CHAPITRE VI. - ÏHÉATftË D OPÉRATIONS DU BASSIN DU RHONE
entre deux ou plusieurs étroites vallées nommées combes^ quand les couches supérieures ont été rompues; les combes sont dominées par des crêts du terrain supérieur qui a été brisé. La même chaîne peut présenter successi-
Voûtes et Combes du Jura,
ilUll!
1 Calcaire néocomien (grès vert'.
'2 Calcaire portlandien etcorallieu (oolite sop').
3 Calcaire exfordicn (oolite moyen).
4 Calcaire jurassique inrérieur.
5 Lias.
0 Calcaire conchylien (Muschelkalk).
veinent ces divers caractères et former un nombre plus ou moins jçrand de combes, chaque changement est marqué par un cirqxie.
A ces rides longitudinales sont venues se superposer des dislocations transversales : des failles ont brisé les chaînes et divisé les plateaux. On appelle ruz la brisure qui s'est formée dans un crêt, brisure par laquelle s*écoulent souvent les eaux d'une combe ; si la brisure a été plus complète et s'est étendue à toute la chaîne, on a une cluse.
Les rivières jurassiques ont des cours très sinueux et un débit très variable. Elles changent brusquement de direction et, après avoir longé dans (les combes profondes les crêtes jurassiques, elles se sont frayé des chemins à travers les brèches étroites des cluses; on les voit souvent couler en sens inverse de leur direction primitive; celles du versant occidental finissent en général par revenir vers le sud pour aboutir au Rhône. Les couches jurassiques qui recouvrent les plateaux ou qui forment les combes sont souvent perméables et laissent filtrer les eaux, en sorte que la partie supérieure des monts Jura se trouve privée d'eau ; certains villages n'en ont qu'au moyen de puits ou de citernes. Les eaux se réunissent quelquefois dans des cuvettes imperméables et forment de petits lacs; d'autres fois, elles se perdent dans les fissures du sol et reparaissent à la première couche d'arple, c'est ce qui arrive pour l'Orbe et pour la Loue; enfin les rivières forment des chutes nombreuses comme le saut du Doubs et les cascades de l'Ain.
Les pentes des montagnes du Jura sont généralement boisées et garnies d'arbres à essence résineuse, les sommets au contraire sont dénudés, pierreux et incultes.
Le plateau Séquanais qui forme la partie nord du massif du Jura entre la crête du Lomont et Lons-le-Saunier, est limité à Test et séparé de la plaine suisse par des crêtes parallèles dirigées du nord>est au sud-ouest; la pnv niière de ces crêtes vers Test a une hauteur de 1,300 à 1,600 mètres ol domine d'un millier de mètres les lacs suisses de Neuchàtel et de Biennc (485"°); elle comprend le mont Chasseron (1,611°"], le mont Chasserai (1,609™), le Hasenmatte (1,448), le Weissenstein (1,284°») et elle se prolonge par le Hauenstein (1,100™) presque jusqu'au confluent de TAar et du Rhin. Cette crête, percée comme toutes celles du Jura de nombreuses cluses, limite à Test le Val Travers, le Val de RuZj le Val Saint-Imier et la haute vallée du Dùnneren; VAreuse, le Seyon, la Suze et. la dûnneren qui arrosent ces vallées, la traversent au fond de gorges étroites pour aboutir aux lac> ou à la plaine suisse.
Une autre crête parallèle à la première part du plateau des Fourgs, à l'est de Pontarlier et sépare le Val Travers du plateau de la Brévine et le Val Saint- Imier du plateau des Franches-Montagnes, elle est presque entièrement coupée au défilé de Pierre-Pertuis et se soude au Hasenmatte à la crête précédente. Au nord du Hasenmatte, on rencontre plusieurs chaînes parallèles qui englobent le Val Moutier et que la Birse traverse à d'étroites cluses, elles se soudent au Passwang (1,207") à l'extrémité du soulèvement du Lomont ; la rencontre de ces deux soulèvements a fortement accidenté celte région.
Une crête bien marquée se dresse encore à l'ouest de la vallée de Mouthe ou haute vallée du Doubs; elle est formée par la Haute-Jouz (1,200"), la montagne de Laveron (1,120*°) et la montagne du Larmont (1,326°") entre lesquelles se trouve la cluse du Doubs auprès de Pontarlier; elle embrasse ensuite le plateau de la Brévine, qui est un des bassins fermés du Jura, et le sépare du profond ravin oii coule le Doubs. Plus à l'ouest sur les plateaux de la rive gauche du Doubs qui sont de 100 à 200 mètres moins élevés que ceux de la rive droite, s'élèvent les longues chaînes du Mont Chaumont, du Mont Repentir, etc., qui dominent et divisent le plateau séquanais.
La partie centrale du Jura, au S!id de Pontarlier, est séparée du plateau suisse et du lac de Genève par des crêtes non moins marquées que les précédentes. Une première chaîne continue s'étend du col de Jouque au défilé que franchit le Rhéne auprès de Bellegarde, elle contient les points les plur^ élevés de tout le massif et est formée par la Dent de Vaulion (1,486™), 1«' Mont-Tendre (1,680'°), la Dôle (1,678"), le Colomby de Gex (1,691'«), le Crèt de la Neige (1,723™), le Reculet (1,720»») et le Grand Credo (l,62i«" .
A l'ouest de cette chaîne, se trouve une grande dépression marquée par la vallée de Jouz oii VOrbe a sa source et forme les deux lacs des Rousses ot de JouXf par la vallée de Dappes, par la combe de Mijouz et par la Valse-
GlAriTSl VI. - THÏATBK D'OPÉRATIONS DU BABSlIt DU BIONE. 24t Coupes du Jure.
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Échelle des longueurs, 1/1,000,000. — Écbelle des hauteurs. 30 [nb plus gnmde. Géographie. — !'• ptrlie, lli
serine; au delà s'élève une seconde crête moins élevée que la première, elle comprend le Mont Suchet (1,595">], le Mont d'Or (1,463""], le Noirmont (IjaSO"), le Mont Risouz (1,379™); puis elle s*étale en plateaux profondément découpés jusqu'à Saint-Claude et Nantua. A Touest plusieurs chaînes dominent le plateau et sont séparées par les profonds ravins au fond desquels coulent la Bienne et VAin.
Au sud de Bellegarde et du défilé de ChâiUlon de Michaille, les crêtes jurassiques prennent la direction nord-sud ; entre le Rhône et le Val Romey s'élève une arête continue qui contient le Crêt du Nu (1,555™) et le Grand- Colombier (1,534™), ce dernier sommet domine Culoz où existe une dépression dont on a profité pour tracer le chemin de fer de Genève à Lyon ; l'arête se prolonge plus au sud jusqu'au défilé de Ple)Te-Ch4lel où elle est coupée par le Rhône. A l'ouest du Val Romey, plusieurs crêtes parallèles resserrent l'Albarine dans d'étroites et pittoresques gorges.
Les crêtes orientales du Jura qui dominent les lacs et le plateau suisses sont continues, et les cols où les routes les franchissent, atteignent des cotes de 1,000 mètres et plus, élévation considérable eu égard à la faible hauteur de la chaîne. Elles ne sont encore traversées dans leur partie centrale que par deux voies ferrées qui aboutissent à Pontarlier en France. La première met en communication Neuchâtel et Pontarlier^ en s'élevant par des pentes très raides dans le Val Travers et en atteignant la cote 933 au col près des Verrières; malgré l'altitude considérable et l'énorme épaisseur du massif des Alpes, le chemin de fer projeté qui devait passer sous leSimplon, ne se serait pas élevé au - dessus de la cote 793 ; il est vrai que le tunnel devait avoir une longueur de 16,150 mètres. La seconde mène directement de Latisanne à Pontarlier; à partir de Vallorbe où se trouve une aiguille à rebroussement, elle s'élève sur les pentes orientales au-dessus d'effrayants précipices, traverse un tunnel sous la ville de Jougue et rejoint la première à la Cluse en avant de Pontarlier.
A l'ouest de la partie méridionale du Jura, entre le Rhône, la Saône et l'Ain, s'étend le plateau des Dombes, qui est couvert d'une multitude d'étangs occupant ensemble une superficie de près de 15,000 hectares. Beaucoup de ces étangs ont été faits de main d'homme et sont une richesse pour la contrée ; ils sont tantôt remplis d'eau et empoissonnés, tantôt vidés et cultivés en céréales. Mais ces lagunes si nombreuses sont malsaines et entretiennent dans le pays des fièvres et des maladies; aussi commence-t-on à les dessécher sur un grand nombre de points.
Au nord des Dombes, entre la Saône et le Jura, se trouve la Bresse, plaine marécageuse et caillouteuse que l'irrigation a rendue à la culture. Les alluvions des Dombes et de la Bresse ont été apportées des hautes canes des Alpes par les eaux à l'époque qui suivit la période glaciaire.
CflAPltRE VI.— THÉÂTRE DOPÉRAflONS DÛ BASSIN DU RHONE. 248
Les Alpes DrançaiseA. — La chaîne des Alpes françaises forme un vaste demi-cercle dont la convexité est tournée vers Touest. Ces montagnes se terminent brusquement sur la plaine du Pô, tandis que du côté de la France elles détachent de longs contreforts. De Turin sur le Pô, l'œil s'éteod sur une vaste plaine tout unie jusqu'au pied même des montagnes qui s'élèvent en de gigantesques murailles; aussi Napoléon les compare-t-il à des géants de glace défendant l'entrée de ces belles contrées. De la vallée du Rhône au contraire les sommets s'étagent à mesure qu'ils sont plus éloignés du spectateur et l'œil arrive par degrés insensibles des plus petites collines aux pics couverts de neiges éternelles. Les affluents du Pô à leur naissance ne sont que d'impétueux torrents, tandis que vers le Rhône s'écoulent de véritables rivières qui traversent une longue contrée montagneuse où elles arrosent de fraîches vallées et d'abondants pâturages. Du côté de l'Italie, les vallées sont convergentes et ne sont encaissées entre les contreforts abrupts des Alpes que sur une longueur de 8 lieues; du côté de la France au contraire, les vallées sont divergentes et ne débouchent en plaine ou du moins dans des bassins plus ouverts qu'après un parcours de 25 lieues au moins. Bien que le versant italien soit généralement plus raide et plus court que le versant français, les montagnes se relèvent brusquement à l'extrémité de plusieurs des vallées occidentales; les routes forment souvent autant de lacets du côté de la France que sur l'autre versant et leur tracé y a été tout aussi difficile. Des deux côtés des cols, il existe donc un à pic qui présente une forte position défensive.
Les routes qui traversent la chaîne des Alpes, passent à des cols dont Faltitude varie de 1,800 à 2,500 mètres et qui sont libres de neige pendant cinq mois de l'année. Les routes les plus élevées sont déjà au-dessus de la limite des mélèzes. Les pâturages se maintiennent jusqu'à 2,800 mètres et sont souvent traversés à cette hauteur par des sentiers très praticables, où la neige disparaît pendant deux mois chaque année. Enfin, au-dessus, on ne trouve que des sentiers fort difliciles qui traversent des glaciers et des névés. La route du Slelvio, la plus haute de la chaîne, atteint l'altitude de 2,800 mètres.
Les Alpes françaises sont le résultat de deux soulèvements principaux : i"^ celui du Mont -Vise dont la direction est du nord-ouest au sud-est avec une inclinaison de 154° sur le méridien de Paris; 2® celui des Alpes occidentales dirigé du sud-ouest au nord-est avec tme inclinaison de "24? sur le même méridien. Les deux rides formées par ces soulèvements se croisent au nœud très élevé de la pointe des Arcvies dans le massif du Pelvoux. Le premier a modifié sur son versant sud-ouest le massif de la Chartreuse, il a formé les massifs du Pelvoux et du Viso et les Alpes Maritimes, sa pointe terminale est au cap Mêle entre Onéglia et Albenga. Le second, qui est le
plus récent, a donné naissance au massif des Diablerets dans les Alpes bernoises, à celui du Mont-BlmiCf à celui de Vlserariy aux montagnes de la rive droite de la profonde vallée de la Durance et au Monl-Ventoux qui en marque la pointe terminale. Le relief de ces contrées a été modifié depuis par le soulèvement des Alpes principales ou Grandes Alpes qui est dirigé du sud-ouest au nord-est avec une inclinaison de 73° sur le méridien de Paris et qui correspond au dernier grand bouleversement qui a dessiné la forme actuelle de TEurope; il croise au Mont-Blanc la ride des Alpes occidentales. Antérieurement à ces trois soulèvements que nous venons d'énumérer, un autre soulèvement, celui du Vercors incliné de 6° est sur le méridien de Paris, avait déjà accidenté tout le pays qui se trouve au sud-ouest de Grenoble ; c'est à ce même soulèvement que se rattache la formation primitive des montagnes de la Chartreuse et de la partie sud du Jura.
On trouve dans les Alpes françaises des terrains très différents ; ils sont d'ordinaire disposés par longues bandes parallèles à Taxe des soulèvements qui ont donné naissance aux montagnes, et parallèles aussi aux grandes dépressions longitudinales qui se sont produites par reffet même des soulèvements; ainsi parallèlement au profond sillon formé par la haute vallée de l'Arve, par celle de TArly et par celle de Tlsère jusqu'à Grenoble, le massif du Mont-Blanc et la chaîne de Belledone dessinent une longue bande de gneiss et de granit au milieu des calcaires jurassiques.
Lors de la formation de la grande chaîne des Alpes, les terrains primitifs ont tantôt soulevé avec eux les terrains stratifiés plus récents et tantôt les ont percés en les refoulant et en les plissant. Les calcaires jurassiques de ces terrains stratifiés, surtout ceux qui ont été soulevés, qui recouvrent les plus hauts sommets et qui sont compris entre des masses de terrains ignés dont la température était jadis fort élevée, ont été modifiés profondément par une action métamorphique, ont pris une couleur grise ou noirâtre et ont tout à fait l'apparence des schistes. Ces calcaires ainsi modifiés recou\Tent la plus grande partie de la chaîne qui sépare les eaux du bassin du Pô de celles qui se déversent dans le Rhône, et s'étendent depuis Tende jusqu'à Sion et Brieg dans le Valais; ils sont souvent percés par des îlots de terrains ignés ou de serpentines et sont compris entre deux bandes des mêmes terrains : gneiss et granit. Du côté de l'Italie, ces terrains primitifs descendent jusqu'à Saluées^ Pignerol, Ivrée et Bielle, les alluvions de la plaine leur succèdent immédiatement. Sur le versant français, la bande de terrains ignés qui limitent au nord-ouest les calcaires mctamorphisés, forme la chaîne de Belledone dont nous avons déjà parlé ; elle se termine au massif de Taillefer, elle a la direction du soulèvement des Alpes occidentales. Plus au sud, le massif du Pelvoux, qui, comme le Mont-Blanc, est le point de croisement de deux soulèvements, est entièrement formé de granit; enfin, les