CHAPITRE VIII. — LA SAVOIE. :ii
duiuiné et a perdu beaucoup de son importance; il ne barre j)Ius par luiiiiêiiie rentrée de la vallée du Grésivaudan qui est fort largo, mais il a été .'oii^ervé, parce que le plateau où il est construit peut servir d*assiette à un camp, et que, en y joignant quelques ouvrages de fortification passagère f^tahlis en face à Pontcharra, on aurait une ligne assez forte, susceptible l'une action de flanc efficace, et dont Tennemi aurait à se préoccuper.
Grenoble. — Grenoble, au sud de celte mùiiie vallée (hi (irésivaudan et (lu massif de la Grande-Chartreuse, occupe une position intermédiaire entre la ligne d'invasion du Mont-Cenis et celle de la vallée de la Durance. (>ette place se trouve au déboucbé de la route du Lautaret qui relie Brian- < un à la vallée de Tlsère, et commande la grande route et la voie ferrée qui suivent cette rivière et conduisent à Lyon parMoirans. Elle peut être évitée • n suivant les routes qui sont au n(»rd du massif de la Grande -Chartreuse uu tournée par les Échelles et Saint-Laifrenl du Pont. Klle a perdu de son iiii[)ortance depuis que la Savoie a été réunie à la France et defiuis Touverturc de la roule du Mont-Cenis et du tunnel des Alpes. Néanmoins elle oc- «upe une bonne position; elle peut servir de dé|)ôt secondaire aux ai'mées ujîissant soit vers la Savoie, soit vers la Durance ; elle favorise les actions •le flanc sur ces deux théâtres d'opérations qu'elle relie. Elle forme le principal soutien de la défense des Alpes ; Lyon est trop loin et le général en chef pourrait y être dominé par des affaires politiques. Aujourd'hui, comme nous le verrons plus loin, on transforme Grenoble en grande place à forts ii'''tachés, et, bien qu'elle ne barre pas une grande ligne d'invasion, elle aura une action si rapprochée sur celle du Mont-Cenis que l'ennemi ne pourra pas la négliger.
Défense de la Savoie par le Piémont. — Importance de sa possession pour la France. — La description que nous venons de faire des principaux accidents du sol et des routes de la Savoie, nous montre- «jue le Piémont ne pouvait pas défendre cette province, el que, lors d'une 'l»'claratiou de guerre, ses garnisons disséminées se trouvaient à la mei'ci •les colonnes franraises plus fortes et plus promptement rassemblées; elles 'levaient donc etTectuer des retraites désastreuses sur la menace de voir leurs communications avec l'Italie coupées ; c'est ce qui eut lieu en 1090, au 'l<''but des guerres de la Hévolution et même en 1815.
La possession de la Savoie ne pouvait être avantageuse pour le Piémont que dans le cas d'une offensive décidée et immédiate, parce qu'elle lui donnait deux des principaux passages des Alpes el tout un massif montagneux 1res difficile à traverser.
Depuis le commencement du siècle dernier, le Piémont ne possédait plus
de forteresse à Montmélian ; comme jadis la mobilisation des armées était très lente, comme il y avait une très grande disproportion entre les forces que la France pouvait immédiatement mettre en ligne et celles que le Picmont entretenait normalement en Savoie, ces dernières ne pouvaient pa> espérer se maintenir dans Timportante position des Bauges jusqu'à l'arrivco d'une armée capable de tenir la campagne. Elles ne pouvaient donc, dans tous les cas, garder que les hautes vallées, en occupant les forts de FEsseilloiiy le défilè d'Aigiiebelle et Con flans, et encore la mauvaise saison eût-elle empêché souvent ces garnisons ou ces petits corps d'être secourus et eûtelle rendu leur tâche extrêmement difficile.
Aujourd'hui, la Savoie est française et la possession de cette province est extrêmement importante au point de vue de la défense de notre territoire. Si elle faisait retour aux Italiens, elle leur fournirait une formidable tête de pont contre nous, car les conditions militaires de ce pays ne seraient plus du tout les mêmes qu'avant 1860. En effet, les deux routes qui réunissent la Savoie au bassin du Pô sont parfaitement entretenues et praticables pendant presque toute Tannée, Aq plus le tunnel de Fréjus permet en tout temps la communication entre les deux versants et donnerait à l'Italie, qui le posséderait entièrement, le moyen de déverser de nombreuses troupes dans la vallée de l'Isère ; enfin, au lieu d'appartenir à un petit Etat comme le Piémont, cette province ferait partie d'un grand et puissant royaume.