I. — SUR LES SEINS
Esthétique. — Les anciens ont évité de donner au sein des femmes trop de protubérance, même dans les statues de Gérés ; chez eux, le modelé de la gorge féminine se rapproche de la forme virginale en pointe, piriforme, à mamelon peu apparent.
Dans l'antique, dit Winkelmann (i), le sein des nymphes, ainsi que celui des déesses, n'est pas surmonté d'un bout visible ; il n'est pas saillant dans les figures de marbre et il ne le serait pas davantage dans celles en peinture, car telle est la forme de cette partie dans l'innocence de l'âge... Comme les bouts de seins sont entièrement développés dans la prétendue Vénus, grande comme nature, dans un tableau ancien qu'on conserve au palais Barberin, je pense que cette figure ne représente pas une déesse. Parmi les modernes, quelquesuns des plus grands artistes sont répréhensibles sur cet article. Le Dominiquin, entre autres, a peint à fresque un plafond dans la maison de Costagati,à Rome, où la Vérité est représentée s'arrachant des bras du Temps, avec les bouts de seins d'une telle grosseur, qu'ils ne seraient ni plus grands ni plus saillans à une femme qui aurait allaité plusieurs enfants. Aucun peintre moderne n'a mieux rendu la forme d'un sein virginal qu'Andréa del Sarto, particulièrement dans une figure à mi-corps, couronnée d'une guirlande et qui tient des fleurs dans sa main.
Nos artistes contemporains n'ont pas la même discrétion : trop souvent ils donnent à leurs divinités les seins et les mamelons d'une forte nourrice.
(1) L'Art chez le-i anciens.
CURIOSITÉS MÉDICALKS. 11 -^ 7
CURIOSITES ARTISTIQUES
Quant à la place assignée aux seins sur le thorax, elle varie d'une façon sensible, suivant les écoles.
Pour BufFon, les mamelles des femmes sont bien placées quand l'espace qui sépare les deux mamelons est semblable à celui qui existe entre l'un des mamelons et le milieu de la fossette des clavicules ; de telle sorte que ces trois points fassent un triangle équilatéral (1).
D'après le canon égyptien {ûg. 58), la ligne de l'un des mamelons à la fossette inter-claviculaire l'emporte quelque peu sur celle des mamelons.
Au contraire, la statuaire grecque donne à la ligne des mame-
FlG. 57. — Les trois âges du seiu.
Ions une étendue un peu plus grande : ainsi, le triangle mammaire de la Vénus Aphrodite, dite de Médicis (2), a une base de 3 p. 8 m. et les deux autres côtés mesurent 3 p. 2 m.
Dans tous les cas, les mamelons sont sensiblement divergents.
De profil, la courbe supérieure du sein d'un modèle accompli est plus courte et moins accusée que la courbe inférieure (iig. 57) ; par suite de cette disposition, le mamelon semble dirigé en haut. Mais avec l'âge, la courbe supérieure se bombe puis s'allonge et finit par devenir presque rectiligne dans la vieillesse ; de son
(1) D'après M. Espiua y Gapo, de Madrid, l'étroitesse de la poitrine serait un signe précoce de la tuberculose : « Quand l'espace, qui sépare les deux mamelons, ne dépasse pas 17 à 19 centim,, quand la périphérie du thorax, au niveau de l'aisselle, est inférieure à 72 cent., il faut se méfier et craindre la tuberculose. »
(2) V. Anecd. hist. et relit/., fig. G3.
SUR LES SEINS
côté, le mamelon, d'abord central, tend de plus en plus à s'incliner vers le sol.
ililii!illil!iii:iiiiil:M|iiiiiiiiliilll«^
FiG. 58.
Les statuaires de l'antiquité, pour la représentation de leurs
CURIOSITES ARTISTIQUES
divinités, avaient adopté le canon égyptien (fig. 58), qui divise le corps en huit mesures de tête. Cependant la distance du nombril aux pectoraux était moindre dans les marbres athéniens que dans la sculpture égyptienne.
C'est que, dit Charles Blanc, les (irecs, habiles à perfectionner les inventions du dehors, et modifiant avec un goût exquis la rigidité du canon (égyptien) qui leur venait d'une race svelte et mince, ont voulu agrandir la poitrine aux dépens des viscères de l'abdomen et ménager ainsi, sur les parties nobles, un plus large plan de lumière.
Voilà pourquoi les plus belles statues antiques, mesurées par Gérard Audran, ont donné sept tètes et demie.
De même, dans l'idéal japonais de la beauté, que reproduit le canon d'Hokusaï (fig. 59), la tête est comprise huit fois dans la
Jt
^i=^4sr-
Fig. 59. — D'après Y Ilhistration.
hauteur de la taille et la distance du menton à la courbe inférieure des seins ne mesure qu'une longueur de tête.
Le galbe des seins a contribué pour beaucoup à caractériser les diverses écoles artistiques. Opulents et arrondis dès la Renaissance (1), ils se sont affaissés chez les statuaires du
(1) C'est bien ainsi que Regnard les demande au peintre Janet : Ainsi qu'en bosse eslève moy son sein, Nei blanc, poly, large, profond et plein.
SUR LES SEINS
XVIIP siècle, pour s'épanouir de nouveau sous le premier Empire et se rétrécir sous la Restauration. De notre temps, ils ont repris une liberté d'allure et une variété de forme qui confinent à l'anarchie.
Le canon égyptien ou grec a été quelque peu modifié suivant
FiG. 60. — La Furnarlna, par Eaphaël Sanzio (1). (Galerie Barberiai, à Rome.)
le tempérament des artistes et chacun d'eux a conçu les seins d'après un type spécial. En général ils ont adopté les contours
(1) ce La jeune femme, écrit Alcide Bonneau, est assise dans une pose pleine d'abandon et de grâce. De sa main droite, qui est d'une exquise beauté, elle ramène sur son sein une gaze légère et transparente qui dessine ses formes et laisse voir jusqu'aux moindres fossettes de son corps potelé... » [Revus eneyelopédique,n° 211.) — Salvi da Sassoferrato a peint le même portrait ; est-ce une copie ou le véritable original ?
CURIOSITES ARTISTIQUES
mammaires de leur femme ou de leur maîtresse, trahit sua quemque voluptas.
Le modelé de la gorge féminine, chez Raphaël, a pour type celui de sa Fornarina (fig. 60). C'est-à-dire des seins pudiques qui se rapprochent du caractère virginal, suffisamment bombés sans aller jusqu'à la forme lourde de l'hémisphère ; dans ce détail de carnation, comme dans toutes ses conceptions, il s'est surtout attaché à idéaliser la nature.
Michel-Ange a fait aussi des seins chastes, mais des seins de vierge athlétique, non pas exubérants, mais très pleins, non pas voluptueux — tant s'en faut — mais comme gonflés par excès de principe vital, de ces seins hémisphériques qu'on appelle chez nous « en pomme »,« en billes de billard w.Onen voit un beau spécimen dans son buste de femme de la galerie des Offices, à Florence (fig. 61).
Les seins de Jean Goujon sont plus lascifs ; il semble que ce
Fig. 61. — Buste de femme. Dessin de Michel-Ange. (Galerie des Offices, à Florence.)
Fia. (32.
ne soit plus la force, mais le désir qui les gonfle. Le modelé en est plus humain, plus erotique, plus souple.
SUR LES SEINS
Chez Hoiidon, la forme est plus aplatie, le mamelon plus central, aussi le sein parait-il moins soutenu.
Les bustes féminins de Rubens rappellent la définition fantaisiste du sein : Voreiller de l'amour ; de l'amour prolifique s'entend. C'est le sein des Flamandes, blanc, lymphatique, de
FiG. 63.
forme plantureuse, de carnation superbe quand il est jeune, mais sujet à de cruelles décadences. Trop beau pour durer, mais magnifique dans sa période d'éclat : c'est plutôt le sein de la maternité.
Dans son Traité sur la théorie de la figure humaine^ il émet cet aphorisme au sujet des seins :
La poitrine unie et ample, avec un peu d'élévation ; les tettons ou
104 CURIOSITÉS ARTISTIQUES
mamelles doucement séparés, ronds, point flasques ni mois, saillant pudiquement sur la poitrine.
Tels sont les seins de la Femme et la pelisse (fig. 62), du musée de Vienne, qui est le portrait de sa nièce et seconde femme, Hélène Fourment (1).
Le sein hollandais de Rembrandt est moins turgescent ; c'est celui de ses deux femmes Saskia van Ulemburgh et Hendricka Stoffel,qui de servante devint épouse et dont la Femme devant le poêle (fig. 63) reproduit le torse sans voiles.
De même Albert Durer donne à toutes ses héroïnes les seins rebondis de sa Fortune (fig. 64), image de sa femme, Agnès Frey, qui était aussi belle que méchante, et ce n'était pas peu dire. On devrait s'étonner de voir son acariâtre moitié, « d'une piété et d'une honnêteté intolérantes », dans le simple appareil, mais c'était par intérêt que « sa maîtresse de calcul », comme l'appelait Durer, consentait à se montrer ainsi : elle économisait un modèle à la communauté.
Les artistes contemporains prisent surtout les seins de La femme au perroquet^ de Courbet. Avant d'être un réaliste, Courbet était un trivial ; par exception, il a été bien inspiré, en embellissant les seins de sa maîtresse, qui, paraît-il, les avait moins séduisants. Ce sont les seins d'une moderne bien portante, un peu rustre peut-être, mais la Fornarina était ellemême boulangère, suivant les uns, blanchisseuse suivant les autres, et elle a inspiré à Raphaël l'un de ses plus beaux chefsd'œuvre.
Il est difficile, dans les modèles actuels, de trouver de beaux seins ; ils sont généralement chétifs et l'on sent qu'ils tomberont bientôt; aussi les artistes s'appliquent-ils à les faire naissants, peu bombés, suivant la forme qu'offrent, pour quelques mois, nos Laïs parisiennes ; chez elles, de beaux seins de trente ans sont un mythe.
Les modèles les plus purs se trouvent dans le peuple. On raconte de Pradier l'anecdote suivante :
(1) (( Peinte audacieuseinent en simple manteau de fourrure jeté sur les épaules, qui non seulement ne ciche rien de son corps nu, vu de face, mais, au contraire, en accentue, par opposition des coloris, la nudité éclatante. » (Vachon. La Femme dans V Art.)
SUR LES SEINS
En visite chez un ami, le célèbre sculpteur voit entrer une ouvrière qui faisait une livraison à la maîtresse de céans ; il tombe en extase devant cette fille, dont il devine les formes su-
FlG. CA.
perbes sous ses vêtements modestes, et il apprend que la jeune fille vit avec sa mère dans la plus complète indigence. II va trouver la mère :
106 CURIOSITÉS ARTISTIQUES
— Voulez-vous, [lui dit-il, consentir à laisser poser votre fille ; vous serez présente aux séances ; appointements fixes ; position assurée.
La mère consent.
— Il y a un seulement, ajoute Pradier, cela durera tant que votre fille sera sage.
Un an après, Pradier, en regardant les seins de son modèle, se tourne vers la mère, et malgré les protestations d'innocence de la jeune fille, la congédie. Son opinion était fondée.
Ce n'est pas la pénurie des modèles qui empêche nos artistes d'atteindre la perfection d'antan ; il leur manque le feu sacré et aussi l'entraînement du milieu. Chez les anciens, l'habitude de vivre chaque jour au milieu des trésors de la statuaire antique, formait l'éducation artistique de la foule, d'une manière inconsciente ; le travail, secondé par l'émulation, faisait le reste et développait les dispositions des natures d'élite. Les maîtres émergeaient, mais tous avaient le culte du beau dans la nature et dans l'art.
C'est ce qui explique l'empire de la beauté de Phryné sur l'Aréopage. A Eleusis, pendant une fête de Poséidon, elle se baigne toute nue devant la foule en extase (1). On sait que la vue de ses charmes inspira Apelle pour sa Vénus Anadyomène.
Apelle, écrit Léonidas de Tarante, la vit dans sa voluptueuse beauté et peignit, non des formes immobiles, mais la déesse vivante. Ses deux mains tordent sa chevelure humide, l'amour luit dans ses yeux purs. Ses deux seins se gonflent comme des fruits mûrs ; à sa vue, Vénus et Junon s'écrièrent : « 0 Jupiter, nous ne disputerons plus le prix de beauté ! »
De même Sémiramis, étant à sa toilette, se montre demi-nue aux promoteurs d'une sédition, et la puissance de ses charmes dompte aussitôt l'émeute déchaînée.
Les seins de Laïs, d'une rare pureté de formes, furent souvent moulés par les sculpteurs,
Aspasie, dit Marias Yachon (2). étant devenue enceinte, l'Aréo-
(1) Cet incident a été habilement peint par Simiracki, dont l'œuvre appartient à l'Empereur de Eussie.
(2) Loc. cit.
SUR LES SEINS
page décida qu'elle se laisserait choir, afin que la maternité ne déformât point son corps superbe.
Sujets symboliques et allégoriques. — Dans les beauxarts, les seins sont des attributs de significations souvent bien différentes : normaux, comme ceux que presse l'Aphrodite antique (1), pour en faire jaillir le lait destiné à nourrir le monde (2) ; ou multiples, comme les mamelles delà Diane d'Ephèse (3), ils personnifient la Nature (4) ou la Terre et ses richesses infinies (fig-. 65, 67). De là aussi les représentations à^V Abondance par
fc
Sfe. -^^^É^S^
Fig. 65. — La Nature, de Philippe Gall, 1563.
une femme tenant des épis et des fruits et montrant à nu ses mamelles, en les pressant pour en extraire la sève nourricière ; telles la Paix ramène l'Abondance, de M™® Lebrun, et l'Abondance (fig. QQ)^ de Rubens. Gérés, la déesse des moissons, et
(1) InoonogvapMe religieuse, fig. 65 et suivantes.
(2) C'est sans doute une Aphi-odite moderne que M. Point a voulu représenter sous les traits d'une femme nue, au profil florentin, d'un dessin élégant et du style le plus pur, qui se presse le sein et paraît en vouloir faire jaillir une nouvelle voie lactée .
(3) IconograjjJiie religieuse, p. 153.
(4) Une statue de Geofliroy Saint-Hilaire, à Étampes, due au ciseau d'Elias Robert, représente le célèbre naturaliste accoudé, du côté gauche^ sur la tête d'une Nature multimammée.
CURIOSITES ARTISTIQUES
l'Été, saison des récoltes, rappelant la richesse du sol, ont aussi les mamelles ])leines et au A^ent.
De ce même symbolisme découle la conception de la Chariié,
SUR LES SEINS
entourée d'enfants que ses mamelles ont nourris (1). Le groupe si gracieux de Debay, le Premier berceau^ aj^partient à cette famille : l'artiste nous montre une femme nue, assise, les jambes croisées, les mains fixées au genou droit et protégeant entre ses bras en cercle, comme un berceau, deux enfants endormis sur ses seins.
La Nature a été encore symbolisée par une femme donnant l'un de ses seins à un enfant blanc et l'autre à un négrillon ; dans
FiGt. 67. — La Nature, du Trio w^j/idî Fia. 68. — La Bépithlique ouvrant son .sein à delà religion, de Eubens. tous les Français, de Boizot (2).
cette originale conception, la race jaune, la plus nombreuse, se trouve oubliée.
Au lait fourni par la mamelle, se rattache l'idée régénératrice de l'espèce ; c'est le symbole qu'exprime la fontaine de la Régénération de David (3), élevée le 10 août 1793 sur les ruines de la Bastille. A cette éj)oqvie,\a.Liberté etlix République (fig.68) étaient figurées par une jeune virago coiffée d'un bonnet phrygien ou
(1) Voir II. — Sur V allaitement.
(2) Tirée de \d, Fête nationale du ■22seiitem'bvt iTJ'î, de H. Monin.
(3) Anecd,, liist. et relig., fig. 6.
CURIOSITES ARTISTIQUES
d'un casque gaulois, revêtue d'une tunique qui découvre deux puissantes mamelles, séparées par le triangle mystique. C'est bien la robuste gaillarde àes ïambes d'Auguste Barbier :
C'est que la Liberté n'est pas une comtesse
Du noble faubourg Saint-Germain, Une femme qu'un cri fait tomber en faiblesse,
Qui met du blanc et du carmin :
C'est une forte femme aux piiissantes mamelles,
A la voix rauque, aux durs appas...
Ces seins vigoureux symbolisent \d, Force eiV Humanité : tous les Français peuvent y puiser la vie et la renouveler.
Fragonard fils a imaginé V Égalité, accoudée de chaque côté
FiG. 69.
sur deux Natures semblables (fig. 69), indiquant par là que les bienfaits de la terre appartiennent à tous. Moitte aussi a conçu une Égalité, tenant de la main gauche les tables de la loi et le coude droit appuyé sur la tête d'une Nature multimammée. De même une fresque du Vatican (XVP siècle) reproduit la
SUR LES SEINS
Bonté [Bonitas] sous l'aspect d'une vieille femme, qui prend une jeune fille sous sa protection et tient en main une Diane d'Ephèse, parce qu'elle se prodigue de toutes façons (1) ; la Miséricorde porte encore plusieurs rangs de mamelles.
La Bénigjiifé presse ses mamelles et en fait jaillir une source
FiG. 70. — Monstre symbolique faisant allusion aux décrets rendus par l'Assemblée constituante, 1789.
de lait OÙ se désaltèrent un cerf et un chien, l'animal sauvage et ranimai domestique.
(1) Au moyen âge, les seins servent à représenter la Bonté et la Méolianceté : des serpents sucent les mamelles des méchantes mères, comme on peut le voir dans l'octogone de Montmorillon (XIII^ siècle); au contraire l'Eglise, en bonne mère, allaite deux colombes^ motif de la cathédrale de Langres (XIP siècle).
CURIOSITES ARTISTIQUES
"i^^ Justice fait aussi couler de ses mamelles un lait salutaire, emblème de miséricorde et de clémence.
Les anciens donnaient aux Sphinx et aux Chimères des seins très prononcés, emblèmes, dans Tidée païenne, de la duplicité féminine. C'est ainsi que l'on a représenté l'hydre révo-
FlG. 71. — L'Iiiqnlcle^ir, d'après une graTure flamande (I).
lutionnaire (fig. 70), avec des mamelles multiples et pendantes.
Au moyen âge, les seins désignent, par leur exagération, la Lubricité et les Passions charnelles (2).
Dans l'iconographie chrétienne, d'après jNIgr Barbier de ^lon-
(1) Extraite des Femvies de Brantôme, de Henri Bouchot. (May, édit.)
(2) WiGHT. Hntoirc de la earieatnre.
SUR LES SEINS
taut, le sein découvert a une double signification : il symbolise, à
FiG. 72.
la Renaissance, V Innocence et V Amour (r/eZ)ie?^- puis, à toutes les époques, la Procréation (XVI" siècle), la Luxure et V Impudeur (fig. 71).
U Amour de l'or.àe Couture (fig. 72), nous montre des femmes au torse nu, symbolisant la Volupté, qui offrent leurs charmes en échange de bijoux et de pièces d'or.
La Vanité, YOrgueil (fig. 73), ont le sein ferme, provoquant et superbe. La Colère se déchire la poitrine avec les ongles : ainsi la représente Giotto, au XI V^ siècle. Les seins de V Avarice sont ridés et flasques, amaigris par les privations (fig. 74) ; on lui prête encore les traits d'une vieille femme aux seins flétris, dont le lait noir alimente les vices.
Fig. 73.
— L'Orgueil, par Vato (1).
(1) Parue dans Fin de Siècle.
CURIOSITES ARTISTIQUES
Enfin le sein découvert est le signe du Dénuement ou de la Douleur.
Sujets historiques. — On trouvera dans le volume consacré à l'histoire et à la religion plusieurs tableaux ou statues qui devraient figurer ici, mais que nous laisserons en dehors de notre galerie artistique pour éviter des répétitions. A part quelques documents sérieux, il nous reste à envisager le côté caricatural et satirique de divers faits historiques ainsi que les
FiG. 74:. — Fragment de la Sagcsxe 2>i^ursuivant les vices, d'André Mantegna.
(Musée du Louvre.)
railleries graphiques de certains travers de la mode ou des mœurs.
Les peintres et les sculpteurs, tant anciens que modernes, ont maintes fois retracé la mort de Didon (vers Tan 890 av. J.-C), se perçant le sein gauche d'un poignard, sur un bûcher ; on sait que la princesse carthaginoise préféra mourir plutôt que de violer la promesse qu'elle avait faite à son mari de ne point se remarier; bel exemple de fidélité rarement suivi depuis, et qui a fourni aux artistes une nouvelle occasion de nous montrer un sein plus beau que nature.
Lucrèce aussi s'est percé le sein pour ne pas survivre à l'outrage d'un des fils de Tarquin (509 av. J.-C); cette aventure, fabuleuse sans doute, a été fréquemment retracée par les artistes et peu d'héroïnes les ont aussi souvent inspirés que cette vertueuse dame romaine, Guido Gagnacci, dont le tableau est à
FlU. 75.
l'Académie de Saint-Luc, à Rome, a représenté Lucrèce, étendue entièrement nue sur sa couche, au moment où elle est violée par Sextus Tarquin. « L'ardeur avec laquelle Tarquin commet son attentat amoureux est rendue d'une façon si saisissante, dit Larousse, que ce chef-d'œuvre, connu pour son caractère aphrodisiaque, est placé sous un rideau. »
CURIOSITES ARTISTIQUES
La Lucrèce d'Andréa del Sarto (fig. 75), premier tableau de ce maître florentin, se perce, non le sein mais le foie, avec un poignard tenu de la main gauche : il est probable que cette bizarrerie est due à une inadvertance du graveur, qui a oublié de retourner sur son cuivre le dessin de l'œuvre originale.
Une autre mort tragique, celle de Gléopâtre (67-30), reine d'Egypte, se faisant piquer le sein par un aspic, a été non moins souvent représentée. Alexandre Turchi, plus connu sous le nom de Véronèse, mais qui n'est pas le Véronèse des Noces de Cana^
Fig. 76. — Musée du Louvre. Tirée de VHistoive des peintres (1).
a mal composé sa Mort de Cléopâtre (fig. 76) ; la reine, désespérée, s'assied commodément auprès du cadavre de Marc- Antoine pour se faire piquer par l'aspic. Le tableau du Dominiquin est plus empoignant ; c'est d'ailleurs la mise en scène du drame de Shakespeare. Mais de tous les peintres, le Guide est celui qui a le plus fréquemment reproduit ce triste sujet.
N'était même l'aspic, a dit M. Chaumelin, des Cléopâtres mourantes du Guide auraient presque autant de titres pittoresques à la
(1) Renouard, édit.
SUR LES SEINS
sainteté que les Madeleines du même artiste : les unes et les autres ont un petit air navré qui rachète la façon toute profane qu'elles ont de se décolleter jusqu'au creux de l'estomac.
Plus rare est la représentation du suicide d'Arria (1). Son mari Pœtus avait été condamné à mort comme conspirateur par Claude ; elle lui conseilla d'échapper à la vengeance de l'empereur en se tuant, et comme il hésitait, elle se plongea le poignard dans le sein, puis le retira et le présenta à son époux, en disant : « Pœte^ non dolet)-). (Fœtus, cela ne fait pas de mal.)
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FiG. 77 (2).
Abraham Bosse a illustré ce récit dans la Galerie des femmes fortes^ de Pierre Le Moyne. On voit aussi, dans cet ouvrage et par le même artiste, Panthée se perçant le sein sur le corps d'Abradate, son amant, ainsi que Monime, épouse de Mithridate, tendant la gorge à l'eunuque chargé de la tuer.
Le sacrifice d'Iphigénie est encore un thème à décolletage maintes fois mis à profit par les beaux-arts.
D'autres héroïnes, Dalila et Judith, qui se sont bien gardées
(1) Dio Cassm, lih. 60.
(2) D'après une estampe du Musée Carnavalet. — V. aussi V Histoire du rire, par A. Alexandre.
CURIOSITES ARTISTIQUES
d'imiter Lucrèce, ont permis aux peintres et aux sculpteurs des diverses écoles de façonner à Fenvi leurs torses voluptueux, dépouillés de toute draperie (1).
Passons à des sujets plus folâtres. Une estampe française, souvent reproduite (fig. 77), porte en elle un enseignement philosophique : elle rappelle l'inanité des charmes éphémères de la beauté et leur influence souvent néfaste sur la destinée des hommes et des peuples.
Avant de quitter les récits légendaires, signalons de Rubens
un accès de pudeur quelque peu singulier pour un spécialiste du nu sensuel. Une première fois, dans son tableau, Ulysse retrou~ vaut Achille^ il décolleté à l'excès (fig. 78) les gouvernantes du fils de Thétis ; mais reprenant le même sujet et tout en le traitant d'une façon identique, il ferme hermétiquement les corsages (2).
Des temps anciens, arrivons, sans autre transition, à la période révolutionnaire , où Louis XVI apparaît en dindon et Marie- Antoinette en louve, avec deux mamelles pectorales proéminentes.
A la même époque, Catherine II de Russie, ayant montré peu de sympathie pour la Révolution, fut caricaturée d'une façon piquante dans V Enjambée impériale (fîg. 79), à la suite du voyage qu'elle fît, en 1787, dans ses nouvelles possessions du littoral de la mer Noire. La souveraine a un pied sur la Russie et l'autre sur Gonstantinople. Cette posture indécente et les mamelles débordantes rappellent les mœurs dépravées de la grande tzarine, surnommée la Catiii du Nord. Au-dessous de
(1) V. Anecd. Ust., fig. 90.
(2) Une lithographie de Gavarni, la Croix de Jésus, offre la même particularité : ce dessin représente une mère au lit, ayant à côté d'elle son jeune enfant qui déchiffre l'alphabet. Sur le n» 2066,2 des Estampes à la Bibl. nat. la chemise de la mère tombe au- dessous des seins, tandis qu'elle remonte jusqu'au cou sur une épreuve (n» 2066,3) d'un tirage ultérieur.
Fig. 78.
SUR LES SEINS
l'auguste souveraine se trouvent plusieurs monarques qui prononcent des paroles à double sens :
Le Grand Seigneur : Et moi aussi j'ai contribué à Vagrandir; L'Empereur : Pour moi^ je n'ai rien à me reprocher de ce côté-là. Le Roi de Prusse : Peste, ce n'est pas là des ouvertures de paix.
Fia. 79. — L'enjambée impériale, d'après le Musée de la caricature et V Histoire de la caricature sons la République, de Champfleury.
Le Roi de Suède : Pai^bleu, elle n'avait que faire de moi ; toute V armée turque y passerait.
Le Roi d'Angleterre : Par ma prérogative, il y a quelque chose là-dessous.
Le Roi de France: Nous avons fait une bien autre enjambée.
Le Roi d'Espagne : Au miracle !
- Le Pape : Mes chers fils, voici un abime prêt à vous engloutir.
Les dessinateurs humoristes, principalement en Angleterre, se plaisaient à personnifier la Nation ou la Femme par une truie, munie de nombreuses mamelles. Ainsi une caricature de Giliray, satire de l'opposition anglaise pendant le règne de Georges IIÏ^ représente l'Angleterre sous la forme d'une truie épuisée par ses enfants ministériels, avec la légende : More pigs than teats (Plus de pourceaux que de mamelons).
CURIOSITES ARTISTIQUES
Dans la seconde moitié du XV siècle, sous Edouard IV, les modes, surtout celles de la coiffure (fig. 80), étaient des plus extravagantes.
En ces temps, dit Wright, où les passions n'étaient assujetties à aucune contrainte, les belles dames étalaient un tel luxe et une telle licence, que le personnage choisi par le caricaturiste comme pouvant le mieux les représenter est une truie aux multiples et ballantes mamelles.
En France, la truie figurait sur nombre d'enseignes : la Truie qui file était la plus commune. L'une d'elles, vieille enseigne du XVP siècle, sculptée en bas-relief sur une maison de la rue du Marché, à Rouen, offre une certaine originalité : la truie est représentée sous la forme d'une laborieuse ménagère s 'occupant à filer, les seins pendants et allaitant ses enfants ; à son côté gauche, sont fixées les clefs et la sacoche (1).
Pendant la Commune, l'auteur de la Ménagerie impériale a caricaturisé tous les membres de la famille déchue et a eu la cruauté de transformer la princesse Mathilde en grosse truie, aux mamelles traînantes.
Nous pouvons rattacher à la partie historique toutes les caricatures qui ont trait à la vaccine, où la vache, avec ses mamelles volumineuses, figure au premier plan (fig. 81). D'ailleurs les caricaturistes ont été faiblement inspirés en la circonstance et leurs railleries ont plutôt servi à populariser cette admirable découverte, autrement certaine que la vaccination antirabique de Pasteur, qui préserve les chiens, mais n'a jamais guéri personne, attendu que la mortalité par la rage, chez les personnes mordues inoculées ou non, est ni plus ni moins faible qu'autrefois. On sait que, dans les écoles du XV® siècle, les figures de toutes les œuvres d'art n'étaient que des portraits proprement dits, et, par contre, les artistes se plaisaient souvent à revêtir les contemporains de costumes mythologiques. Plus tard, Rubens
(1) Thomas Wbight. Histoire de la caricature.
Fig. 80. — D'après T. Wrio:ht.
SUR LES SEINS
poussa la flatterie jusqu'à coiffer Marie de Médicis du casque de Pallas (fîg. 82), portant dans sa main la statue de la Victoire. Mais c'est surtout pendant la Régence et sous Louis XV qu'on abuse du portrait mythologique : Aved représente Catherine de Seine, épouse du sieur Dufrêne, en Didon qui expose à l'admiration de tous son sein ensanglanté (fîg. 83). Ce séduisant portrait, gravé par Lépicié, est accompagné de cette fadeur :
L'art ne vous prête point la frivole imposture, Dufrêne, vos attraits, vos talents enchanteurs
N'ont jamais tlù qu'à la nature Le don de plaire aux yeux et d'attendrir les cœurs.
G. 4 RE LA ntCCLVE
Triomphe de l.4 petit e. ierom
Ftg. 81.
Vanloo peint la marquise de Sabran, maîtresse du Régent, en Vénus d'Amathonte, une épaule et un sein entièrement nus. Au Salon de 1743, Mi'= de Clermont, princesse du sang, s'exposera dans une nudité complète, en sultane sortant du bain (1).
En 1753, la marquise de Pompadour, « arrondie dans toutes ses formes comme dans tous ses mouvements », apparaîtra, sous le ciseau de Pigalle, en déesse de l'Amitié, vêtue d'une tunique flottante qui met à découvert une superbe gorge. En
(1) Marius Vachon. Loc. cit.
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même temps, La Tour fera le portrait en pied, au pastel, de l'ex-demoiselle Antoinette Poisson, le mamelon gauche escaladant les bords de la guimpe. Plus audacieuse, M'^" Dutey, actrice de second ordre, exhibera ses deux mamelons (fig. 84) ;
FiG. 82, — Marie de Médicis, d'après Rubeus. (Musée du Louvre.
mauvais exemple que suivra bientôt la princesse de Lamballe (1). Enfin Ganova, en 1805, nous fera admirer la perfection du torse de Pauline Borghèse, sous les traits de Venus Victrix (fig. 85). Autres exemples d'anachronismes volontaires dans le costume de personnages plus ou moins connus.
(l) Y.Anecd. hùt., àg. 35.
SUR LES SEINS
Le Titien a fait le portrait d'Alphonse d'Avalos (fig. 86), mar^
Fig. 83.
quis del Guasto, lieutenant général des armées de Charles-
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Quint, cuirassé et la tête nue, posant la main sur le sein d une dame, sa maîtresse sans doute, et que ce geste familier n'étonne
Fm. 84, — Portrait de M^e Dutey, d'après la gravure de Le Beau. — Tirée de la Femme dans l'An, de Marius Vachon .
point. Il est vrai que la mamelle pressée est recouverte de la
FiG. 85.
chemise, tandis que le sein droit se montre entièrement à nu. Cette jeune femme a dans les mains un globe de cristal, rappe-
SUR LES SEINS
lant Vénus tenant sous son joug le monde entier ; elle reçoit les hommages delà Victoire, les flèches de l'Amour et les fruits de Pomone. Ce général a, sans A^ergogne, la prétention de représenter Mars, bien qu'il ait été complètement battu à Gérisoles par les Français (1).
De même Bordone a peint les portraits de riches Vénitiens en costume^de Mars et Vénus, couronnés par la Victoire. Mars, en
FiCx. 86.
chevalier bardé de fer, plus convenable que le précédent, appuie discrètement sa main gauche sur l'épaule gauche de Vénus, tandis qu'ils tiennent entrelacés les doigts de l'autre main et se
(1) Quelques jours avant cette bataille, il avait promis aux dames de Milan d'exterminer l'armée ennemie, et dans sa présomption, il avait fait forger des menottes pour enchaîner les prisonniers. Après cette bataille, qui se livra le 14 avril 1544, « on trouva effectivement, dit Brantôme, deux charrettes pleines de menottes ». Le général d'Avalos, craignant qu'on usât de représailles vis-à-vis de lui pour le meurtre de deux des envoyés de François P'', avait pris la fuite en toute hâte ; ce qui fit dire à son bouffon, à la vue des soldats français en train de piller les équipages de son maître : « Cherchez bien, vous ne trouverez pas ses éperons, il les a pris avec lui. » (Joseph La vallée. Galerie du Musée N'apoUon.)
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regardent amoureusement. Les seins de la Divinité apparaissent sans voile dans leur éclatante beauté.
FiG. 87.
Relevons une erreur scientifique, acceptée par tous les savants jusqu'au commencement de ce siècle, sur le nombre et le siège
FiG. 88. — a. Anus. — b. Vulve. ~ FiG. 89. — L'un des mamelons de la c. Un des mamelons. baleine réduit au C"^ de la grandeur
naturelle .
des mamelles de la baleine femelle (fig. 87) : en raison de son volume, les anciens la dotaient de quatre paires de mamelles; or
SUR LES SEINS
le plus encombrant des mammifères n'a que deux petits mamelons (fîg. 88), tout comme la plus chétive de nos Parisiennes.
Sujets fantaisistes. — Rubens, dans plusieurs de ses tableaux — le Jardin d'amour^ les Filles de Cécrops (fig. 90) — s'est plu à imaginer des fontaines, dont le sujet principal était une femme en pied ou en buste, laissant sortir un jet d'eau de chaque mamelle.
Une composition allégorique de Martin de Vos, V Amour dans
Fig. PO.
Fig. 91.
le monde^ représente un monument du même genre (fîg. 91). Dans un tableau de Jacob de Gheyn, Action changé en cerf^ l'eau du bassin où Diane se baigne sort des deux mamelles d'une faunesse en marbre, sans bras, les jambes soudéep et formant piédestal.
Parmi les conceptions artistiques du Songe de Poliphile (1), se trouve une fontaine monumentale, la Fontaine des trois Grâces (fig. 92), qui n'est pas sans analogie avec celle de Nuremberg (2), dont elle a peut-être donné l'inspiration première, car
(1) lu Iïypnémo7'otomaohie de PolipMle (Hypnerotomacliia Polipliili ou Combat de l' Amour en songe, par le frère Francisco Colonna (Venise, Aide Maniice, 1499, pet. in-fol.). (Bibl. Nat. Y 2.136.)
(2) Ane»d. hist. et rel., fig. 5.
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les peintres, les sculpteurs et les architectes de la Renaissance ont fréquemment cherché des règles et des idées dans l'ouvrage singulier de frère Francisco Golonna.
Une autre gravure du Songe de Poliphile (fig. 93) nous
FiG. 92.
montre, sous un portique d'une architecture à la fois sévère et gracieuse, une nymphe endormie et couchée, épenchant de ses seins deux minces filets d'eau dans un étang; des amours
SUR LES SEINS
jouent près d'elle et, à ses pieds, un satyre émerveillé laissevoir sans vergogne l'effet que produit sur lui la vue de ce beau corps de femme (1).
Parles boutons — pareils à ceux des vierges — de ses petites mamellesjaillissait un fdet d'eau très fraîche de la droite, tandis qu'il en sor-
Fia. 93.
tait un d'eau chaude de la gauche. . . L'eau chaude saillissait si haut, qu'elle ne pouvait gêner ni offenser quiconque, appliquant ses lèvres à la mamelle droite, venait là boire l'eau froide et téter la nymphe.
Au-dessous de cettefontaine,on lit : nANTON TOKAAI [A la mère de tout).
(1) Nous avons fait disparaître sur notre cliché ce vigoureux témoignage d'admiration.
CURIOSITES MEDICALES.