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CHÂPITBE VI. - THÉÂTRE D'OPÉRATIONS DU BASSIN DU RHONE

massif du Jura, mais elle est fort éloignée des crêtes à défendre. Notre infériorité sera moindre quand les deux voies en construction de Besançon à Morteau et de Bourg à Bellegarde seront achevées ; cette dernière est ou- ' verte jusqu'à Nantua. Il nous faudrait encore une voie parallèle à la frontière et remontant les vallées du Jura; on étudie le tracé d'une ligne qui doit rejoindre Pontarlier à Pont-de-Roide et à Montbéliard, elle passera sans doute par la vallée de la Barbèche et longera le Doubs entre ces deux dernières villes; la ligne d'Àndelot à Champagnole s'arrête à cette dernière station, qui est du reste un point central de défense important.

De même, au point de vue du rôle que doivent jouer les chemins de fer dans la défense de la frontière, les Italiens sont dans de bien meilleures conditions que nous, car ils disposent, de l'autre côté des Alpes, d*une ligne de rocade formée par la voie ferrée Ivrée, Turin, Savons, d'où se détachent des embranchements qui aboutissent aux principaux débouchés des montagnes : Suse, Plgnerol, Saluées^ Coni, Mondovi, et qui permettent d'y porter rapidement les forces nécessaires. Toutes ces lignes semblent rayonner de Turin, en sorte que de ce point l'armée italienne surveille et menaça tous les cols; mais la concentration de cette armée à Turin est difflcile à cause de la conflguration de l'Italie et parce que tous les chemins de fer de ce pays sont à une seule voie.

On a beaucoup discuté la question de savoir si le tracé de la frontière et la configuration de la chaîne des Alpes étaient plus favorables à la France qu*à l'Italie au point de vue de la défense ou de l'attaque; il semble résulter de ces études que les avantages se balancent de part et d'autre et que cette frontière est également bonne pour les deux pays.

Depuis que la France ne possède plus la route du Simplon, elle n'occupe plus une position enveloppante, et il lui faut aborder la frontière de front. L'Italie, comme la France, a eu recours à la fortification pour barrer les principales routes; elle occupe à Turin une position centrale extrêmement favorable à la surveillance de la frontière, et ses vallées alpestres, par suite de leur peu de longueur, communiquent facilement de l'une à l'autre par la plaine. Avec les effectifs qu'on met aujourd'hui sur pied en temps de guerre, nos colonnes chercheraient à déboucher par presque toutes les routes et, après une série de combats qui auraient pour but de s'emparer des forts d'arrêt et de chasser l'ennemi de la zone alpine, elles déboucheraient simultanément et pourraient bien envelopper l'armée ennemie établie dans la plaine; car, avec les armées modernes, les lignes intérieures deviennent plus dangereuses qu'utiles.

Si l'armée italienne envahit notre territoire, elle utilisera aussi plusieurs routes, mais, comme ces routes ne convergent pas vers un but unique, les corps d'aimée ennemis s'éloigneront à mesure qu'ils feront des progrès chez

nous et ne pourront pas se soutenir. S'ils veulent avoir une ligne d'opérations unique, ils ne pourront utiliser que deux routes au plus. Enfin les corps italiens, une fois maîtres des cols, auront encore à traverser de longues vallées semées d'obstacles, dénuées de ressources, où la défense pourra les arrêter longtemps. Il est vrai que, de notre côté, nous aurons à surveiller un périmètre considérable, que les communications de vallée à vallée seront très difficiles et que nos réserves devront être tenues très loin en arrière.

En cas de guerre, l'avantage restera à celui qui le premier occupera les cols, les points de passage et les positions dominantes; à ce point de vue l'Italie, qui possède déjà les principaux passages et qui a organisé spécialement pour la défense des montagnes ses compagnies alpines, est peut-être plus favorisée que nous. La frontière des deux pays ne suit pas toujours exactement la crête : elle descend de quelques centaines de mètres sur le versant français au Petit Saint-Bernard; le plateau du Mont Cents a été laissé tout entier à Tltalie, qui y construit des ouvrages ; le col du Monl-Genèvre seul appartient à la France et, en ce point, la limite descend même sur le versant piémontais; enfin dans les Alpes Maritimes toutes les hautes vallées à partir du Colla Lunga, et en particulier le bassin de Tende, sont restées italiennes. Presque tous les passages des Alpes forment des plaines ou plateaux doucement inclinés vers l'Italie, en sorte qu'en prenant pour limite la ligne de partage des eaux, ils restent tous à cette dernière puissance.

Eu somme, à forces égales, l'offensive sera plus avantageuse que la défensive au point de vus stratégique, parce qu'elle menace tout et qu'elle tient l'adversaire dans l'incertitude du point qui sera attaqué.

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