FIG
galante, d'un œuf sur le plat. — Un bébé prend à pleines mains les rotondités de sanourrice : Aux innocents les mains pleines . — Gil Baer, dans le Supplément, sous le titre générique : La Vie des seins, donne une esquisse comique des Seins d'Tliomas taquin (fig. 125).
Nombreuse collection de seins comparés aux oranges ou aux pommes : les Oranges au choix, de la galerie des Déca-
SUR LES SEINS
dents (tig. 126) ; les Oranges de mon étagère^ de l'Exposition des Incohérents ; les Pommes à vendre ; On peut y goûter (fig. 127), dessin de Gray, pour lo. Ligue foraine ; la Marchande de pommes^ de Louis Legrand (fîg. 128), du Courrier français. Des Pommes! du même, montrent une femme au corsage éventré
FlG. 112.
assise dans un fauteuil, porté sur le dos d'un homme de peine, et tenant un éventaire chargé de pommes avec lesquelles ses seins se confondent.
Le premier acte d'une revuette de la Cigale, Cassons du sucre ^ se passe à la fameuse école extra-libre de Cempuis : au mur est accrochée une mappemonde fin de siècle, représentée sous
CURIOSITES ARTISTIQUES
l'aspect d'une jolie femme, au torse nu, soutenant de chaque
, FiG. 113.
main un hémisphère volumineux à la place des seins.
UAMf: * 2 . ^-t # I siKaJS*^ IJ- ' \ ''^'1
FiG. 114,
Dans une Leçon de géographie de la Lanterne^ les Mappe-
SUR LES SEINS
mondes sont figurées par les fesses dodues d'un bébé et les mamelles de sa mère (fig. 129), souvent comparées les unes aux autres.
Comme échantillon du genre grotesque, empruntons à la Galerie comique une charge de Gustave Frison, où M. Coquenbois porte deux mamelles sur sa tête chauve, tandis que sa femme, en chemise, montre à sa bonne étonnée une poitrine
Fig. 115.
des plus velues. M. Coquenbois explique ces divers phénomènes dans la lettre suivante qu'il écrit à un de ses amis :
Mon cher ami,
Si tu savais ce qui m'arrive, tes cheveux se dresseraient comme des mâts de cocagne. Ma femme et moi nous sommes remplis d'une surprise que je ne puis t'exprimer. Tu connais ma femme aussi bien que moi et même mieux. Tu sais qu'elle est plus plate qu'une galette. Aussi avait-elle acheté une bouteille d'un fameux lait, appelé lait mamilla, quelque chose d'épatant, capable de donner des mamelles à une punaise ou à une limande. Régulièrement elle s'en frottait la poitrine dans l'espoir d'y voir pousser ce qui lui manque. Déjà elle commençait à voir se dessiner comme deux petits monticules assez
CURIOSITES ARTISTIQUES
semblables à deux petits abricots, quand j'eus à mon tour la fantaisie
FlG. 116.
de me rendre séduisant. Tu connais ma tête ? elle est aussi peu
FiG, 117. — La Madeleine dans le désert, par Le Corrège. (Musée du Louvre.) Tirée de la Femme dans V Art, de Marius Vachon.
garn-ie de cheveux qu'une bille de billard. J'achète donc un flacon du régénérateur de la chevelure et je m'en frictionne régulièrement le crâne tous les jours. Tout allait bien ; déjà j'apercevais une imitation de poil qui faisait le beau sur le sommet de ma tête, quand mon imbécile de bonne de malheur ne s'avise-t-elle pas de changer nos fla-
^^^^^^^^^^^^''sf'^^'^^^^^^'iï^'^ '"^!~=îi'5S^^^^=3^
FiG. 118.
çons ? Moi, sans défiance, je me frottais la tête régulièrement avec le lait mamilla, tandis que ma femme se frictionnait la poitrine avec le régénérateur de la chevelure. Je fus d'abord surpris de voir des cheveux sur la poitrine de ma femme et de sentir ma tête se ramollir. Pendant que nous commentions les vertus de nos flacons, le phénomène suivait son cours, si bien que ce matin je me suis réveillé avec
CURIOSITÉS ARTISTIQUES
une jolie paire de tétons sur la tête, tandis que ma femme trouvait sur sa poitrine une magnifique perruque.
Tu vois ma position! Toi qui as été chirurgien, viens de suite me tirer de là, je t'attends et je te la serre d'amitié. Coquenbois.
Terminons notre revue par la fin naturelle de toutes choses :
?''^iRBII»'WW*^''W«a^^ IHWfci
la Mort mamelue, frontispice macabre des œuvres de Vigé (fig. 131).
SUR L ALLAITEMENT
II. — SUR L'ALLAITEMENT Sujets historiques. — En dehors des fictions mytholo-
FiG. 120. FiG. 121.
giques ou religieuses et des légendes populaires, déjà
LEPKURÎEN.
men-
FiG. 122.
tionnées (1), les deux épisodes empruntés à l'histoire de Fanti-
(1) V. Anecd. hist. et relir/., p. 147.
CURIOSITES ARTISTIQUES
quité, relatifs à la lactation, qui ont été le plus souvent retracés par les artistes, sont Tallaitement de Rémus et Romulus par la louve et la Romaine qui allaite, dans une prison, sa mère, suivant les uns, son père, selon d'autres. Cette dernière scène porte les titres de Piété filiale ou Charité romaine.
Du premier sujet nous citerons le magnifique tableau de
FiG 123.
Rubens (fig. 132), qui se distingue, entre toutes les œuvres analogues, par l'originalité de la composition et la vigueur de l'exécution (1).
Le même maître a reproduit sous des aspects variés la Piété filiale; nous connaissons la plus intéressante de ses toiles (2).
(1) Signalons encore la louve étrusque du Capitole ; la louve de Sienne, par Turini, etc.
(2) Anecd. hist., p. 55.
SUR L ALLAITEMENT
Au bas de la gravure de ce tableau, nous relevons l'inscription suivante :
Discite quid sit amor ; lactab ^jia gnata parentem Queni miseranda famés et fera vincla premnnt . Tantus amor fertur vitam meruisse Cimoni. Sicque fuit patri filia facta parens ( 1).
TSJTSL
FiG. 124.
Lemire aine (fig. 133), Jacques Bachelier (fig. 134), ('oypel (fîg. 40) et tant d'autres (2) ont aussi adopté la tradition du
(1) Sachez ce qu'est l'amour ; une pieuse fille allaite son père,
Que pressent l'horrible faim et de lourdes chaînes. Un tel amour, dit-on, valut à Cimon la vie, Et ainsi la fille devint la mère de son père. (2) Au musée d'Orléans, on peut voir une peinture de l'école italienne, attribuée à Luca Gordiano, représentant une Femme allaitant .son j^ère prisonnier. — A la chalcographie du Louvre, on trouvera la Charité romaine de Giuseppe Baldrighi, gravée par P. Langlois.
CURIOSITES ARTISTIQUES
père allaité par sa fille ; mais aucun d'eux n'a atteint la maestria
FiG. 126. " FiG. 127.
du peintre flamand. Aussi Diderot était-il dans le vrai quand, à
FiG. 128,
propos de la Charité romaine de Bachelier, il conseillait au peintre de fleurs de revenir « au jasmin, à la jonquille, à la tube-
SUR L ALLAITEMENT
reuse, au raisin ». La composition de Goypel est accompagnée de ces mauvais vers :
Quel spectacle touchant ! Quel merveilleux tableau ! Chargé d'ans et de fers, Cimon presque au tombeau
Fia. 130.
Trouve au sein de sa fille une nouvelle vie. Cimon, de quel bonheur ta misère est suivie ! Tu renais de ton sang et ta fille à son tour Est mère de celui qui lui donna le jour.
CURIOSITES ARTISTIQUES
C'est en s'inspirant de ce sujet que A. Bosse imagina sa « Sibille Eristrée », accompagnée de ce quatrain, aussi énigmatique que le personnage :
Ze T/ci£a. vîcume^rU a/tzw/cuite-
^e^ comfiumcntj 77e- jimt p.a^ Cqiioj
^UinièiAinHM?-. JOe linifc mcni cime^ Zu^ ptench mon ùZ(m U ncm^ nci^on^ .
VÏGÈE EPi-A LA MORT.
FiG. i;u.
Une vierge trouA*aiit du lait dedans son !-ein En nourrira son père, et toute la nature Jouira du bienfaict de cette nouri'iture Lorsque ce laict faict sang, se fera nostre liaiu.
SUR L ALLAITEMENT
Dans la statuaire moderne, nous ne voyons à citer que l'imposant groupe en marbre (fig. 135), dû. au ciseau délicat de H. Lemaire, et cpii a figuré avec éclat au Salon de 1881.
A côté de la Piété filiale se place naturellement la Maladie de Las Casas (fig. 33, Anecd. hist.), évêque de Chiapa, qui fut le protecteur des Indiens contre les exactions espagnoles. Pen-
FiG. 132.
dant une grave maladie, ce vénérable prélat, ne pouvant plus supporter aucune nourriture, dut la vie au lait qu'une Indienne lui faisait prendre à son sein. Ce trait de dévouement a été fixé sur la toile par Hersent, en 1823, et gravé par Pierre Adam.
Notons, sans y attacher plus d'importance, le Changement de lait de Paul et Virginie (1), estampe de Lambert qui fait partie d'une suite de six pièces et rappelle ce passage du roman : « Souvent elles changeaient de lait : Mon amie, disait M™° de La Tour, chacune de nous aura deux enfants, et chacun de nos enfants aura deux mères. »
(1) On sait que cette naïve et charmante idylle fut inspirée à Bernardia de
CURIOSITES ARTISTIQUES
En France, l'histoire ne nous fournit qu'un document figuré. C'est une médaille {iig.70,Aiiecd. hist.) frappée à la naissance de Louis XIII, en 1601, qui représente, au revers, une Gybèle et une
Sa/v'h de iSia Tûm 12
FC.3S
■Lemire-
■ puu>
^'hrm<znd /îù j-o
FiG. 133.
Junon arrosant un lys de son lait. Marius Vaclion raconte que cette médaille avait déjà servi à la naissance de François II, mais la Monnaie n'en conserve aucune trace.
A l'imitation de Racliel ouvrant à sa servante Betha la tente de
Saint-Pierre, en 1788, par une anecdote recueillie à l'Ile de France. Les personnages qu'il met en scène sont de pure imagination. « Aux Pamplemousses, écrit M« Pleiffer, on voit une pierre turaulaire qui ne recouvre aucune cendre humaine. ï> Et cependant nombre de personnes se glorifient « d'appartenir à la famille de Virginie de La Tour, l'héroïne à jamais immortelle de Bernardin-». Ainsi s'exprime un de nos confrères, qui semble attacher plus de prix aux titres nobiliaires qu'aux titres scientifiques, mais il oublie que le de La Tour, père de Virginie, c(, n'était pas gentilhomme »; et pour cette raison les parents de sa femme ( .') s'étaient opposés à son mariage ; de plus, Bernardin le fait descendre d'une famille de Normandie et non de Bretagne, souche des fameux ancêti'es de notre confrère.
SUR L ALLAITEMENT
Jacob, Diane de Poitiers envoie le roi chez la reine donner un héritier au trône, et quand après de longues années de stérilité, Catherine de Médicis accouclie de son premier fils, Diane revendique auprès de la reine la fonction que la mythologie attribue à la sœur de Phœbus. Un tableau donne du fait la commémoration pittoresque. Dans le costume olympien que lui réserve son privilège de déesse, et entourée des dames de la cour en robes de fées, elle reçoit solennel-
aZTaaEJil I»- ~ JBiCHEtlEB..
FiG. 134. — Tirée de V Histoire des peintres.
lement le prince nouveau-né qu'une femme agenouillée lui présente. Elle fait frapper une médaille à son buste, et dont le revers offre une Junon et une Cybèle, avec cette devise : « Oritur et lacté virescit. »
Sur le terrain politique, la moisson n'est pas beaucoup plus riche ; nous ne trouvons à glaner c[u'une seule caricature (fig. 135 bis)., encore est-elle exotique. Elle porte la date du 22 avril 1784 et pour légende : PoUtical affection. Cette caricature est de Rowlandson et fait partie d'une suite se rattachant aux élections de Hood, Wray etFox, candidats à la Chambre des
CURIOSITES ARTISTIQUES
Communes {The Great Westminster Election). On y voit la duchesse de Devonshire {The Canvassing Duchess) allaitant
FiG. 18,-
un renard, c'est-à-dire le célèbre homme d'État, Fox, signifiant renard, dont elle soutenait la candidature de ses propres
FiG. 135 A/.v.
deniers (1). Les Goncourt connaissaient ce document ; ils en
(1) Voir Rowlandson tlie Caricaturist, vol. I, p. 132. (Westminster Election,
SUR L ALLAITEMENT
parlent dans leur Histoire de la Société française pendant la Révolution ; mais, ne sachant à quel événement le rattacher, ils se tirent d'embarras en exécutant une variation littéraire des plus fantaisistes :
C'est au coin de la rue Saint- Jacques et de la rue des Mathurins que la Révolution établit le musée de ses caricatures. Au coin de rue qu'occupe Basset, le maître de cette boutique, tout le jour le peuple stationne. La montre de Basset est une grande alliée de la Révolulion : c'est le journal des gens qui ne savent pas lire. C'est l'école du
FiG. 13G. — Caporal, faites donc taire votre moutard ou donnez-lui à téter.
Il va faire fuir les voleurs.
FiG. 137. — Ne vous dérangez pas, Madame, j'attendrai qu'il ait fini.
peuple. Là, donnent leurs leçons gratuites, des professeurs caricaturo-patriotiques, éclairant les amateurs <i de caricatures, estampes morales et spirituelles dans le sens de la Révolution ». — « Voyezvous cette femme — dit l'un — et ce loup qui la tient par la gorge ; voyez-vous comme elle se plaît à le nourrir, comme elle le tient attaché à son sein ? La marâtre ! Et cet enfant qui périt à ses côtés faute d'aliment ; c'est son propre fils, messieurs et dames, c'est son fils qu'elle abandonne pour nourrir le loup emblème de la férocité de l'aristocratie, c'est clair ! — Tenez, savez-vous l'anglais ? lisez l'inscription: Political affection. Affection, préférence, passion, Political, delà Polignac... — La gueuse! » — 11 a raison, — fait tout le monde, — c'est ma foi la Polignac... ha, ha, ha, hi, hi, hi! »
CURIOSITES ARTISTIQUES
Certains faits politiques et administratifs, où l'allaitement a joué son rôle, par suite de la substitution des femmes aux hommes, ont excité la verve de la satire; par exemple les Vésuviennes de 1848 (fig. 136), que le crayon de Gham caricature avec sa malice et son esprit habituels, et le remplacement dans les bureaux de poste des employés par des dames ou des jeunes filles, que Stop plaisante agréablement dans le Journal Amusant du 18 novembre 1893 (fig. 137).
Nous trouvons un document qui nous intéresse da-is les Sept œuvres de miséricorde corporelle (fig. 136 bis),gvoVi\)Qes en
Fig. 13G Jjis.
un seul cadre et sans confusion, par David Teniers. Il a indiqué : le Esurientespascere (Nourrir ceux qui ont faim), par un vieillard opulent qui distribue du pain à des indigents ; le Hospitio excipere advenas (Donner Thospitalité aux étrangers), par un villageois qui invite deux pèlerins à entrer dans sa maison ; le Vesifi7'e /ii^f/oi- (Habiller ceux qui sont nus), par une femme âgée, offrant des vêtements à des malheureux ; le ^Ji,gros curare (Soigner les malades), par quelques personnes que Fou aperçoit dans une petite maison, empressées à donner leurs soins à une femme malade; \<d Liherare captivos (Délivrer les captifs), par un cavalier qui accueille à la porte d'une prison un prisonnier qu'il vient de
SUR L ALLAITEMENT
délivrer ; enfin ce qui touche de plus près à notre sujet, le Potare sitientes (Abreuver ceux qui ont soif), par un jeune homme versant du vin dans une coupe à une femme assise au premier plan, laquelle tient sur ses genoux un enfant à la mamelle qui se désaltère à sa façon, tandis qu'à côté d'elle un autre enfant plus âgé boit avec avidité.
L'œuvre de xmséYiQxn^àQ, Potare sitientes , a été souvent traitée
Fia. 137 his. — Groupe principal d-3 la caricature de Gillray.
isolément et a fait l'objet de compositions importantes; la gravure de A. Bosse, sur ce sujet, montre au premier plan, à droite, une femme c[ui allaite, et, à gauche, une fontaine semblable au Manneken-Pis de Bruxelles.
Une mode d'allaiter, en Angleterre, a été ridiculisée par la plume et le crayon, mais elle a résisté, comme toujours, aux attaques les plus violentes.
CURIOSITES ARTISTIQUES
Gillray, dans une caricature (fig. 137 bis) portant pour légende : The fashioiiable mainina or the cotivenieiice of modéra dress (1796) (La maman fashionable ou les avantages de la robe moderne), raille la grande dame qui, avant de sortir, daigne présenter le sein à son enfant, mais sans se donner la peine de le prendre des mains de la gouvernante et, pour n'avoir pas à se dégrafer, elle porte la robe fendue au niveau des seins : c'est plus expéditif et moins schoking. A droite, à travers la
fenêtre, on aperçoit le cocher sur son siège attendant impatiemment que madame ait terminé sa corvée. Par opposition, l'artiste a accroché au mur, dans le coin de gauche, un tableau représentant le véritable amour maternel, ilf^^e/vzïxZLoc^e, où lanière, tout à son devoir, tient son enfant sur ses genoux et découvre entièrement sa poitrine.
Les nourrices font nécessairement partie de notre collection. On trouvera, dans nos autres volumes (1), de nombreux documents se rapportant à l'histoire et au costume de ces « secondes mères ». Nous compléterons nos renseignements historiques en
(1) V. Histoire des accouchements ; les jVaissanoes à la Cour ; les Accouchements dans la littérature, a^i théâtre et dans les ieaux-arts ; Anecdotes sur les seins et l'allaitement.
SLR L ALLAITEMENT
signalant une nourrice thrace, d'après une figurine enterre cuite, dans la Grèce avant Alexandre^ d-e Monceaux; puis deux estampes du ^lusée Carnavalet (collection Henin), montrant la « Nourisce « au XVIP siècle ; enfin le portrait de la nourrice du duc de BeiTv, accompagné de ce mauvais quatrain :
J'aurois lieu de me tenir fière D'avoir ce bonheur sans égal De mêler en quelque manière Mon lait avec le sang royal.
Passons en revue diverses scènes prises, sur le vif, chez la gent nourricière.
La Nourrice ciui rend V enfant et Id. Nourrice qui remue Ven-
FiG. 139.
Pas assez de lait 'ehbieu, excusez .
FiG. 140. — La dégustation : Lait vigoureux, nourrissant, petit goût de noisette, goûtez-moi ça. — Mon bon docteur, je m'en rapporte à vous.
fant, de Benard, sont bien connues. Des vers de circonstance accompagnent ces images populaires ; voici ceux de la dernière :
A ces soins empressés, atout ce mouvement, Qui ne croiroit ici reconnaitre une mère
Dans son véritable élément ?
Ce n'est pourtant qu'une étrangère
Qui pour un modique salaire Vend au premier venu ses peines et son sang. Et liATée au plaisir, peut-être la maman
Songe autant à l'enfant qu'au père.
Opiz nous introduit dans un Bureau de nourrices, sons le premier Empire; Frappa nous fait assister au Choix d'une
CURIOSITES ARTISTIQUES
nourrice contemporaine (1), et Duez nous ouvre les portes de la Maternité, à V Heui'e de la tétée des enfants débiles (2),
Fm. 141.
dont nous ne reproduisons que le groupe du premier plan (fig. 138).
La note gaie nous sera fournie par une page pleine d'humour
(1) Anecd. Ust., fig. 27.
(2) Exposition du Champ de Mars, 1805.
SUR L ALLAITEMENT
de la Vie parisienne, consacrée au Choix (Tune nourrice ; nous en détachons deux vignettes amusantes (fig. 139, 140).
Sujets symboliques. — Nombreuses sont les œuvres où les artistes symbolisent la Charité sous les traits d'une femme court-vétue, entourée d'enfants et donnant le sein à l'un d'eux. La plus curieuse est peut-être celle de Lucas Granach,le vieux, que possède le jMusée d'Anvers (fig. 141). Citons aussi la Charité de A. Caraccio ; la composition pleine de sentiment de
Fia. 142.
Guido Reni (fig. 142), de la Galerie de Florence ; une autre, plus connue, d'Andréa Del Sarto, où la Charité apparaît sous la figure d'une femme assise, tenant sur ses genoux deux enfants. L'un des deux est suspendu à son sein, le second lui montre un bouquet de noisettes qu'il tient à la main ; un troisième dort à ses pieds. A l'école française appartiennent VAlma Mater ^ d'Ingres ; la Charité de Bouguereau (1) (fig. 143) ; et, parmi les sculptures, le groupe du tombeau de Lamoricière, à Nantes
(1) Salon de 1883.
CURIOSITES ARTISTIQUES
(fig. 144), de Paul Dubois, et du monument élevé à la mémoire de MgT Donnet, par Delaplanche (fig. 145).
La vive opposition des ombres et des reflets, et surtout l'intensité de vie et de mouvement que H. -G. Ibels a su donner à la
Fig. 142 /;;.y.
mère qui allaite (fig. 142 bis) font de cette empoignante conception une véritable figure symbolique de V Allaitement.
Allaitement maternel. — La mère donnant le sein figure, d'une façon épisodique, dans nombre d'œuvres magistrales, par exemple : les Sept œuvres de miséricorde corporelle (fig. 136 his)^ de Téniers ; une Halte de Bohémiens et une Scène d'intérieur^
SUR L ALLAITEMENT
de Sébastien Bourdon; le Ménage du menuisier^ de Rembrandt ; le Repas de famille^ de Stein ; les Paysans joyeux^ de Brackenbourg : Fun d'eux prend à pleines mains le sein gauche d'une Flamande assise auprès de lui, tandis qu'à l'autre bout de la table un marmot joufflu tète avidement le sein rebondi de
FiG. 143.
sa mère. Rubens a placé au premier plan de sa Kermesse un groupe de trois femmes, assises sur des bottes de foin et occupées à allaiter leurs enfants.
Quant aux femmes isolées qui donnent le sein, chaque Salon de peinture et de sculpture nous en offre plusieurs variétés . Deux marbres poignants, l'un de Thivier, la Délaissée ^VsiViive, Sans abri
CURIOSITES ARTISTIQUES
(flg. 146) (1) évoquent les tristesses de la maternité. D'autres œuvres, au contraire, en reflètent les joies : le Bonheur du ménage^ de Le Prince ; la Plus belle des mères (2j, de Van Dick ; V Amour maternel^ de Peters (3), et celui deE. Laroche, sculpté dans un bloc ; la Bonne mère^ terre cuite de Laroux; la Nowricière^ de E. Chatrousse; Extase maternelle^ de Hugues Merle ; V Allaitement^ bas-relief en bronze de Charpentier ; le
Fm. 144.
Premier déjeuner^ de Zuber-Buhler ; le Premier «e, de Beaury Sorel; la Jeune mère^ de Ch. Demory ; celle de Trayer, de Laugée, de G. Pabst et de tant d'autres. Réservons une mention spéciale à Carrière, appelé « le peintre de l'allaitement » par les Concourt, et citons, à titre de curiosité, la Paysanne allaitant (fig. 147) dont le Louvre a fait l'acquisition, au prix de 3,000 francs, mais qui a été retirée de ses galeries, à la suite d'un tollé général des critiques d'art et des experts, décia-
(1) Tirée de La Famille.
(2) Anccd. liist., p. 49.
(o) Anecd. hist., p. 48.
SUR L ALLAITEMENT
rant cette toile apocryphe, malgré la signature de Millet, datée de 1848.
Parmi les gravures importantes, nous mentionnerons la curieuse étude de Bartolozzi (fig. 148), un joli spécimen de l'école anglaise ; la vigoureuse lithographie de Ibels, déjà mentionnée (fig. 142 bis) ; et celle non moins intéressante de Legrand, Mater inviolata. Une estampe anonyme du XVIIP représente une jeune
Fig. U5
coquette minaudant avec un galant, tandis que son enfant prend sa mamelle gauche. Au-dessous, cette banalité :
Pleine du feu de la jeunesse, Cette nourrice à l'œil fripon Découvre assez que sa tendresse N'est pas toute pour son poupon.
Sur ce sujet, les scènes gracieuses et familières abondent ; nous n'avons que l'embarras du choix : V Enfant et le barbet^ de Verkolie, où le bébé quitte un instant le sein pour regarder un
CURIOSITES ARTISTIQUES
petit chien avec lequel joue sa mère ; la Jeune mère de François Miéris embrasse avec tendresse son enfant qu'elle vient d'allaiter, scène maternelle qui rappelle V Heureuse mère de Saint-Albin ; puis Nounou, eau-forte de Henri Boutet, très belle Cancalaise « faisant sauter son poupon devant sa poitrine offerte ». Plus
FiG. 146.
près de nous, voici le Coup de Vétrier (fîg. 149), de Debat-Ponsan : avant de partir pour le bal, où les règles les plus élémentaires de l'hygiène lui défendent d'aller, la jeune mère gave son enfant pour la soirée. La même idée avait été exprimée, mais avec une opposition plus accusée, dans une gravure de Gavarni, Avant de partir : la mère, déguisée en débardeur et s'apprêtant
SUR L ALLAITEMENT
à passer la nuit au bal masqué, donne, le sein à son marmot. Notons enfin une toile de M'*'' Blanche Noriac, Une vocation (Salon 1897) dont le sujet original, plus que le mérite de l'œuvre, attire l'œil : ce tableau représente une fillette assise, donnant le sein à sa poupée.
Animaux.
Les femelles d'animaux, qui allaitent leurs
FiG. 147.
petits ou des enfants, figurent dans un certain nombre de compositions, soit comme sujet principal, soit comme accessoire pour animer le paysage. Nous ne nous occuperons que du premier groupe.
Dans son Egypte^ Champollion reproduit une vache allaitant à la fois son veau et un enfant (lîg. 150). Une lithographie de
CUUIOSITES MEIIICALK-.
CUaiOSITKS ARTISTIQUES
Carie Yernct nous montre une sorte de pendant à ce document archéologique : une femme sur une ânesse donne le sein à son enfant pendant qu\m jeune ânon tette sa mère.
Au tour des chèvres — et elles sont nombreuses — qui allaitent leurs chevreaux ! Que de toiles représentant Fallaitement de Jupiter par la chèvre Amalthée ! Celle de Nicolas Poussin, entre autres, est une œuvre de tout premier ordre. En 1835, M"" Lorimier exposa un tableau (fîg. 151) représentant une jeune mère
qui, dans Fimpossibilité de nourrir son enfant, le faisait allaiter par une chèvre. Le regret qu'elle éprouve de ne pouvoir remplir son devoir maternel donne à ses traits une douce expression de mélancolie. Dans la Nourrice improvisée, de Paul Descelles (fig. 152), exposée en 1896, on voit une chèvre docile allaiter un enfant sous la surveillance des sœurs d'un hôpital. La Noiirnce, de C. Pvo])ert, nous présente au contraire des chevreaux nourris au lùlieron par une jeune lillc. LTne estampe de J. Houel, VAllaiteineiil du petit éléphant (fig. 153), nous introduit dans une famille de pachydermes, où nous assistons à une scène de
SUR L ALLAITEMENT
tendresse entre Monsieur, Madame et Bébé. Donnons enfin le
FK4. 149 (1).
portrait, pris sur nature, d'une grivet femelle (fig. 154) nour^
FiG. 150.
rissant son petit, né à la ménagerie du Muséum, vers 1840.
(1) D'après la photographie de Braun et Cie.
CURIOSITES ARTISTIQUES
Fantaisies. — - Au moyen âge, dans la Danse macabre (1), la Nourrice figure à côté de la Femme g/vsse (2) et de la Sagefemme (3), les seins saillants et un enfant nu sur les bras, avec cette légende :
NuTRix : Nuiricem rapiens mors prestat vermibus escam. (La mère NOURRICE : La Mort, enlevant une mère qui nourrit son enfant, donne leur pâture aux vers.)
L'œuvre de A. Bosse renferme un dessin fantaisiste d'une
FiG. 151.
laitière de la campagne portant un pot au lait sur sa tète ; tout en cheminant, cette contemporaine de Perrette se fait ces réflexions d'une moralité douteuse :
(1) Appelée encore Danse de Saint- Macaire, à la suite d'une vision de ce solitaire. La Mort dirige cette danse à laquelle tous les étals prennent part .
(2) Celle-ci entr'ouvre sa robe pour montrer son ventre. Gravida : Quid gestare juvat fœtuiii? Mors iviuiinet atra. (La femme enceinte : A quoi bou porter un fœtus? L'aft'reuse mort est là, menaçante.)
(3) MiNiSTRA PUERPUERORUM : Ke jioxthac al'tis .servirc morti.s vdat liorror. (L'ACCOUCHEUSE : L'horreur de la mort /l'eiiqjêche pas ensuite de servir à d'aïC' très.)
SUR L ALLAITEMENT
J'apprenne si fort le commerce Par qui l'on peut avoir du lait, Que de la façon qu'il me plaist, J'aime que mon pot se renverse, Car je scay qu'en notre village Un garçon qui faict l'entendu Réparera tout le dommage De mon laict qu'il a répandu.
Estampe philosophique de Pigalle : un enterrement passe
FiG. 152. — Groupe principal du tableau de F. Descelles, la Nourrice improvisée. Tirée du Boulevardter.
auprès d'une mère qui allaite ; au bas, cette légende : « Les uns viennent et les autres s'en vont. »
Une autre gravure en couleur de l'époque de la Restauration représente les Quatre mendians : une pauvre femme donne un sein flasque et ridé à son dernier né, et porte, attachée au dos, une vieille chaise où est assis un autre enfant, pendant qu'elle tient de la main son fils aine qui tend une sébile pour demander l'aumône.
Nous aurions voulu reproduire ici les jolies fantaisies de
CURIOSITES ARTISTIQUES
Willette, mais cet artiste nous en a refusé l'autorisation ; nous devons donc nous contenter de les énumérer : Buffet ! cinq minutes d'arrêt, et le Roy boit^ parues au Courrier français ; V Allaitement de Pierrot^ tiré de Pauvre Pierrot ; Sève d'Avril^ illustrant Ronces et Gratte-culs ^ de Prosper Marins ; enfin une réclame pour une nouvelle marque de Champagne, délicieuse vignette représentant un hussard de la mort se désaltérant au sein d'une accorte cantinière : « En ce temps-là, dit la légende, il n'y avait pas encore de G.-H. Mûmm, cordon rouge. »
FiG 153.
L'habile crayon d'Heidbrinck a aussi fourni au Courrier français^ l'Art de téter depuis les temps les plus reculés.
Robida nous offre, dans le Journal amusant (fig. 155), une plaisante composition, sous forme de réclame, pour une préparation galactogènc, le Galéga, avec cette légende : « Précieuse découverte ! plus de monopole ! Messieurs les papas, en mangeant une salade de galéga à chaque repas, pourront désormais servir de nourrices à leurs enfants. »
De Bergevin a aussi composé une gracieuse réclame illustrée, pour un biberon facilement nettoyable, « Le Parfait nourricier » (fig. 156).
SUR L ALLAITEMENT
Terminons par un cartonnage, vendu sur la A^oie publique, le
FiG. 154.
FiG. 155.
Nez-nez fin de siècle (fig. 157), qui a eu sa vogue, en 1892
CURIOSITES ARTISTIQUES
Après avoir découpé la partie blanche de la mamelle, le dos de