Lettre sur la musique: p. LXXIII
\ ■: "»• -^ ■■.,■ ■'fy'^r'fT,>i :^"'5 y^vy -V <^
Cette symphonie est l'évangile humain de l'art futur ^ . » 11 n'est pas un inspiré qui n'ait eu ses heures de trouble et de tentation. Pendant les années 1839-18Zi2, Wagner sembla hésiter un instant. 11 vivait à Paris avec sa première femme, la douce et dévouée Minna, dans un complet dénùment: ne valait-il pas mieux, comme tant d'autres, sacrifier aux goûts du pubhc, ne s'adresser qu'à l'imagination, aux sens, et acquérir une célébrité facile et fructueuse? Affaibli par les privations, presque à jeun depuis plusieurs jours, il entre au Conservatoire ; on jouait \diNeuvième sijmphonie. L'idéal un instant obscurci réapparaît dans sa première splendeur ; son éclat ne devait plus subir la moindre éclipse. Aussi, à quelque temps de là, comme l'éditeur Schlesinger offrait à Wagner de composer une pièce pour un théàtie des boulevards, pièce dont la donnée devait être légère, amusante, « sans rien de sérieux », il eut beau insister et faire valoir toute espèce de considérations ; Wagner rejeta cette offre qui peu auparavant l'eût comblé de joie et répondit fièrement par les paroles de Schiller: L'artiste n'est pas un bambin qui doive recevoir les leçons de ses contemporains, c'est à lui de les instruire !
Mais quels sujets permettront à Wagner de donirei* à ses auditeurs cet enseignement à la fois profond et populaire, qui doit remplir d'enthousiasme l'ignorant comme le penseur? Empruntera-t-il la matière de ses drames à la légende, ou à l'histoire? De ces deux thèmes : Frédéric Barberousse ou Siegfried, lequel choisira-t-il ^ ? Pour assurer la vraisemblance de l'action, il faut, quand il s'agit d'un prince, d'un conquérant, tenir compte d'une foule d'éléments particuliers se rattachant à un certain pays, à une certaine époque, lesquels n'ont aucune valeur aux yeux du penseur. Où trouver « l'élément purement humain » dégagé de toutes conventions et de toutes contingences?
Dans le mythe, ce u poëme primitif et anonyme du peuple », que « nous voyons à toutes les époques repris, re-