DES TUILERIES
Ayant à représenter les ouvrages d'architecture dont l’empereur Napoléon enrichit la capitale de ses États et à rendre compte des nombreux travaux entrepris depuis son règne, il semble convenable de donner avant tout une idée du palais que le souverain habite et de faire connaïtre les améliorations et les embellissements qui y ont été ajoutés par ses ordres.
Vers l’an 1518, Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, qui habitait le château des Tournelles (1), dans le quartier du Marais, fut atteinte d'une maladie dangereuse et les médecins en attribuèrent la cause à l’insalubrité du lieu dans lequel cette princesse vivait; François L*, son fils, voulant lui procurer une habitation plus agréable et en meilleur air, jeta les yeux sur les maisons et les jardins qui appartenaient à Nicolas Neuville de Villeroy, chevalier, secrétaire des finances et audiencier de France; ce domaine était situé près des rives de la Seine, au couchant et hors des murs de la ville de Paris; il était enclos de murs et portait, dis-je, le nom de Tuileries, parce qu'il occupait un emplacement où l'on avait précédemment établi différentes fabriques de tuiles et briques.
Le roi en fit l’acquisition et donna en échange la belle terre de Chanteloux (2), entre Mon- Uhéry et Arpajon.
(1) Le château des Tournelles était situé sur une partie de la place Royale; les rois de France y habitèrent depuis Charles V qui le fit bâtir en 1369, jusqu’en 1564, époque à laquelle Catherine de Médicis le fit détruire.
(2) La terre de Chanteloux, près de Montlhéry, était renommée alors pour la beauté de son site et l'agrément de ses jardins; les poètes du temps en ont parlé avec éloges.
La duchesse se fit transporter dans la maison des Tuileries et y recouvra la santé; mais, devenue régente du royaume pendant la captivité de son fils, on ignore pourquoi elle abandonna ce séjour qui devait lui être cher, et pourquoi elle en concéda la jouissance pendant leur vie à Jean Tiercelin, maitre d'hôtel du dauphin, et à son épouse.
:s Tournelles
Catherine de Médicis, veuve de Henri IE, ayant fait démolir en 1564 le château de qui lui était devenu odieux depuis la mort malheureuse de son époux (1), vint habiter le Louvre et chargea Philibert Delorme de construire pour elle un château de plaisance sur l'emplacement de la maison des Tuileries ; elle acheta en même temps différentes propriétés voisines et environ quarante arpents de terre, qui appartenaient aux Quinze-Vingts, pour augmenter l’étendue de cette habitation.
Le palais que Philibert Delorme éleva présentait une forme extrêmement agréable, la décoration en était élégante et recherchée, il était situé en belle vue eten bon air. Tout l'édifice consistait en un seul corps de bâtiment avec un pavillon au centre et deux autres à ses extrémités ; il était composé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage; le pavillon du milieu, dans lequel se trouvait le grand escalier, était couvert d’un dôme de forme circulaire. Les appartements de récepüon et ceux d'habitation occupaient toute la partie à gauche de l'entrée; la chapelle et un logement de dépendance remplissaient l’autre partie opposée, vers le nord; les logements de la suite, les écuries et le manège étaient placés isolément et à une assez grande distance du château, près de la rue Saint-Honoré (2). Ces bâtiments, qui existaient encore en très grande partie il y a peu de temps et qui étaient aussi l’ouvrage de Philibert Delorme, ont été détruits en 1809 pour le percement de la rue de Rivoli et de la place des Pyramides.
Il parait que la reine Catherine de Médicis n’habita jamais le palais des Tuileries, qui n’était pas encore terminé en 1577; on croit qu’elle logea quelque temps dans le pavillon de Médicis, qui faisait partie des bâtiments précédemment décrits; elle vivait ordinairement au Louvre ou
à l'hôtel de Soissons qu’elle avait fait arranger selon ses
Jean Bullant, qui succéda à Philibert Delorme dans la direction des constructions commencées, fit quelques changements aux dispositions de son prédécesseur.
Henri IV ayant trouvé les appartements du château des Tuileries insuffisants, chargea Androuet Ducerceau, et par suite Étienne Dupeyrac, d'en augmenter l'étendue; il fit construire deux corps de bâtiments en prolongation des pavillons d’angle et les termina par deux autres pavillons, l’un au nord, l’autre au midi; mais le palais, à la construction duquel on travailla pendant près de cent ans, ne fut entièrement achevé et convenablement habitable que dans les
premières années du long règne de Louis XIV.
Anne d'Autriche, pendant la minorité de ce monarque, avait fait continuer, sur les dessins de Levau, les augmentations entreprises sous Henri IV, et, par suite, terminé les distributions inté-
rieures des appartements.
Les quatre architectes qui succédérent à Philibert Delorme dans l’achèvement de cet édifice
ne suivirent en rien les dispositions et l'ordonnance des choses faites avant eux. Ils rattachèrent
(:) Henri IT, dans une fête en réjoui
sance des noces de sa fille Élisabeth qu'il mariait au roi d'Espagne Philippe I, voulut rompre une lance à visière ouverte avec le jeune comte de Montgommery, fils du capitaine de ses gardes ; la lance du comte se rompit, le tronçon frappa le roi au sourcil, l’étendit par terre, et il mourut de cette blessure onze jours après.
(2) Le pavillon de Médicis, les écuries dites de Monseigneur ainsi que le manège avaient été bâtis par Philibert Delorme ; la charpente qui couvrait les écuries était exécutée en planches assemblées avec des clefs de liernes, selon le procédé enseigné par cet architecte dans ses œuvres. C'était le seul exemplede charpente exécuté, à Paris, sur les dessins de cet homme habile et peut-être le seul qui fût encore existant aujourd’hui, car les charpentes des châteaux de la Muette, de Saint-Germain en Laye et de Lincourt qu'il avait faites étaient détruites. On à conservé avec soin tout ce qui pouvait servir à en donner la plus parfaite intelligence.
à l’élégante architecture de leur prédécesseur la décoration inconvenante et grossière d’une fa-
cade ornée de $ shet for-
ands pilastres composites qui s’élevaient dans la hauteur de deux étag
maient l'assemblage le plus choquant que l’on püt imaginer. Ils travaillèrent successivement
aux augmentations qui leur étaient demandées sans jamais s’occuper de les mettre en harmonie avec ce qui existait; l’un d’eux ajouta un attique sur les parties basses entre les pavillons de l'ancien château. Levau, sous le ministère de M. de Colbert, détruisit le grand escalier du centre, qui, à la vérité, divisait l'habitation en deux parties et coupait la communication de la cour au jardin, mais était renommé comme une très belle chose; il y substitua un vestibule ouvert dont les dispositions s'accordent mal avec l'ordonnance des façades et il rejeta Pescalier dans la partie droite de l'entrée.
Ce fut cet architecte qui bâtit la chapelle, la salle de spectacle et qui acheva les distributions des appartements. La Régente, qui voulait fixer l'habitation du Roi dans les Tuileries, en fit accélérer l'achèvement et employa les plus habiles peintres du temps (1) pour en décorer les intérieurs; on remarque, par les allégories flatteuses qui composent les principaux sujets des
plafonds et de la plupart des tableaux, que les artistes avaient cherché à mériter les bonnes
graces de la mère du Souy erain en la représentant presque partout sous les traits de la
gesse instruisant la Jeunesse, protégeant les lettres, encourageant les arts, le commerce, ou donnant la paix. On fit copier à Rome les tableaux et les peintures de la célèbre galerie Farnèse et on en composa la décoration de celle de Diane, qui se trouvait au bout des'grands appartements, près le pavillon de Flore.
On croit qu'il faut placer à l’époque de la régence d’Anne d'Autriche l'achèvement de la
galerie du Midi et en conséquence l'exécution entière du projet de la réunion du Louvre et
des Tuileries, qui fut terminée d’après les de ainsi
is de Clément Métezeau. Ces deux pal:
qu'on a pu le remarquer par l'explication ci-dessus, avaient été construits sur des dispositions
totalement indépendantes lun et l’autre; ils étaient parés par un grand fossé et une muraille de fortification. Les Tuileries se trouvaient hors de l'enceinte de la ville, cette habitation n'avait été considérée dans le principe que comme un lieu de plaisance et la première pensée d’une réunion, que l’on n'avait jusqu'alors prévue en aucune manière, ne vint que lorsque Henri IV, profitant des fondations du mur (2) qui fermait l'enceinte du Louvre au midi, eut prolongé d’un côté la galerie des plans, commencée par Catherine de Médicis, et de l’autre eut ajouté au château des Tuileries les corps de bâtiments qui en étendaient les façades et les pavillons qui les terminent.
On s’apercut alors que la galerie de réunion, prolongée à angle droit du Louvre aux Tuileries, donnait un angle obtus; on vit que le sol des appartements du Louvre était de cinq pieds
plus élevé que celui des Tuileries et que les milieux des deux édifices ne correspondaient en
Û , RU : : , A NS : \ rien l’un a l’autre; depuis cette cpoque on na cesse de penser a cet important problème sans
jamais le résoudre, le mal est resté sans remède; le temps s’est passé en consultations, en projets, et les difficultés, loin d’être aplanies par tant de discussions, sont devenues des monstres si
effrayants que l’on a vu, dit-on, le cardinal de Fleury pendant la jeunesse de Louis XV, fatigué
(1) Les à ss qui furent employés à l'achèvement et à la décoration des appartements du palais des Mignard, Noël Coype Nocret, Le Moine, et
l'uileries sont : Nicolas 1, Berthold Flamel, Nicolas Loir, Francisque Millet, Girardon, Le Rambert, Philippe de Champagne,
(2) Le mur de l'enceinte de la ville traversait la place du Carrousel et retournait à angle droit sur les bords de la Seine pour joindre ceux qui entouraient l’ancien Louvre ; c’est sur les fondations de la partie qui se trouvait entre les fossés de la ville et les bâtiments de l'aile dans laquelle est maintenant la galerie d’Apollon que Henri II, Cl Henri IV élevèrent le commencement de la grande galerie qui réunit aujourd’hui les deux palais.
les IX et par suite
d'entendre parler du Louvre et des inconvénients que présentait son achèvement, on a vu ce ministre condamner le plus grand monument de l'architecture française à être vendu et démoli comme indigne de tous soins et comme ne pouvant être utilisé en rien. Un arrêt aussi désastreux pour les arts est heureusement resté sans exécution.
Louis XIV habita les Tuileries dans sa jeunesse, il fit achever, sur les dessins du chevalier
Vigarani, la salle de spectacle qui occupait un grand tiers du palais; on la nommait la salle des
machines; on y représentait de grands opéras, des ballets, et sous Louis XV, qui habita-aus: les Tuileries dans sa jeunesse, Servandoni y donna quelques-unes des grandes pantomimes à machines dont il apporta l'usage en France; cette salle a été détruite en 1793 par les dispositions de la Convention nationale.
Les appartements du château avaient été mis en état dans l’année 1790 pour y loger Louis XVI, mais les travaux faits à cette époque avaient été si légèrement exécutés et les fureurs populaires dont cet édifice a été le théâtre l'avaient tellement dévasté, qu'il ne présen-
tait que ruines et dégradations à l'époque où l’empereur Napoléon vint y fixer son séjour.
Ce souverain l’a fait rétablir en entier, il l’a dégagé de tous les bâtiments et de toutes les constructions étrangères qui le déformaient, il a embelli les intérieurs, il a rendu les distributions plus convenables et plus commodes, il a voulu que l’on conservât soigneusement les ornements qui pouvaient retracer son ancienne magnificence, en s’accordant toutefois avec celle qu'il a résolu de lui donner; les appartements d'habitation, jusqu'alors peu convenants et insuffisants ont été restaurés et améliorés. La galerie de Diane a été rétablie à neuf dans son entier, en ménageant toutes les peintures qui en décoraient les plafonds. On à construit une chapelle, un grand escalier, une salle de spectacle, une salle des Gardes, une salle des Maréchaux, une salle à manger, etc.
astres dont il a été le
Enfin, rien ne retrace aujourd’hui dans l’ensemble de cet édifice les dé théâtre, ni les dégradations que le défaut d'entretien et l'abandon lui avaient fait éprouver. II 5 I F
est digne par sa grandeur et sa magnificence du souverain qui lhabite.