplémentaires sont très rares ; on ne connaît guère que le cas d'une vivandière valaque, rapporté par Percy :
Fig. 17.
En l'an VIII, parmi les prisonniers que fit l'armée du Rhin, à Gremsmunster (Autriche), se trouva une femme valaque, vivandière, suivant l'armée, avec deux enfants de l'un desquels elle était accouchée, il y avait vingt jours; elle est morte de froid le lendemain, malgré tout ce qu'on fit pour la réchauffer.
Elle avait cinq mamelles, dont quatre tressaillantes, pleines de lait, rangées sur deux lignes, un peu moins brunes que le reste du corps, et ayant chacune un bout très gros, fort allongé et entouré d'un cercle extrêmement noir.
La cinquième n'était pas plus grosse que celle d'une fille impubère, elle était placée au-dessous et au milieu de la rangée inférieure, cinq pouces plus haut que l'ombilic, qui par son volume et sa proéminence, effet d'une hernie exomphalienne, ressemblait lui-même à une sixième mamelle.
Enfin Gadner a cité une mulâtresse du Cap, porteuse de six mamelles et qui avait quatre et cinq enfants à la fois ; elle eût
pu personnifier la nature, si souvent symbolisée sous les traits d'une femme aux multiples mamelles.
Existe-t-il une relation entre le nombre des mamelles et la fécondité? Chez les mammifères le nombre des petits, dans la même portée, est en proportion du nombre des mamelles; mais chez lafemme multimammée observe-t-on des couches multiples ? Non; malgré l'exemple delà mulâtresse du Gap, des multimammées n'ont qu'un enfant et des femmes à deux mamelles ont
FiG. 18.
des jumeaux. On a cité une jeune femme qui, ayant quatre mamelles et craignant des couches multiples, ne voulut se marier qu'après avoir consulté plusieurs médecins : elle n'eut que des couches simples.
Bizarrerie de la nature : c'est dans le sexe masculin, où les mamelles n'ont aucune utilité, que la polymastie est la plus fréquente. D'après Bruce, la proportion des mamelles et mamelons supplémentaires serait, chez l'homme, de 9,11 p. 100; chez la femme, de 4,7 p. 100. Karl Bardeleben, dans un conseil de revision, a trouvé un polymaste sur sept jeunes gens.
CURIOSITES MEDICALES
Le Bulletin d anthropologie (1) cite le cas d'un conscrit de îa classe de 1883, canton de Saint-Germain-en-Laye, porteur de six mamelles. M. Petrequin (2) a connu un homme trimamme qui transmit cette anomalie à tous ses enfants.
Terminons par des cas tératologiques exceptionnels. Von Y e\\io [Virch. Arch.) a trouvé un sein normal dans un kyste de l'ovaire :
A la face interne, on remarquait un organe ressemblant fort à une
glande mammaire. Elle était hémisphérique, de la grosseur d'un poing d'enfant. 11 s'en émergeait un petit mamelon qui, à la pression, laissait écouler deux ou trois gouttes d'un liquide laiteux.
Blanche Dumas, née en 1860, à Segry, dans l'Indre, avait une jambe gauche et deux droites, dont l'une présentait un pied légèrement déformé. A côté de la jambe surnuméraire, existait
(1) Année 1883,p. 4o8.
(2) Anatoinie chirurgicale ; cas rapporté par E. Labarraque.
le rudiment d'une quatrième jambe ayec une mamelle en avant (fig. 18).
En mars 1818, on montrait à Paris une petite fille (fig. 19), nommée Rosalie Fournier, née à Marseille, le 12 novembre 1813, par conséquent âgée de quatre ans et deux mois et demi. Venue au monde sans jambes ni cuisses, le bout du tronçon de chaque partie représentait une mamelle ; elle n'avait à la main droite que quatre doigs, dont deux unis l'un à l'autre, et la main gauche
j ||liHillilii|iiliiihiUMiiili|ii|i|li.liili| m'niiïiflp
Fig. 20.
était composée de six os formant six doigts avec des ongles bien marqués. Cette enfant jouissait d'une parfaite santé, et aA^ait une très jolie figure ; les bras et le tronc étaient bien conformés.
Nous avons découvert une curieuse gravure (fig. 20), accompagnée du boniment suivant :
Le sieur Chenel a l'honneur d'exposer à la curiosité des amateurs son jeune enfant âgé de vingt-six mois. Ce bel enfant est né à Falaise, il a été présenté à la Faculté de médecine de Caen. dont les savants professeurs l'ont reconnu pour phénomène unique des plus intéressants et pour avoir une tête digne de servir de modèle d'aca-
demie, par sa belle expression. Il porte au bras gauche la tête d'un petit lapin très bien formée ; à son bras droit, le sein cVune femme. Chose plus extraordinaire ! il porte au genou droit la tête d'un enfant. Il n'a qu'une jambe dont le pied a quatre doigts : deux doigts de pied et deux doigts de main. Il est rayonnant de santé, quoique d'une extrême difficulté à nourrir: il consomme deux peintes (sic) de lait d'ânesse tous les jours.
Il a eu l'honneur d'être présenté à S. A. R. Madame la Dauphine, à Falaise, dont il a fixé l'attention et a reçu des marques de bienveillance et une gratification.
Cette grande et extraordinaire bizarrerie de la nature a été présentée à M. le baron Dupuitrein (sic), chirurgien du Roi, ainsi qu'à M. Geoffroi de Saint-Hilaire. Ce phénomène est vivant, il a obtenu un certificat de rareté à Paris.
Le bureau sera ouvert tous les jours, depuis 10 heures du matin jusqu'à 10 heures du soir.
On transportera le phénomène chez les personnes qui le feront demander.
Variétés de forme. — Au point de vue esthétique, on peut, comme Clément Marot, diviser les seins en deux variétés : les beaux et les laids. Les beaux seins sont hémisphériques ou piriformes ; ronds comme une pomme ou coniques comme une poire. Zahroh, aimée de Giseh, âgée de 18 ans, offre le type des mamelles pommiformes (fig. 21), et le torse d'une jeune Ghinxopo (fig. 22) est un beau spécimen des piriformes.
En 1891, le Courrier français a eu l'idée, tout comme le régime impérial, de faire un plébiscite, mais où la politique — ballottagesàpart — n'avait rien avoir. lia posé à ses lecteurs cette question indiscrète: « Les préférez-vous en pomme ou en poire? » Et voici quelques-unes des réponses qui lui furent faites :
Jusqu'à vingt ans, j'aime mieux les nichons en poire. Passé cet âge, je préfère ceux en pomme. A tort ou à raison, je crois ces derniers plus résistants et ayant moins de tendance à tourner au cuir à rasoir. X.
Je les préfère en poire pour le toucher et en pomme pour la vue. B.
En pomme, oui, c'est là ce qu'il y a de plus charmant : c'est comme
une éternelle parure de virginité, comme deux fruits toujours verts qui conservent la fraîcheur de l'arbre qui les porte.
En poire? Il me semble voir une nourrice des Tuileries ou... l'étalage d'un saucissonnier. R. de P.
Un affamé ne regarde pas si son omelette est aux truffes ou aux
FiG. 21. — D'après une peinture de G. Lefébure (1).
pointes d'asperges. J'habite un trou de village où je suis au vert, et je m'en passe le plus souvent. J'ai faim, voilà tout. Et puisque vous prenez vos allégories dans la botanique (botanique de fruitier à la vérité), je vous dirai que ce soir je ne regarderai pas s'ils sont en poire ou en pomme et que je me contenterai fort bien d'en tenir une paire, en forme de vulgaires citrouilles, bien débordants et bien pendants. Et j'en serai encore plus heureux que vous, malgré tout ce que vous pouvezavoir de mieux. Z.
Il) Ethnologie de Biistian et Ilartuiaun.
CURIOSITES mp:dicales
Au dîner que j'offrais hier soir aux amis de mon mari, j'ai fait mon petit plébiscite, pour répondre au vôtre.
Le veil académicien qui est l'ornement de ma table, a bafouillé :
« Quand j'étais jeune, mon esto-
^ mac ne craignant pas les fruits
^ ' ~ acîd?"e.s, je les aimais en pomme;
/ \ maintenant, je les préfère en poire,
c'est plus s>ein\ » G. L.
Mon cousin le cuirassier (non! pas ce que vous pourriez croire : je n'admets que les gourmets -pour ça, et Georges est un gourmand, comme vous l'allez voir) a tonné : « Moi, je trouve les poires plus « fondantes à la bouche que les pommes ! »
L'électricien a laissé tomber graf'^ct. 22. vement cet axiome : « Les pommes
gardent leur fluide neutre par leur forme ronde ; les poires dégagent de l'électricité par leur pointe. » — Comprends pas!
Mon mari m'a dit dans le tuyau de l'oreille : « Je te charge de répondre pour moi que je préfère les pommes, ce qui te permettra de faire ta poire ! — Mon mari m'aime beaucoup, ce qui vous laisse deviner... J. W.
l§cins en poniinc.
Fini du grand travail de celui qui se ruait ; Doux et anéanti, moitié d'eunuque, Fliomme Sur la peau blanche et fauve alors il reposait Sur les deux seins en poiume.
Oreillers irritants, par la lueur indécis ; L'ombre claire marquant leur idéale forme. Sur le sommet sacré comme un Gràl surpris La fleur des seins en pomme.
Seins de poire pendus aux ])runes viragos, Qui dans le grand duo font la partie de l'homme; Côte à côte ainsi que la nuit deux sergots ll'luquant des seins en pomme.
Aimons les cheA'eux blonds ; les pommiers sont fleuris Roses et blancs, Vénus ! Sous eux faisons un sommes Saouls d'amour de soleil! Ils sont moins ])eaux les fruits Que tes deux seins en pomme.
En poire oai en poniiuc.
MERCURE
Son portrait? Elle est brune avec de grands yeux IjIcus ; Elle a des cils charmants, de superbes cheA^eux, L'œil humide, la peau d'une finesse extrême, Le front haut ayant l'air d'attendre un diadème ; Des lèvres de corail, trente-deux blanches dents Dont la plus vieille à peine a pu compter vingt ans.
MOI
Assez, mon cher, assez, je sens que j'en raffole.
MERCURE
Les pieds d'une Chinoise et des mains de créole : Ajoutez à cela les plus jolis tétons Qu'on puisse imaginer, légèrement o]:)longs, On peut les comparera deux poires.
MOI
Mercure, L'ensemble du portrait me convient, je t'assure. Mais les tétons en poire ont pour moi peu d'attraits, J'aime mieux ceux en pomme, et j'ai de grands regrets Qu'ils ne soient pas ainsi faits chez cette brunette.
Pourtant la forme en poire est ])eaucoup plus parfaite, A mon avis du moins.
MOI
Mercure, c'est un tort !
MERCURE
Je ne suis pas très fort !
Connais-tu le latin
Poire se dit?jirMni,mon cher, cela veut dire Qu'en forme de tétons, celle en poire est la pire. Hein! es-tu convaincu? Vois- tu bien clairement Que l'étymologie est contre toi.
MERCURE
Vraiment !
En pomme, en poire ils sont parfaits, S'ils sont marmoréens et jeunes.
Ils commettent mille méfaits ; En pomme, en poire ils sont parfaits.
Ils produisent beaucoup d'effets En vous consolant de longs jeûnes.
En pomme, en poire ils sont parfaits S'ils sont marmoréens et jeunes,
Pour les œuvres de Jorjonet, Ce monsieur antilittéraire.
Je n'irais pas jusqu'au jaunet.
Pour les œuvres de Jorjonet.
Mais pour un sein, même jeunet, Qui voudrait un brin me distraire.
Je négligerais Jorjonet, Ce monsieur antilittéraire .
0 sein nivescent et solide Avec une rose au sommet.
Sein charmant, délicat bolide ; 0 sein nivescent et solide !
Tu séduis plus d'un invalide Qui tient moins qu'il ne te promet, 0 sein nivescent et solide Avec une rose au sommet.
Doux oreiller pétri d'aurore Et de la chair blanche des lis, En pomme, en poire je t'implore.
Doux oreiller pétri d'aurore !
Que je vous baise encore, encore, Sein de Vierge, sein de Philis ; Doux oreiller pétri d'aurore Et de la chair blanche des lis.
On a dit que le premier homme, Damné par l'Esprit folichon.
Dut sa défaite à une pomme.
Effrayé de ce fait notoire.
J'opterai donc pour un nichon Ferme et blanc, mais taillé en poire.
Conclusion. — Plus de trois cents lecteurs se sont prononcés pour les seins en pomme, et une trentaine à peine pour les seins en poire. Mais s'il y a dissidence quant à la forme, il est permis
de supposer qu'il existe un accord parfait sur le fond et que tous les préfèrent en... paumes de leurs mains.
C'était aussi l'avis d'un écrivain du XV siècle, Firenzuola, qui, dans son Discours de la beauté des Daines, s'étend longuement sur les qualités de la gorge :
La belle gorge sera l'oncle, droite, blanche, sans tache aucune, et fera, se tournant oùs çà, oùs là, certains plis qui montrent tantôt l'un, puis l'autre des deux filets qui enserrent en soy les canaux de notre vie, avec une joye à qui les regarde et difficile à ceux qui entreprennent de le dire. La gorge davantage plaist si elle a la peau fort délicate, un peu plus longuette que courte et au commencement du sein elle découvre une fontaine pleine de neige.
De même Jean Liébaut, un autre vieil auteur, veut les mamelles en pomme:
La poitrine est estimée belle, qui est large, pleine de chair, sans apparence aucune des os ; de blanche couleur teincte de vermeille ; accompagnée de deux belles pommes rondes, petites, fermes et solides, qui ne sont pas trop attachées, mais qui vont et viennent comme de petites ondes.
Aux yeux de Dionis, les seins ne sont beaux qu'à certaines conditions :
Les mammelles bien proportionnées sont un des principaux ornements des femmes, particulièrement lorsqu'elles sont accompagnées d'une gorge bien taillée et recouverte d'une peau fine ; il faut aussi qu'elles soient blanches, rondes et médiocrement séparées dans leur milieu ; qu'elles aient un mammelon vermeil et point trop gros ; qu'elles ne soient point placées ni trop haut, ni trop proche les aisselles, et enfin qu'elles ne soient ni trop grosses, ni pendantes ; voilà les conditions qu'elles doivent avoir pour estre belles, et pour estre propres à inspirer de l'amour ; mais ce ne sont pas les meilleures ni les plus capables de contenir le lait.
En effet, pour la lactation, les meilleurs seraient, d'après les physiologistes, les seins piriformes.
On prétend, dit Buffon, que les femmes dont les mamelles ne sont pas bien rondes, mais en forme de poire, sont les meilleures nour-
riccs, parce que les enfants peuvent alors prendre dans leur bouche non seulement le mamelon, mais encore une partie même de l'extrémité de la mamelle.
Pour ragrément, la forme préférée des connaisseurs semble donc, nous venons de le voir, les seins en pomme. Mais à bien considérer, la nature s'est appliquée à concilier tous les goûts, en donnant aux mêmes seins des formes différentes suivant l'âge : à seize ans, ils ont des contours piriformes ; au moment de leur complet épanouissement, vers la trentaine, ils s'arrondissent en pomme; à leur déclin, ils deviennent flasques et pendants. Comme les fruits, auxquels on les compare, ils verdissent, mûrissent et blétissent :
Le sein de \ingi ans, blanc et rose, fait au tour, Fraîche pomme d'api, ferme pomme d'amour. Se vide à cinquante ans et devient par la suite Vieille et jaune rainette ou flasque pomme cuite.
Ce sont les trois âges du sein (fîg. 57), qui répondent aux tétinettes, tétins et tétasses des auteurs du siècle dernier.
L'interne de Sainte-Périne, dont il est question dans le Journal des Concourt (1880), nous semble un peu trop poétiser les seins hors d'âge et d'usage :
Un interne de Sainte-Périne parlait devant moi du corps de la vieille femme, mais de la vieille femme qui n'a pas eu d'enfant. Il disait que la vieillesse de ce corps était surtout indiquée par les cordes d'un cou, n'ayant plus la rondeur d'une colonne. Quant aux seins, ils demeurent des seins de jeune fille, avec le rose de leurs boutons, avec leurs délicats orbes, un rien ridés, comme un fruit à la fm de l'hiver.
Ce n'est pas précisément sous cette apparence flatteuse que les dépeignent les artistes (fig. 24, 77) et les littérateurs. Maynard décrit ainsi les seins d'une vieille décrépite :
Vos tétons dont la peau craquette Comme laurier qu'au feu l'on jette, • A toucher ne sont point plus doux Que le dessus d'un vieux registre, Et comme ini bissac de helistrc Ils vous tombent sur les eenoux.
ANÂTOMIQUES, PATHOLOGIQUES ET TERATOLOGIQUES 33
Urbain Chevreau fait une description non moins réaliste de la gorge d'une « vieille amoureuse » :
pf^.fi^ A
FiG. 24. — Une vieille à sa toilette (1)
Cependant, vous vous ajustez, Et votre eorsre aux libertés
(1) Ce portrait est celui de la belle-mère de Riibens, peint par lui et gravé par Matliam. Le portrait a été détruit par le peintre et la gravure est des plus rares.
CURIOSITES MEDICALES.