L'Œuvre, etc., ch. XI, p
cette inquiétude qui le portait à demander sans cesse : pourquoi ? comme pour mettre fin aux terreurs qui l'obsédaient en face de l'incompréhensible mystère de ce monde qui lui est devenu maintenant si intelligible et si clair' ». Or le mythe et la légende ont la propriété de faire entrer facilement l'esprit en cet état de rêve qui s'achève dans l'enchantement de la poésie et de la musique.
Cela est vrai, sans doute ; mais que dire de l'assimilation du rêve à la pleine clairvoyance, et de l'apparition d'un « nouvel enchaînement des phénomènes du monde » ?
Evidemment, il faut prendre ici le mot rêve dans le sens de rêverie, de contemplation esthétique; et nous voilà conduits à la doctrine de Schopenhauer et à sa définition de l'art : la contemplation des choses indépendamment du principe de raison et en particulier de l'enchaînement causal des phénomènes^ Dans cette contemplation, l'esprit s'élève de la connaissance vulgaire à l'intuition pure ; dès lors « tout se passe comme si l'objet (contemplé) existait seul.... Ce qui est connu, ce n'est plus la chose particulière en tant que particulière, c'est l'idée, la forme éternelle ; à ce degré, par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n'est plus un individu (car l'individu s'est anéanti dans cette contemplation même), c'est le sujet connaissant pur, affranchi du temps, de la volonté, de ladouleur^* ». Schopenhauer construit sur ce fondement toute une esthétique ; mais comment croire à cette intuition des formes éternelles, des archétypes, des idées, et à l'anéantissement de l'individu? Ce sont là pures métaphores, que Wagner, hélas ! semble avoir prises à la lettre. A moins qu'il ne faille l'interpréter, lui aussi, et réduire la prétendue clairvoyance à une simple exaltation des forces imaginatives. Que la sensibilité avec ses formes indéterminées déborde de toutes parts les catégories