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318 LIVRE II. — LA FRANGE. — FRONTIÈRES DE tERRE.
Alpes sont celle du Mont-Genèvre et celle du col de VArgentière, el encore cette dernière n'est-elle que muletière sur quelques kilomètres. Si toute la frontière est également menacée du Mont-Blanc à la Méditerranée, la haute vallée de la Durauce prend une importance capitale, car elle est le centre de notre ligne de défense et c'est par elle que nous communiquons de Grenoble à Tournoux et à Tembouchure du Var.
La vallée de la Durance en elle-même n'offre aucun moyen d'entretenir la guerre et de faire vivre les armées ; elle est souvent resserrée, toujours aride et dénudée; elle est séparée de l'Isère par l'énorme massif de roche^^ et de glaces du Pelvoux, et de la Méditerranée par toute l'épaisseur des Alpes de Provence. La dépopulation des hautes vallées des Alpes dansées régions et le peu de ressources qu'on y trouve aujourd'hui, empêcheraient que des corps de troupes un peu nombreux puissent ^ guerroyer, comme cela eut lieu au dix-septième siècle. Il existe dans la vallée de la Durance de nombreuses positions défensives que les troupes pourraient occuper cl plusieurs places fortes ou forts qui barrent les routes venant d'Italie.
Le cours de la Durance est parallèle à la crête principale des Alpes depuis Briançon jusqu'à Sisteron, en sorte que les premiers affluents de gauche, le Guil et VUbayej prennent naissance dans la grande chaîne'et ouvrent entre la France et l'Italie des passages plus ou moins bons. Plus bas, les autres affluents de gauche, la BUoîie et le Verdon^ descendent des Alpes de Provence et sont séparés de la grande chaîne des Alpes par les vallées du Var et de la Tinée. La direction de la Bléone etr du Verdon oblige à franchir plusieurs chaînes pour se rendre de la Haute-Durance à la Méditerranée et isole le théâtre d'opérations du littoral.
Les principales positions de barrage de la vallée de la Durance sont :
1<» Le défilé que franchit la rivière à hauteur de Briançon et qui, comme nous le verrons, est renforcé par de nombreux ouvrages de fortification;
2^ Le passage de Pertuis-Rostan à la hauteur de Queyrières; c'est un défilé fort étroit qui fut retranché en 1587 par les Briançonnais pour rJ^sisler aux troupes de Lesdiguières ;
3* La position du Pallon entre le vallon de VArgentière et celui de Freissinières; elle fut occupée par Catinat en 1692 ainsi que les cols des Ayes el iVIzouard pour couvrir Briançon, les Piémontais ayant pénétré par les cols de TArgentière;
4<> Le plateau de Réotier et la position de Mont-Dauphin; le duc de Savoie l'occupa en 1692 pour couvrir le siège d'Embrun contre Catinat qui était au Pallon ;
5<> Le défilé entre Saint-Clément et Châteauroux ;
6^ L'encaissement qui existe au débouché de l'Ubaye à la Bréole;
l"" La cluse de Sisteron ;
GHAI»ITR£ IX. — VALLEE DE LA DÛRANGE, ETC. âi9
8*" Le défilé de Mirabeau entre les rochers de Cante-Perdrix.
Les hauteurs qui bordent la vallée sont escarpées surtout dans la partie supérieure ; les gués sont nombreux sur tout le cours de la rivière excepté après la fonte des neiges ou après les grandes pluies.
Au nord du massif de Peivoux, il n*y a que la route du Lautaret qui mette la Haute-Durance en communicalion avec Grenoble; au sud-ouest du môme massif plusieurs routes carrossables mettent la Durance en relation avec TI- >ère, avec la Drôme et avec le Rhône, ce sont :
1^ La route de Gap à Grenoble qui franchit au col Bayard (1,240<"}, aussi appelé col de Saint-Guignes ou col de Saint-Bonnet, la grande dépression qui sépare le Pelvoux et le Devoluy ; ce plateau de Saint-Guignes était jadis traversé par une voie romaine; la route actuelle débouche dans le Champsaur ou haute vallée du Drac, jadis célèbre par ses belles cultures avant qu'elle n'ait été ruinée par les déboisements et les inondations du Drac ; la meilleure position pour barrer vers le nord rentrée ou le débouché du Champsaur est celle du Pas d*Aspres en avant de Corps, mais ce dernier défilé peut être tourné par la route du col du Noyer (1,654™) qui conduit de Saint-Bonnet à Corps par Saint -Élienne-en' De voluy ;
2p Le chemin de Veynes à Corps par le col d'Agnières, de la Cluse ou du Festre (1,438") qui s'ouvre à Test de VObiou, la plus haute montagne du Devoluy (2,793™);
3"" La route de Sisteron à Grenoble par le col de la Croix-Haute (1,190"'), elle est doublée d*un chemin de fer qui s*embrancho à Veynes sur la ligne de la Durance ;
4<» La route de Lus-la-Croix-Haute à Die par le col de Grimone (1,325™) ; une route carrossable réunit Châtillon à C telles par les cols de Menée (1,466"') et duPrayet et se prolonge jusqu'à la Mure dans la vallée du Drac, c'est une transversale qui réunit les trois routes précédentes à travers le Devoluy ;
o« La route de Lus-la-Croix-Haute à Lnc-en-Diois par la montagne de ToQssière ;
B*) I^ route de Sisteron ou de Gap à Die par Aspres et le col de Cabre (1,180"); deux autres chemins suivent la même direction et passent au sud (iu col de Cabre, l'un de Saint-Pierre-d^Argençon à Valdrôme^ l'autre de Serres à Yaldrôme;
> La route de Gap à Pont-Saint-Esprit par Serres, le col de Palluel (819'") et Syons;
8*> La route de Lagrand à Rosans sur la route précédente ;
9«La route de Lagrand à Carpentras par le col de Perthy (1,304"») él le Buis;
10*» La route de Sisteron au Buis par le Col (974") ;
l^ La roule de Sisteron à Sault par le col de Macuègne (1,197*°)*
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Au-dessous de Sisteron, la vallée u'est plus resserrée entre les inontagneH et les routes deviennent plus nombreuses encore.
La vallée de la Durance au-dessus de Sisleron comprend le Briançonnais, VEmbrunols et le Gapençois; la vallée du Guil forme le Qmyras^ la vallée de rUbaye est aussi désignée sous le nom de vallée de Barcelonnette.
La grande voie de communication entre la vallée de la Durance et ritalif est celle du Mont-Genèvre, nous allons la décrire, puis nous étudierons le^ vallées italiennes où elle conduit et nous nous occuperons de la défense du Briançonnais et du Queyras. Nous suivrons le môme ordre dans la descriplion des vallées de TUbaye et de la Stura et dans l'étude de la comraunicfllion du col de TArgentière. Enfin nous enumérerons les routes qui mettent en relation le bassin de Gap avec la Bléone, le Verdon et la côte de la Méditerranée.
Route du Mont-Genèvre. — Le Mont-Genèvre est le meilleur passage des Alpes et le plus ouvert ; il existe dans le voisinage du col d'autreî^ chemins qui traversent des plateaux gazonnés et qui peuvent être rendus très facilement praticables aux voitures de Tarlillerie; ce sont ceux du col de Gimont et du col de Bousson qui font communiquer la vallée de la Corveyrette avec le versant italien du Mont-Genèvre. Le col a une altitude do 1,854 mètres, il est parfaitement garanti des vents du nord, des tourmentes de neige et des avalanches; au point le plus élevé se trouve un village, celui de Mont-Genèvre» Presque tous les conquérants de Tltalie et des Gaules oni fait passer leurs armées par ce passage. On pense que c'est cette voie que suivait César pour se rendre de Rome à Genève, il mettait 8 jours pour faire ce trajet; à celte époque, la route de la Romanche suivait les plateaux pour éviter les gorges et était fort difficile. La route actuelle du Mont-Genèvre date de 1802, elle a été construite, sous la direction du préfet Ladoucelte, par les paysans briançonnais et par les soldats de la garnison de Briançon. Elle fait sur le versant italien entre Clavières cl Césanne un lacet où elle longe un profond précipice et où elle pourrait facilement être interceptée; c'est à peu près à cet endroit, au-dessous de Clavières, qu'au siècle dernier on établissait des barricades sur l'ancienne route pour l'intercepter. Le col du Mont-Genèvre étant très large ne peut être défendu que par un gros corp> de troupes, de plus il faut aussi occuper les passages voisins qui le tournent ou qui en facilitent l'accès : cols de Gimont, de Bousson et autres.
Nos armées pénétrèrent souvent en Italie par le Mont-Genèvre à cause de la facilité du passage et parce qu'anciennement la Savoie, le comté de Nice et la vallée de Barcelonnette n'appartenaient pas à la France, tandis que. sur le revers du Mont-Genèvre, les vallées d'Oulx (Dora Riparia) et de Pragelas (Clusone) rt^ient françaises, comme fiefs du Dauphiné.