‹ Texte explicatif joint aux numéros du Journal des Monuments de Paris envoyés a l'empereur de Russie dans les années 1809, 1810, 1811, 1814 et 1815Chapitre 20 sur 55 · S PROPRE · texte numérisé non relu

S PROPRE

L'emploi judicieux et l’union adroïtement combinée des matériaux propres à bâtir constituent essentiellement les bonnes constructions.

Nous n’entreprendrons pas de donner à cette assertion tous les développements qu’elle parait exiger, ni de présenter un traité sur l’art de bâtir; notre seul but est de parler de la charpente des bâtiments en général et des moyens qui peuvent en améliorer la composition.

Les bois de chène, de sapin, ou de châtaignier, sont presque les seuls que l’on emploie dans les constructions de France; ceux de chêne sont généralement préférés parce qu'ils sont d’une résistance et d’une durée plus certaines; l’art de les mettre en œuvre ne s’est perfectionné chez nous que lorsque la nécessité, mère de presque toutes les découvertes, eut conduit à des recherches et à des observations utiles; enfin, lorsque, les bois devenus plus rares, on a été forcé de remplacer en industrie l'abondance que la consommation avait fait disparaître. Les assemblages compliqués et la manière de former de longues portées en les composant de plusieurs morceaux étaient peu connus de nos ancêtres, qui trouvaient facilement dans leurs forêts tous les bois dont ils pouvaient avoir besoin. Ils formaient alors leurs planchers, quelles que fussent leurs dimensions, d’une ou de plusieurs poutres supportantsans assemblage les solives qui étaient scellées séparément dans les murs. Cette méthode était vicieuse, car souvent, ainsi que nous l'avons remarqué dans le Louvre et dans les Tuileries, ces poutres cassaient dès qu'elles étaient entachées d’un nœud ou d’une autre défectuosité dans leur longueur; les scellements séparés et fréquemment répétés des solives altéraient la solidité des murs et hâtaient la destruction des bois qui restaient exposés à l'humidité des plâtres, des mortiers ou des pierres.

Cependant, il faut avouer que la facilité avec laquelle on trouvait abondamment des bois de qualités différentes, tout en favorisant l’insouciance sur la coupe et sur la facon des planches, procurait un avantage qui contribuait d’un autre côté à leur conservation particulière; les pièces restaient apparentes, elles étaient taillées et sculptées avec recherche, les entrevous de chaque solive se formaient en planches de forte épaisseur, aucune matière ennemie n’existait dans la composition, et l’usage de recouvrir les plafonds en mortier ou en plâtre, comme on le fait aujourd’hui, était alors peu pratiqué et même presque inconnu.

En améliorant nos planchers pour la facon et la décoration, nous avons été entraînés à les composer de plusieurs matières, qui à la vérité les rendent plus agréables, permettent d’en varier les ornements, remplissent mieux les intervalles, donnent des habitations plus closes; mais tous ces avantages sont achetés aux dépens de la durée, car les plâtres, par leurs sels et par humidité dont ils sont toujours imprégnés, consomment en bien peu d’années les bois

qui les approchent el surtout ceux qui en sont recouverts.

[A C'est pour parer à cel inconvénient et pour réunir aux moyens de solidité et de conserva-

| tion ceux de la décoration, que l’on a adopté dans les charpentes du Louvre

| I Les poutres refendues, armées dans l'intérieur et boulonnées ;

2° Les voussures supportant les portées des poutres et placées dans les murs sans scelle-

| ment ;

38 L'usage des plates-formes appliquées sous les poutres pour recevoir les platres;

j® Les poutres, formant les entraits des fermes sous les combles, composées de plusieurs mor-

ceaux sur leur longueur, assemblées à trait de Jupiter et relevées par des clefs pendantes moisées sur les entraits et sur les arbalétriers. |

Le premier de ces moyens obvie à l'inconvénient d’employér un morceau qui peut recéler dans le cœur un nœud ou un autre germe de destruction; la pièce étant ainsi refendue

et le dedans des sci

>S formant les parois extérieures, on compose l’armature de trois mor-

ceaux qui décrivent un arc de cercle, dont celui du milieu devient la elef, ainsi qu'on le voit

planche 47, figure 1, 2, 3; l’âme, marquée À figure 3, est incrustée de 18 lignes dans chacune des parois intérieures de la poutre refendue, et les incrustations sont faites dans les extrémités, à crans contrariés, pour résister à la poussée de la clef (voyez les figures 1 et 2). On doit, pour conserver mieux les bois, goudronner tout l’intérieur de l’armature avant de la boulonner; les lambourdes, appliquées le long des flancs de la poutre, portent tous les rem-

plis

ges du plancher et sont soutenues par de forts étriers en fer qui enveloppent la poutre;

on a soin de les placer près des coupes de l’armature, dé façon que leur poids tend lui-même à la raidir. Le moyen des lambourdes ainsi appliquées sur les poutres sert à leur donner de la force et à les cacher dans les épaisseurs des planchers.

Les voussures dont on fait usage au Louvre sont un grand moyen de soulagement pour les poutres; les chapeaux qui couronnent les courbes principales ajoutent à leur solidité, et supportés ainsi qu'on le voit figure 1 et 2, ils diminuent sensiblement la longue portée des pièces.

Les extrémités des poutres ne sont point scellées dans les murs, elles sont goudronnées et placées sur des corbeaux en pierre qui les supportent; par ce moyen aucun corps étranger ne peut en accélérer la décomposition, ainsi qu'il arrive trop souvent lorsqu'elles sont enveloppées de plâtre ou d’autres matières ennemies. C’est encore pour éviter les approches du plâtre, que l’on a revêtu les poutres de plates-formes attachées avec des chevillettes de fer à vis, qui recoivent les enduits, et qui, si elles étaient pourries, seraient facilement remplacées sans altérer en rien la solidité des principaux soutiens du plancher; voyez les figures C, D, E.

Les entraits, composés de plusieurs morceaux assemblés à trait de Jupiter (voyez la figure

E), s’emploient dans les grandes dimensions, pour lesquelles on trouverait difficilement des bois

| de longueur; ils ont l'avantage d’être d’une résistance plus certaine, tant par la forme de l’ar-

mature, que par le secours des clefs pendantes qui moisent les doubles arbalétriers et devien-

nent ainsi des tirants perpendiculaires que rien ne peut rompre (voyez les figures 4, 6 et

7); dans les portées de grande longueur, comme il est indiqué figures 4 et 7, on a ajouté une double armature.

Celle de la figure 7 n’a qu'un faux poincon marqué B; il sert, au moyen d’un fort étrier

| en fer, à relever la poutre dans son milieu et à partager ainsi le poids suspendu aux aiguilles pendantes.

| Celle de la figure 4 a deux poinçons, qui servent à relever le poids d’une poutre de

16 pieds de longueur et divisent en trois parties les effets d’une portée aussi grande.

Les figures 5 et 9 représentent : l’une, un compartiment de plancher, l’autre le dessus d’une poutre avec son épaisseur; les deux traits qui la séparent indiquent la coupe de l’armature et la forme des étriers de fer qui supportent les lambourdes sur lesquelles portent les solives du plancher.

La figure 8 représente l’échafaud qui a servi pour faire les sculptures du grand fronton de la face principale du Louvre. Cet échafaud est suspendu aux pièces C, qui, placées sur la partie rampante du fronton et retenues par des bascules, forment de longues potences auxquelles il est attaché. Il à été monté tout assemblé par le moyen de cordes et de moulinets avec des moufles.

Cet ouvrage est donné conime un moyen économique. Nous aurons par suite occasion de présenter quelques réflexions sur lart de simplifier les échafaudages des bâtiments et sur la manière de faciliter l'exécution des grands ouvrages. Nous aurons aussi à parler encore de la charpente des couvertures, lorsque nous offrirons des exemples propres à être cités pour

modèles.

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