II
cuRiosrrp:s artisttques
Passons aux sujets gracieux et quelque peu légers ; polissonneries élégantes dont l'art sauve la gaillardise.
D'abord les compositions à un seul personnage. Les Appas multipliés (lîg. 94), de Lulle, exposent une femme nue
FiG. 94.
entre deux glaces qui multiplient les charmes de son torse ; la Satisfaction^ de A. Lejeune, et la Curieuse, de P. A. Wille, gravée par Voyer l'aîné (fig. 95), figurées par de jeunes femmes en costume du matin, comtemplent dans un miroir leur admirable poitrine. Louis Legrand, dans une eau-forte vigoureuse, Réflexion indiscrète^ a buriné une femme nue, vue de dos,
assise sur une glace qui reflète ses mamelles inférieures, tandis qu'un miroir, tenu sur ses genoux, reproduit les contours marmoréens de son torse.
FiG. 95.
Dans la capiteuse conception de Chaplin, Souvenirs (fig. 96), une belle vaporeuse offre, à l'admiration de tous, ses seins provocants ; de même, dans Coquetterie, de Débat; mais ici l'héroïne est moins lascive.
CURIOSITKS ARTISTIQUES
A cette série suggestive se rattachent: la Donneuse^ de Brun, belle imprudente qui se réveillera certainement avec une fluxion de poitrine, et la Jolie nourrice^ du même artiste, jeune et jolie fille qui présente, de la main droite, un sein gauche irréprochable. Dans le charmant groupe en marl)re du Triomphe de la
FiG. 90.
Jeunesse^ de Madrassi, une femme nue, portée par des amours, presse aussi le mamelon de son sein qui menace les cieux.
L'école anglaise nous offrira entre autres spécimens de ce genre aimable : The désire satiss/7.ed{he désir satisfait) (fig. 97), peint par Angelica Kauffmann et gravé par Roze Lenoir .
La comparaison du sein avec un bouton de rose a souvent
inspiré les artistes ; mais nous donnons la palme aux exquises Premières roses (fig, 98), de Cli. Chaplin, composition pleine de charme et de réserve. A ce thème se rattachent : le Bouton de rose, de P. A. Wille, pendant de la Curieuse, dont nous venons de parler ; la Comparaison du bouton de rose, de Saint- Aubin (fig, 99) ; celle de L. Perrey, exposée au Salon du Champ de Mars de 1892. Dans la série des Amants et Époux, de Devéria, une jeune amoureuse approche aussi un bouton de rose jjrès de son sein : « Eh bien, flatteur, compare », dit-elle à
Fig. 97
son galant. Une autre estampe, mais anonyme, représente un papillon posé sur le bout de sein d'une belle endormie, qu'il prend pour un bouton de rose. Nous avons comblé la lacune du dessinateur en agrémentant son image, suivant la coutume du siècle précédent, d'un pastiche de légende versifiée :
Tandis que sxir son lit, troublante, elle repose, Par la fenêtre ouverte entre un beau iDapillon ; Il s'abat sur son sein, et prend son frais bouton Pour un bouton de rose .
CURIOSITES ARTISTIQUES
Une Comparaison^ moins banale, mais d'un ordre d'idées différent, est celle de Lejeune : on y voit une coquette comparer
FiG. 08. — Les iireni.ières r^w,?, de Cliaplin.
avec satisfaction son torse nu à celui de la Vénus de Milo (fig. 100). Déjà Devéria(l) avait craj^onné la flatterie d une mar-
(1) Anecd. hist. et rellg., fig. 180.
SUR LES SEINS
chande de corsets, mesurant la taille de ses clientes après celle d'Aphrodite et n'hésitant pas à leur accorder la supériorité de la finesse.
FlG.99.
Viennent ensuite les sujets badins à deux ou plusieurs personnages, qui appartiennent presque tous au XVIIP siècle.
Honneur d'abord aux étrang^ers : Sicardi, de l'école italienne, nous montre, dans Oh! Che boccone ! ViQvvoi fortement impres-
CURIOSITES ARTISTIQUES
sionné par la gorge idéale de Colombine, qui, la friponne, ne dort que d'un œil.
Le Nourrisson^ de Dumouchet, gravé par P. Dupin, est plus audacieux ; il n'hésite pas à appliquer ses lèvres sur le sein pal-
FlG . 100.
pitant de sa belle qui joue à la nourrice (fig. 102) ; cette est accompagnée du poncif traditionnel :
Lorsqu'on voit un enfant, grand comme père et mère, Avec la jeune Iris jouer à la nourrice, On n'en sçauroit douter, c'est un pur artifice Pour triompher d'un cœur à l'amour trop sévère.
image
SUR LES SEINS
Dans l'abord lui amant cache ce qu'il espère, Il ne veut qu'un regard, que toucher votre main ; Mais, belles, s'il obtient jusques à votre sein, Craignez un nourrisson, grand comme père et mère.
Les amoureux de Saint- Aubin (fig. 103, 104), moins entrepre-
nants, n'en sont encore qu'au regard, la première étape de l'amour et qu'aux doux propos, que nos pères appelaient « la petite oie ». Pudiquement, la mignonne découvre son sein virginal, en murmurant : « Au moins soyez discret », tandis que son amant lui envoie un doux baiser avec cet aveu : « Croyez à mes serments!» Comme contraste, Donloux a peint une fdlette cachant ses seins aux regards d'un vieillard libidineux; elle
CURIOSITES ARTISTIQUES
répond : « Tiens, j't'en ratisse! » à son téméraire : « Ah! si j'te t'nais! » La parfaite entente du premier couple et le complet désaccord du second rappellent, une fois de plus, qu'il faut des époux assortis. On a fait à la même époque une mauvaise imita-
tion de ce dernier sujet ; seulement les rôles sont intervertis, le vieux, prêt à jeter ses dernières gourmes, dit : « Ah! comme t'en tiens! » et la jeune femme, montrant en entier sa poitrine : « Ah! le méchant ! »
Le Berger curieux^ de Le Douteux, un peu trop rustique, se
SUR LKS SEINS 139
contente, en attendant mieux, de regarder une puce sur le sein d'une bergère endormie ; au-dessous de la gravure, à l'allure bucolique, nous lisons cette médisance de l'artiste :
Derrière son Iris, ce drôle, sans mot dire. Souffre que sur son sein une puce respire ; Il a tort, dites- A'ous ; c'est en juger fort mal : L'Agnès, pour mieux ôter le mordant animal. Laisse voir une gorge aussi fraîche que rose. Qui sçait, si le tendron, qui se croit sans témoin,
Pour quelqu'autre pressant besoin
Ne montrera pas autre chose?
Dans la Petite Thérèse^ de Philippe Caresme, gravé par Jules Couche, Biaise attrape par son jupon sa belle qui se sauve dans une vigne et se laisse prendre sans trop de résistance ; déjà le venta fait la moitié de la besogne, en emportant le fichu de Thérèse et en exposant ses deux seins aux caresses de son galant :
La belle y vient, il la happe
Par son jupon de bazin ;
Vous A'nez donc mordre à la grappe
Dans la vigne du voisin?
Nombreuses sont les compositions où les soupirants s'enhardissent au point de porter les mains sur les charmes de leurs belles : tels le Baiser, de Fragonard (fîg. 105) ; les Soins tardifs^ de Baudoin (1) ; le Ça ira, de Boilly {^\^. 107), où le doigt posé sur le bouton est significatif et fait présager le pendant de ce tableau. Ça a été; puis le Réfractaire amoureux, de Saint- Aubin, qui nous montre un abbé se jouant avec une femme au lit et disant, la main sur le sein de la belle : « C'est sur cet autel où je prête serment! » h'Épouse indiscrète, de Baudoin, qui surprend son mari en train de caresser le sein de sa servante, appartient à la même série de sujets croustilleux.
Au premier rang de ce musée de la galanterie figurent : les Vieux amateurs, de P. A. Wille (fig. 108) et les Orgies anglaises, d'Hogarth (fig. 109) et de Rowlandson (fig. 110), où mains et seins se confondent dans une audacieuse promiscuité.
(1) Du même artiste, uae composition moins connue (fig. 106) qui ne porte aucun titre et manque, comme celle-ci, d'austérité sinon de bonne grâce.
CURIOSITES ARTISTIQUES
Dans la Gaieté conjugale^ de Frendeberg, gravé par de Launay, une mère et son enfant se jouent à repousser le père qui fait mine de prendre le sein de sa femme ; scène d'intérieur, prise sur le vif, qui vaut bien, dans sa naïveté charmante, toutes les conceptions extra-réalistes modernes. Iaïx. Famille en goguette, du même peintre, nous montre une femme, la poitrine nue, dan-
FiG. 103.
sant avec son mari ; au second plan, une jeune fille, au corsage dégrafé, se tient les côtes de rire. La gravure de ce tableau, par Baquoy fils, porte ce quatrain :
Aux appas de sa ménagère On voit ce bon mari sourire avec raisou ; Elle fait le bonheur d'un époux, tendre père, Qui fait celui de toute la maison.
N'oublions pas la gracieuse Comparaison^ de Lawreince (fig. 112), où deux jeunes femmes mettent en parallèle les richesses de leur corsage (1). Bientôt on les retrouvera dansl'^c^ew difficile (2) du même artiste : l'une des deux fera une pénible constation devant le corsage de son amie délacé et devenu trop étroit.
A cette exhibition pudique et intime de deux ])elles poitrines,
Fig. 104.
opposons l'exposition cynique et publique des seins du Garde a vous ou le Sérail en boutique (fig. 113) (3) et ceux d'une Soirée de Coblentz (n° 20 du Bon genre) (4).
(1) Dans les ateliers, on appelle ce record de mamelles : l' Ut de poitrine, c'est-àdire : Lutte de poitrines.
(2) V. les Accouchements dans les heaux-arts.
(3) V. une imitation de cette estampe à V Histoire du, décolletage, p. 216.
(4) Anecd. hist. et relig., fig. 127 .
CURIOSITES ARTISTIQUES
Après ce défilé de sujets émoustillants, une gravure pudique de Gavarni reposera l'esprit et les yeux; elle nous montre Jocelyn agenouillé près de Laurence évanouïe qui, sous ses vêtements masculins ouverts, montre une superbe poitrine de jeune femme. Cette illustration répond au passage:
La foudre a déchiré le voile de mon âme ;
Cet enlant ! Cet ami ! Laurence, est une femme !
FXG. 105.
En dehors du nu complet — dont la révision nous entraînerait trop loin — où les seins, tout en faisant partie de l'ensemble, sont la note dominante, il existe d'autres compositions, fort nombreuses aussi, pour lesquelles ces organes semblent jouer un rôle secondaire, bien qu'ils en soient le principal attrait. Ils donnent du piquant à l'ensemble, comme la pointe d'ail à certains mets trop fades par eux-mêmes. Nous nous contenterons de rappeler les tableaux les plus célèbres : le Lever des ouvrières en modes^ de Lawreince (fig. 114); la Tendresse maternelle (fig. 115) et V Heureuse mère (fig. 116), de A. de Saint-Aubin, qui font partie
SUR LES SEINS
des joies de l'hyménée, célébrées à l'époque révolutionnaire jusqu'à l'exaltation.
Dans un groupe à part, nous réunirons les œuvres où les artistes se sont appliqués à faire des effets de seins, vus à vol d'oiseau, comme la gorge de la Madeleine dans le désert (fig. 117) (1) et les exhibitions charnelles de la Jardinière (fig. 118) et de la Savonne-use {ûg. 119), de A. de Saint-Aubin.
Fig. 106. — Baudoin, ^^i«,x'/!^; Bonnet, sculjjsit. (1771).
Abordons les sujets de fantaisie pure, où l'imagination se donne parfois une trop libre carrière. Des anciens, nous n'avons qu'une poterie montrant une femme aux mamelles pendantes (fig. 120), mais ce spécimen unique ne le cède en rien, par le côté burlesque, à nos caricatures modernes : on peut, par exemple, en rapprocher la charge de Rops, parodie grotesque d'un tableau exposé au Salon de 1896, et reproduite dans YHis-
(1) Van der Werff est peut-être le seul peintre qui ait représenté la Madeleine assise ; ne lui découvrant que les jambes et le torse, où les seins sont seulement vus de profil.
CURIOSITES ARTISTIQUES
toire du rire et de la caricature^ d'Arsène Alexandre (1).
Sous le premier Empire, VÉpicurien (ou \ Embarras des
richesses) (lig. 122), placé entre un corsage des mieux garnis
et une table des mieux servies, se demande, comme l'âne de
Fia. 107.
Buridan : « Par où commencer ai-je? » S'il n'avait pas dépassé la cinquantaine depuis longtemps, il ne se poserait certes pas la question.
Le Courrier Français nous offre plusieurs vignettes amusantes mais toujours artistiques. Les Proverbes illustrés (2), de Louis Legrand, avec cette légende : V Excès en tout est un
(1) Quentiu, édit.
(2) 28 juillet 1887.
SUR LES SEINS
défaut (fig. 123) ; du même, Petit nichoii deviendra grande et, à propos des décorations du 14 Juillet, Celle que je préfère^ c'est-à-dire les seins rebondis de sa belle. Signalons ensuite, Pas de ballottage et Les œufs de Pâques que je préfère^ de Lunel, représentant une femme au corsage entr'ouvert. Effet d'optique^ de Heidbrinck, où deux crânes dénudés de vieil-
FiG. 108.
lards, en admiration devant un buste de femme, donnent l'illusion de deux grosses mamelles. Du même artiste, une composition humoristique pour le jour de la Toussaint : la Fête de tous les seins.
Réservons une place à part aux dessins tracés par le crayon délicat et gracieux de Willette : le Débordement de la Seine., sortie de son lit; Tiens, villageois, v'ià des pommes de Montmartre; son poétique panneau les Boules de neige; enfin sa récente fantaisie sur le cas de M"" Jeanne Chauvin, cette jeune
CUEIOSITES MEDICAl.ES.
CURIOSITES ARTISTIQUES
doctoresse qui sollicite l'autorisation de plaider. Le dessinateur la représente coiffée de sa toque et revêtue de sa robe d'avocat largement ouverte sur la poitrine, offrant aux membres du jury ses seins à nu. Légende : — « Pour conclure^ voici. Messieurs les Jurés^ mes derniers et meilleurs arguments ! »
P. Traby a exposé, aux Incohérents de 1890, un tableau-