‹ Texte explicatif joint aux numéros du Journal des Monuments de Paris envoyés a l'empereur de Russie dans les années 1809, 1810, 1811, 1814 et 1815Chapitre 4 sur 55 · JARDIN DES TUILERIES · texte numérisé non relu

JARDIN DES TUILERIES

Le jardin des Tuileries tel qu’on le voit aujourd'hui a été ajouté au palais par Louis XIV et planté sous le ministère de M. de Colbert, par le célèbre Lenôtre, sur l'emplacement de celui que Catherine de Médicis voulait joindre à son palais. Il se trouvait dans l'origine séparé du château par une rue qui conduisait des cours du Manège au quai de la Conférence; probablement cette rue n’était qu’un passage de service conservé par tolérance et devait être supprimée après l’achèvement des constructions. On y voyait un bois, des parterres, des gazOns, une vOlière, une ménagerie, un chenil et une orangerie placée vers l’endroit où sont encore aujourd’hui différentes petites maisons qui ont conservé le nom de bâtiments de l’orangerie (1).

On remarquait aussi dans la partie opposée à celle-ci, vers le lieu où était dernièrement le

(1) Ces bâtiments ont été détruits en 1813 pour terminer la terrasse du nord et faire le mur du fossé sur la place du côté

du Garde-Meuble,

jardin du dauphin, la maison et le jardin d’un nommé Renard, valet de chambre du commandeur de Souvré; cette habitation servait de rendez-vous après la promenade du cours aux seigneurs de la cour pendant la minorité de Louis XIV; elle est devenue célèbre dans les guerres de la Fronde par les querelles et les petits combats dont le duc de Beaufort était le héros et dont ce cabaret devenait le théâtre.

Le jardin que Lenôtre planta avait environ 67 arpents, il est un chef-d'œuvre de bon goût

s, il a trouvé

et de génie; l’artiste en le disposant a su cacher avec adresse les limites des elôtur les moyens d'agrandir par des divisions ingénieuses l'espace qui lui était donné sans fatiguer l'œil par une étendue peu proportionnée avec les dimensions du Palais; le mur qui ferme du côté du quai supporte une large terrasse d’où l’on jouit de la belle vue de la Seine et qui, en

même temps, abrite toutes les parties basses des bosquets et des parterres. Le côté du couchant

est clos par un grand fossé, deux terrasses à droite et à gauche de l'entrée dominent sur la place de la Concorde et joignent celles du nord et du midi; elles ont la vue de la belle promenade des Champs-Élysées, du cours de la Seine et des maisons dont ses bords sont ornés. On y arrive par deux grandes pentes douces en forme de fer à cheval et par deux escaliers à double rampe. Les bassins et les effets d’eau qui décorent les principaux points de vue, la division des parterres en avant du château, la disposition des avenues, le mélange des belles statues de marbre dont elles sont ornées, présentent de toutes parts un ensemble admirable; enfin on ne saurait peut-être trop vanter l’ingénieuse et simple composition de ce jardin. On

croit même pouvoir le citer comme un modèle de perfection. Tous ceux qui sont chargés d’a-

jouter à un palais les embellissements d’une plantation voudront ne pas oublier que, si donnance et sans symétrie, il n’y a pas de magnificence.

Le jardin des Tuileries avait aussi éprouvé les effets destructeurs de la Révolution francaise, son entretien avait été négligé; il était moins dégradé que le palais, mais des arbres avaient été

abattus, plusieurs statues étaient mutilées, les bassins, les murs de terrasse et les perrons, que

depuis longtemps on ne réparait plus, étaient en très mauvais état. Le trop fameux manège

dans lequel les assemblées Constituante et Législative avaient tenu leurs séances, plusieurs pelites maisons baties sur les terrains de différents couvents qui enveloppaient le jardin au nord,

déformaient la terrasse des Feuillants, et laissaient beaucoup à désirer pour le complément el

l'achèvement de cette promenade. L'oil, en quittant la terrasse du midi, ne trouvait plus sur celle du nord que le spectacle inconvenant d’un mur en ruines, sur lequel étaient adossées des baraques qui pour la plupart tombaient de vétusté ou retraçaient des souvenirs pénibles.

L'empereur Napoléon a ordonné le percement d’une rue de 6o pieds, ornée de portiques

couverts, pour communiquer des Champs-Élysées à la place de la Colonnade et isoler entière-

ment le jardin ainsi que les palais des Tuileries et du Louvre. D’après ce projet les places du Palais-Roval, des Jacobins et de Vendôme auraient des communications directes avec la nouvelle rue ; le jardin des Tuileries serait fermé au nord par une grande grille de toute la longueur de l’ancienne terrasse des Feuillants; cette grille, accotée par un trottoir sur la rue neuve, serait ornée de pilastres en pierre supportant des vases de marbre, les bassins des parterres seraient rétablis, les eaux seraient amenées en plus grande abondance et jailliraient sans interruption ;

le nombre des statues qui décorent les avenues serait augmenté, les plantations trop anciennes

seraient renouvelées, les parterres seraient entourés de grillages en fer pour en conserver la

forme et la fraicheur; enfin ila voulu que les terrasses du couchant, qui dominent à droite et

à gauche de l'entrée sur la place de la Concorde et sur les Champs-Elysées, fussent prolongées; que les terrains vagues qui restaient en dehors, tant du côté du midi que du côté du nord, fussent réunis et enclos pour augmenter l'étendue du jardin, en compléter la forme,

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achever les communications des terrasses hautes et remplir en cela la pensée du fondateur; il a voulu que cette promenade déjà si justement célèbre ne laissât à l'avenir rien à désirer. Ces ordres sont en grande partie exécutés et avant peu tout sera entièrement terminé.

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