‹ Texte explicatif joint aux numéros du Journal des Monuments de Paris envoyés a l'empereur de Russie dans les années 1809, 1810, 1811, 1814 et 1815Chapitre 21 sur 55 · PALAIS DU CORPS LÉGISLATIF ET SES DÉPENDANC · texte numérisé non relu

PALAIS DU CORPS LÉGISLATIF ET SES DÉPENDANC

. Le palais du Corps législatif occupe une partie des bâtiments qui composent le palais Bourbon; cet édifice a été commencé en 1722, par ordre de la duchesse Louise de Bourbon, sur les dessins de Giordini, architecte italien, à l’époque où le système de Law avait converti en papier toutes les fortunes de la France. MM. Lassurance, Gabriel, Carpentier, Aubert, Bellissart et Leroy ont successivement travaillé à son achèvement sous M. le comte de Charolais et sous les princes de la maison de Condé. L'hôtel de Lassay, construit vers le même temps,

en 1724, sur les dessins de M. Lassurance, et qui se trouvait enclavé dans l'étendue de ce

domaine, y avait été réuni et faisait partie de ses dépendance

On estimait peu l'architecture du Palais-Bourbon, élevé dans un temps où les arts erraient dans les écarts du mauvais goût. Le corps de logis principal, dont Giordini était l’auteur et qui avait la forme d’un pavillon à l’italienne, devait rester isolé entre des jardins avec une cour en avant. Il était composé d’un seul étage orné de colonnes et de pilastres accouplés ; l’entablement était couronné d’une balustrade à jour supportant des groupes de statues et des vases d’une composition et d’une exécution médiocres; la distribution intérieure, peu commode et insuffisante, avait été rectifiée et augmentée par la prolongation des deux ailes de la face au midi et par des constructions au pourtour de la cour d'entrée. Cette habitation, quoique fort vaste, présentait, comme la plupart des ouvrages exécutés à différentes reprises sur des données incertaines, l'apparence désagréable d’une grande irrégularité de plan et surtout la discordance la plus choquante dans les différentes parties de sa décoration.

Les appartements de représentation, que le prince de Condé avait entrepris de faire décorer

uvernement

d’une manière plus digne et plus agréable, n'étaient pas encore achevés lorsque le L D les transforma, vers la fin de l’année 1795, en une vaste salle d’assemblée pour le conseil des

Cinq-Cents, qui, conjointement avec le Directoire exécutif et le Conseil des Anciens, gouvernait

alors la France. MM. Gisors et Lecomte, chargés de la construction de ce monument, eurent à surmonter de grandes difficultés. L'édifice dans lequel on leur ordonnait de placer une salle pour contenir cinq cents membres assis et des loges publiques, était l’un des moins vastes et des moins élevés de la ville; il se trouvait placé près des rives de la Seine, à l'extrémité d’un pont nouveau et en vue de la plus magnifique place de Paris. Sa situation, la décoration des facades et surtout la hauteur du sol sur lequel il était bâti, s’accordaient mal avec la disposition d’un lieu dont les embellissements précédemment faits semblaient exiger, ou la construction

entière d’un monument nouveau, ou la destruction de celui qui en bornait la vue et déparait

un aussi bel ensemble; les projets antérieurs portaient l'ouverture d’une grande rue en face du pont et la prolongation jusqu'aux boulevards; cependant il fallut, en laissant toute considération à part, trouver les moyens de faire entre les murailles de ce palais étroit, dans un espace d’une étendue et d’une forme peu convenables, une salle d’assemblée dont la grandeur

de cette

surpassat celles qui existaient alors. On doit avouer que les artistes qui furent chargés

tâche difficile ont su la remplir avec succès; ils ont en adoptant la forme des théâtres anciens,

placé convenablement les nombreux gradins des a£ ants en amphithéatre, au pourtour d’un

demi-cerele; la tribune du Président et le bureau qui se trouvent en face de l’assemblée oc-

cupent le renfoncement d’une portion de cerele prolongée sur l'emplacement du péristyle de la cour; des escaliers pratiqués à droite et à gauche de la salle et deux autres qui remplissent les angles du demi-cercle donnent des dégagements commodes et communiquent aux salles accessoires; un rang de colonnes d’ordre ionique supporte la voute et laisse derrière, au pourtour de l’amphithéatre, des loges pour le public; le tout est magnifiquement décoré en stuc, en bronze et en marbres de différentes espèces.

Cependant MM. Gisors et Lecomte, qui avaient su trouver entre les distributions étroites

du Palais-Bourbon une salle d’assemblée ants, n’a-

ste et magnifique pour cinq cents a vaient pu éviter l’inconvénient de laisser en face du pont et en vue de la place de la Concorde un édifice dont la forme et la position produisaient un effet extrêmement désagréable. La

construction du comble demi-cireulaire qui couvrait la grande votte n’avait pu être entière-

ment cachée derrière les murs de face ; on regardait cette surélévation comme une monstruo-

sité qu'il fallait nécessairement essayer de faire disparaitre; on regrettait enfin que le chef-

lieu des assemblées du Corps législatif, le Temple des Lois, n’eût aucune apparence extérieure et que la façade du côté de la Seine, loin de contribuer à l’embellissement du lieu, n’offrit à l’œil qu’une masse de constructions sans caractère distinet et d’un aspect choquant. L’empereur Napoléon voulut qu’une façade nouvelle füt réédifiée et que cette magnifique partie de la ville reçût, l'une des premières, sa part des avantages qu’il répand sur toutes les autres. Le ministre de l’intérieur a chargé M. Poyet, architecte célèbre par plusieurs belles productions, de la conception et de la direction de ce grand ouvrage.

Si MM. Gisors et Lecomte ont eu de grandes difficultés à vaincre, celles que M. Poyet a dü combattre pouvaient paraître plus embarrassantes encore et peut-être insurmontables pour qui n’eùt pas été fort des ressources d’une longue expérience. Ce n’est qu'avec un art et une

adress

> extraordinaires qu'il est parvenu à faire disparaître toutes les irrégularités et les défectuosités que représentaient, d’un côté, la plantation de lédifice et, de l'autre, la difformité de sa façade.

On voit maintenant à l'extrémité du pont de la Concorde, dans l'ensemble de la magnifique place qui sépare le Jardin des Tuileries d’avec la promenade des Champs-Élysées et en face

du Temple de la Victoire, la facade d’un temple orné de douze colonnes qui supportent un

grand fronton; ce frontispice, le premier peut-être qui ait été composé d’un aussi grand nombre de colonnes, est élevé sur un perron de trente marches; deux murailles en arrière-corps à la hauteur de l’ordre, forment une masse carrée derrière laquelle toutes les irrégularités du plan restent entièrement cachées ; ainsi, la grande salle d’assemblée se trouve précédée par un vestibule qui manquait à cet édifice et, de quelque point qu'il soit aperçu, rien de choquant ne vient offenser l'œil du spectateur.

Enfin, le palais du Corps lé

slatif est aujourd’hui décoré à l'extérieur d’une manière noble, grande et digne de sa destination. On y arrive par un large pont formé de cinq arches en pierre, dont les piles doivent supporter les statues de plusieurs généraux morts à l’armée.

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