CHAPITRE VIII. — LA SAVOIE
sances de TEurope. En 1870, les Suisses ne profilèrent pas de leur droit d'occuper le pays.
La frontière actuelle suit la crête des Alpes depuis le Mont Tabor jusqu'au Mont Dolent, puis elle est marquée jusqu'au lac de Genève par le contrefort élevé des Alpes qui sépare la Haute-Savoie de la Suisse.
L'ancienne limite qui sépara la France de la Savoie pendant plus de deux siècles, de 1601 à 1860, correspond à des obstacles de terrain continus; c'est une frontière naturelle et c'est ce qui explique que la Savoie ait gardé si longtemps son autonomie. Ce territoire forme un vrai tout géographique et les ducs de Savoie auraient peut-être réussi à créer un royaume des Alpes et seraient restés les représentants de l'antique nationalité allobrogique, s'ils avaient conservé leur capitale au milieu des montagnes de la Savoie et s'ils navaient pas été attirés par les riches plaines de l'Italie, ce qui du reste leur a parfaitement réussi, puisqu'aujourd'hui leur pouvoir s'étend sur toute la péninsule.
L'ancienne frontière n'était autre que la ligne de défense du Rhône et du Dauphiné. La limite suivait le cours du Rhône depuis le délllé du fort de r Écluse jusqu'à Cordon où il change de direction ; nous avons déjà parlé de la défense de cette ligne qui se rapporte à celle de la frontière du Jura. La limite des deux pays remontait ensuite le cours du Guiers^ torrent qui prend sa source dans le massif de la Grande-Chartreuse. A l'est du Guiers, entre ce torrent et le bassin de Chambéry, se trouve la longue arête du Mont du Chat et du Mont de l'Èplnc, obstacle continu qui a été occupé par le maréchal Suchet en 1815. Elle n'est traversée que par deux routes : l<>au nord, au col du Mont du Chat, qui découpe dans la crête une profonde échancrure juste en face d'Aix-lcs-Bains ; 2^ au sud, au défilé de la Grotte et des Échelles, où la nouvelle route créée par Napoléon I*' passe sous un tunnel. La première arrive sur le Rhône au pont de la Balme^ en face de Pierre-Châtel, et conduit à Li/on, soit par Belleyy soit par La Tour du Pin; la seconde se bifurque au sortir du défilé des Echelles et se dirige, soit sur Lyon par le Pont-de-Beauvoisin où elle franchit le Guiers, soit sur Grenoble ou Lyon, par Saint'Laurent-du-Poîit. Ces deux défilés sont très faciles à défendre, et le dernier a été pendant longtemps, avant l'ouverture de la route du Mont du Chat et du chemin de fer de Culoz, la seule porte de là France par cette frontière; aussi a-t-il été disputé dans toutes les campagnes des Alpes. C'est encore par les Échelles que l'ennemi passerait aujourd'hui, s'il voulait investir Grenoble et couper les communications de cette place avec Lyon et le Rhône.
A partir de la source du Guiers- Vif, la limite remontait au nord, en suivant la crête de la falaise qui termine le massif de la Grande-Chartreuse le long de la vallée do l'Isère, puis descendait les pentes nord de ce massif, Gcofp'aphic. — 1**® partie. 19
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traversait le débouché de la riche vallée du Grisivaudan^ remontait le versant occidental de la chaîne qui limite au sud la Maurienne et la suivait jusqu'au Mont Tabor, 11 n'y avait donc de ce côté comme routes praticables de Savoie en France que celles de la vallée de l'Isère, dont l'entrée était défendue par le fort Barraux.
On voit que le territoire de la Savoie est limité de tous côtés par de^ obstacles naturels, car, même au nord, la large nappe d'eau du lac Léman a empêché les ducs de Savoie d'étendre leur puissance sur le pays de Vaud.
STRUCTURE OROHYDROGRAI^HIQUE DE LA SAVOIE.
La Savoie a une pente générale du nord-est au sud-ouest. Elle se divise en trois parties distinctes : les régions basse, moyenne et supérieure.
1** La région basse est formée par la rive gauche du Rhône jusqu'à Annecy et Chambéry, les deux chefs-lieux des départements entre lesquels on a partagé le pays annexé, et par la longue bande de diluvium alpin qui s'étend sur le littoral du lac de Genève. C'est un pays riche et très peuplé où ne se trouvent que des collines ou des chaînes de montagnes peu élevées (1,000 à 1,400'") comme le Salève, le Mont de 5ton, le Mont du Vuache^ et le Mont Chautagne au nord du lac du Bourget. Il est partout d'un parcours facile et les voies de communication y sont nombreuses.
La rive française du lac de Genève, plus froide, plus rude et moins riante que la rive septentrionale où se trouvent les riches cités et les villes d'iiiver de la Suisse, est presque immédiatement bordi^e par les montagnes dont les pentes sont couvertes de magnifiques verdures, mais ne portent pas de vignobles à cause de leur exposition au nord. Thonon^ ÈviaUj MeiUerie, Saint- Gingolphy situés au bord du lac, sont ou vont être reliés par une voie ferrée qui s'embranche au fort de l'Ecluse sur la ligne de Genève, qui longe la frontière en restant sur le territoire français et qui rejoindra les lignes suisses au Bouveret. Cette région basse a été le théâtre des opérations des petits corps des généraux Dessaix et Marchand en 1814; elle est coupée par les affluents du Rhône : /'iruc, Us Usses^ le Fier, le Chéranj qui, avec les lignes de faîte qui les séparent, forment autant de lignes de défense successives. La plus forte de ces lignes est celle du Fier qui s'appuie à l'est au lac d'Annecy, à l'ouest au Rhône; cette rivière traverse de très étroits défilés appelés Gorges du Fier entre Annecy et Rumilly, Yal du Fier entre Rumilly et Seyssel.
La région moyenne comprend les massifs secondaires et est formée par des chaînes calcaires ou crétacées présentant de grandes ressemblances avec celles du Jura. La direction générale des crêtes est celle du nord au sud ;