CHAPITRE VI.^ THÉÂTRE D'OPÉRATIONS DU BASSIN DU RHONE
terrains ignés émergent encore dans les Alpes Maritimes entre les hautes vallées de la Tinée et de la Stura.
Tout autour de ces hauts massifs alpestres, depuis le lac de Genève jusqu'à la Méditerranée, les couches de- terrains scdimenlaires, calcaires jurassiques, grès vert et craie, ont été bouleversées, plissées et soulevées en montagnes par les soulèvements qui ont produit les Alpes. Dans la vallée de la Durance, au nord et au sud d'Embrun, il existe des massifs entiers de craie blanche et de craie marneuse. Les montagnes subalpines de la Savoie sont formées de calcaires compacts des terrains crétacés et de grès vert. Ce dernier terrain recouvre encore les Monts du Vercors et du Devoluy au sud de risère, les crêtes du Ventoux et du LuberoUy enfin les rides de la Provence : chaînes de Sainte-Victoire, de Sainte-Beaume, de la Cabrîere et du Cheiron, Au sud de ces derniers massifs se trouve un îlot de terrains primitifs, granit et autres; c'est la chaîne des Maures qui s'élève de Toulon à Fréjus au sud de la vallée de TArgens; elle est entourée de terrains de trias d'où émergent le porphyre et le granit dans les Monts de l'EstereL
Postérieurement aux soulèvements qui ont donné naissance à toutes ces montagnes, leurs formes ont été beaucoup modifiées par suite de l'action des vastes glaciers qui les ont recouvertes à une certaine époque et par suite des érosions produites par les immenses torrents auxquels donna naissance la fonte des glaces; on retrouve à chaque pas des marques de ces deux périodes.
Les massifs alpestres laissent entre eux de profondes coupures transversales formées sans doute par fracture lors des soulèvements de la chaîne, ces dépressions sont suivies par les cours d'eau et par les routes qui font communiquer les deux versants; la chaîne de séparation des eaux est ellemôme fortement échancrée et il n'est pas rare de voir sur ce faîte des différences de niveau de 2,000 mètres en des points très rapprochés.
On a de tout temps séparé les Alpes en plusieurs parties auxquelles on a donné des appellations différentes et qui sont limitées par des points remarquables, cols ou sommets de la chaîne. Indiquons d'abord ces divisions en quelque sorte historiques.
A l'ouest du Saint-Gothard, les Alpes Pennines ou Valaisanes qui appartiennent au soulèvement des Grandes Alpes, s ^parent l'Italie du Valais et font face aux Alpes Bernoises dont les glaciers s'élèvent de l'autre coté du Hhône. Les deux routes qui les traversent au Simplon et au Grand Saint- Bernard, celte dernière encore inachevée, viennent déboucher sur le lac de Genève et ont une importance capitale dans le cas d'une guerre entre la France et l'Itahe. Les Alpes Pennines se terminent au Mont-Blanc (4,810"), le plus haut sommet de l'Europe après ceux du Caucase. Ce massif si élevé est recouvert d'une accumulation de glaciers d'une étendue et d'une pro-
fondeur telles, qu'on a calculé que leurs glaces en fondant suffiraient à alimenter la Seine à Tétiage à Paris pendant neuf années. Les eaux qui s'écoulent de ces glaciers, forment la rivière de TArve dont la vallée n'aboutit à aucun passage dans la chaîne des Alpes. Du Mont-Blanc, se détache vers l'ouest un chaînon élevé qui suit la frontière franco-suisse du lac de Genève au Mont^Dolent; il renferme les sommets du Bitet (8,030™), de la Dent du Midi (8,285"») et de la Dent d'Oche (2,484"»); il n'était jusqu'à ces derniers temps traversé par aucune grande route; on y a ouvert, il y a quelques années, deux chemins à peu près carrossables, celui du col de Morgin qui mène de la Dranse d'Abondance à Monthey , et celui des cols des Montets et de la Forclaz qui mène de Chamounix à Martigny.
Du Mont-Blanc au Mont-Cenis, les Alpes Graîes présentent plusieurs sommités de 8,000 à 4,000 mètres. Aux sources de l'Isère, de l'Arc et de rOrco, la crête principale est coupée par une chaîne fort élevée et couverte de glaciers qui limite au sud la Tarentaise et la vallée d'Aoste; elle est dtsignée sous le nom d'Alpes de la Vanoise (3,933™), entre l'Isère et l'Are, et de massif du Grand-Paradis (4,052"*), entre la Dora Baltéa et l'Orco; ce dernier est tout à fait impénétrable; par la direction de ses crêtes, il se rattache au système des Grandes Alpes. Ces deux massifs sont séparés Tun de l'autre par la dépression du Mont-Iseran (2,769») ; il est bon de noter que dans cette partie des Alpes on désigne sous le nom de mont toute montée qui aboutit à un col et non des sommets, le Mont-Cenis et le Mont-Genèvre en sont des exemples. Deux routes traversent les Alpes Graîes : i*une met en communication la vallée d'Aoste ou haute vallée de là Dora Baltéa avec la Tarentaise ou haute vallée de l'Isère, elle passe au col du Petit Saint-Bernard (2,192™); l'autre fait communiquer Suze sur la Dora Riparia avec la Maurienne ou vallée de l'Arc, c'est la route du Mont-Cenis f2,098™) ; ces deux routes se réunissent sur l'Isère et conduisent à Lyon par Grenoble ou par Chambéry.
Les Alpes Cottiennes du Mont-Cenis au Mont-Viso forment du côté de la France un saillant très prononcé dont le sommet est au ifon^^a6or (3,21 2"); elles résultent du croisement des deux soulèvements des Alpes occidentales et du Mont-Viso, aussi leurs crêtes ont-elles des directions très variées. Du Mont-Tabor se détache un contrefort jurassique très élevé qui limite au sud la Maurienne (Arc) et la sépare de VOisans (Romanche) et du Briançonmis (Durance). A l'ouest, les crêtes du massif granitique des Grandes Rousses (3,475") ont une direction presque perpendiculaire à celle du contrefort précité; elles se joignent à la longue bande de terrains primitifs qui fait partie du soulèvement du Mont-Blanc, qui s'étend sur la rive gauche de l'Isère et de l'Arly et qui est coupée par la Tarentaise, la Maurienne et la Romanche. La chaîne qui limite à l'est la vallée du Grésivaudan d'Allevard
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à Vizille est appelée chaîne de Belladone du nom de son principal sommet (â.TSI'"). Au sud de la Romanche et à l'est du plateau de la Mure, les mon-
ProûJs transversaux des Alpes de Savoie.
le des longueurs. I/l 'lOO.aOO. — ÉcbcUe des bsuli
la^es ont la même direction et sont encore granitiques dans le masBif de Taillefer (2.861"). La crête qui prolonge les Grandes-Rousses au nord entre
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l'Arc, le ruisseau de Breda et ie Gelon forme l'extrémité des ntontagnes de la Haarienne, le plus haut sommet est le pu; du Frtne (S,804'). Au sud,
entre le Drac, la Romanche et la Durance, se trouve, dans les Alpei de la Vatloniae ou de l'Olsans, l'énorme massir f^nitique du Pelvonz dont le
CSAPITS8 TI. — THÈATKK D'OPÉRATIONS DU BASSIN Dtt RHONE. 24» pic culminant, la Barr«-dM-Écrir« (i.lOS"), était le point le plus élevé de la France avant l'annexion de la Savoie. Les Alpes Coltiennes sont traversées entre le Mont-Cenis et le Mont-Tabor par le chemin de Ter de Turin à Ctiambéry, qui passe sous le picdeFréJus et qui unit Bardonnèche sur un affluent de la Dora Riparia à Modane sur l'Arc, elles sont franchies par la grande route du MonlrGtnèvre (1,854'" au col) qui unit la vallée d'Oulx ou haute vallée de la Dora Riparia à Briançon sur la Durance.
Proâls transversaux des Alpes Maritimes.
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Échelle des langaanrt, 1/1^,000. — Échelle des beulsura. 20 tols plus grande.
Au JfonM'iio dont la magnifique pyramide s'élève à 3,840 mètres, commencent les Alpes Haritimea qui s'abaissent rapidement en approchant de la Méditerranée et qui forment un arc de cercle jusqu'au col de Cadibone dont l'élévation n'est que de 490 mètres. Souvent, la partie de ces montagnes qui borde la mer depuis le comté de Nice jusqu'au col de Cadibone, est appelée Alpes Liguriennes du nom du pays qu'elles dominent. Du mont de VEnchaitraye où la Tinée, affluent du Var, prend sa source, part le contrefort des Alpes de Provence, montagnes crayeuses qui ont des sommets de près de 8,000 mètres d'élévation et qui séparent l'Ubaye de la Bléone, du Verdon et des sources du Var. Les voies de communication à travers les Alpes Maritimes sont nombreuses, surtout dans la partie basse de la chaîne qui borde la Méditerranée. Au col de PÂrgentière ou col de la Madeleine, ou col de Larche (1,995""), passe une route qui réunit la vallée de Barcelonnette (Ubaye) à Coni sur la Stura; au eol de Tende (1,792"") passe une autre route qui part de Nice et qui rejoint la précédente à Coni. Viennent ensuite en Ligurie : la
Profil des Alpes françaises da lac de Genève à la Méditerranée.
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il,
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Échelle des longiTcure, 1/1.500,01)0. — Échelle des hauteurs. 30 fols plus graDda.
route du col de Nava (954'") d'Onéglia à Céva sur le Tanaro, celle du coldt San Bemardo partant d'Atbenga et rejoignant la précédente à Garessio sur
CIAPITRE VI. — THÉÂTRE DOPeRATIONS DU BASSIN DC RHONE, 2.">1
le Tanaro, celle du eol de Mélogno [l.OiO") de Finale â Calissaao sur la branche occidentale de la Bormida, enlln celle du col de Cadibone (490") de Savone à Carcare sur la branche orientale de la Bormida, et le chemin de
Profils longitudinaux des Alpes françaises sur le versant français et sur le versant italien.
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;i,3<10,000.— Éclifllc dCE bautcur?, 30 k
fer qui passe un peu plus au nord et réunit les mêmes vitief' de Savone et de Carcare.
Les Alpes françaises seraient parfaitement comparables à celles de la Suisse ou du Tyrol, si elles n'avaient pas perdu leurs vieilles forêts. Leurs formes sont aussi imposantes, leur élévation aussi grande, retendue de leurs glaciers aussi considérable, malheureusement l'homme peu prévoyant leur a enlevé leur plus belle parure et en bien des points leur seule richesse, c'est-à-dire l'immense manteau de verdure qui recouvrait leur sol, qui retenait les eaux pluviales et qui rendait les torrents moins dévastateurs, les inondations moins dangereuses. Dans la partie septentrionale, on trouve encore de belles forêts de mélèzes, de pins, de sapins et de hêtres ; mais au sud du Dauphiné les arbres disparaissent et le sol se montre dans son affreuse nudité. Rien n'est comparable à l'aridité de certains cantons du département des Hautes-Alpes ou des Basses-Alpes, et en particuHer de Tarrondissement d'Embrun; tout a concouru à produire cet effet et à rendre toute culture impossible : à l'action des eaux coulant sur des pentes raides et entraînant un sol naturellement friable qui n'est plus retenu par aucune racine, est venu s'ajouter celle des moutons, les seuls habitants de ces maigres pâturages, qui arrachent la touffe d'herbe au lieu de la tondre comme font les bœufs et qui par suite détruisent toute végétation. Aussi la population de ces deux déparlements a-t-elle diminué depuis le moyen âge de près de moitié; ils perdent encore aujourd'hui en moyenne 1,200 âmes par an.
lies Petites Alpes. — Entre les Grandes Alpes et le Rhône, se trouvent plusieurs massifs montagneux, de hauteur moindre que la chaîne principale, généralement calcaires et présentant toutes les beautés des régions calcaires, c'est-à-dire possédant des sources nombreuses et abondantes, des roches prodigieuses, des escarpements à pic de hauteur vertigineuse. L'élévation des plus hauts sommets ne dépasse guère 2,000 mètres. On désigne généralement ces montagnes sous les noms de Petites Alpes ou de massifs subalpins; nous en avons déjà étudié la formation au point de vue géologique, nous allons en énumérer les principaux groupes.
Les Basses Chaînes Savoisiennes se composent de plusieurs massifs calcaires et crétacés limités de toutes parts par de profondes dépressions. Entre la Dranse et l'Arve se trouve le massif des Dranses (2,113'»); entre l'Arve et le lac d'Annecy le massif plus élevé des Bornes (2,666") au sommet le plus haut; entre les lacs d'Annecy, du Bourget et l'Isère le massif des Bauges (2,260'») ; entre le Fier et le lac du Bourgel la longue crête crétacée des Monts de Chautagne et du Gros Foug (1,060'"); puis, au nord-ouest des Bornes, les Voirons (1,480'"), le Salève (1,380»"), le Mont du Sien (821'"), et le Mont du Vuache (1,111™) qui dominent Genève.
Au nord de Grenoble, s'élèvent les monts de la Grande Chartreuse dont