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33(1 LIVtlË II. — LÀ FRANCE. — l'HONTIÉlLËS DE TERtlE.

muletier qui quitte à Mtironnes la route de TÂrgenlière, franchit au col de M irandol (2,461™) le contrefort entre l'Ubayette et l'Ubaye et aboutit à Saint- Paul; 2** au sud, par les sentiers qui viennent de la Tinée. Pour éviter ce dernier inconvénient, le général de Rivières avait songé à construire un nouvel ouvrage au-dessus de Jausiers, à un étranglement de la vallée, de manière à maîtriser la route qui remonte TUbaye et par suite toutes les communications venant de la Tinée ou du Var ; mais, après des études plus complètes, il renonça à élever en ce point un ouvrage permanent.

Le fort de Tournoux se compose de deux parties : 1® les batUrUs cavernes^ qui enfilent la route venant du col de TArgentière et qui sont bien abritées ; 2<^ la partie haute adossée au rocher, qui peut être canonnée des hauteurs boisées de la rive gauche, où on arrive à Tabri. On améliorera le fort en créant une batterie supérieure^ puis on perfectionnera les communications de manière à favoriser la défense mobile ; ces derniers travaux consisteront : 1° en une route directe du col de Yarsau fort super leur y de laquelle on dominera la route actuelle et les lacets de la descente du col de Mirandol; 2® en une route qui reliera le fort à la vallée de la Durance par le col de Parpaillon; 3° en une route allant de la Condamine au plateau qui domine Jausiers,

A Tautre extrémité de la vallée de TUbaye, le fort Saint- Vincent a été construit à une époque où la vallée de Barcolonnette appartenait au Piémont, pour s'opposer aux incursions de rennemi ; il domine toutes les communications qui débouchent de la vallée et ne pourrait être tourné par des chemins muletiers qu'à très grande distance; il est susceptible d'une forte action en aval vers Pontis et la Bréolo, mais il est trop petit. Il occupe le point culminant d'une barre de rochers qui s'avance vers l'Ubaye, mais au sud il est dominé par les hauteurs de Pioussour, qui forment une croupe descendant du signal de Colbas (2,510'°]. On doit l'améliorer; pour le moment on construit : 1® une redoute sur le mamelon du Chaudon, situé entre le fort et les hauteurs de Pioussour; 2** une caserne défensive surmontée d'un parapet entre le fort et la redoute. En avant, c'est-à-dire à Test, on pourrait d'abord défendre une combe qui coupe la vallée de l'Ubaye à un endroit où elle est fort étroite en aval du Lauzet; cette combe rocheuse prend naissance au signal de Colbas et se prolonge sur la rive droite de l'Ubaye par un ravin profond qui descend d'un plateau où se trouve le petit hameau du Vallon; pour facihter cette défense, il faudrait créer des chemins permettant d'amener de l'artillerie à Champcontiei* et à AHemandeysse, sur les plateaux qui dominent cette combe à l'ouest.

L'ancienne place de Seyne, située au pied du versant sud des montagnes qui séparent le débouché de l'Ubaye de la Blanche, était destinée à barrer la roule de Saint-Vincent à Digne et de Gap à Digne par le col de Labourti.

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elle était incapable de résister au canon, n*avait plus aucun but et a été déclassée.

Vallées de la Vraïta, de la Malra et de la Stnra. — Sur le

versant oriental de la chaîne qui limite à Test la haute vallée de TUbaye prennent naissance la Vraïta, la Maîra et la Stnra, affluents du Pô. Ces trois vallées italiennes ne sont pas isolées, elles communiquent au pied même des Alpes par un sentier muletier qui part de Castel-Delfino sur la Vraïta, passe au col délia Bicocca (2,230""), descend à Prazzo sur la Maïra, remonte la vallée de la Marmara et aboutit sur la Stura, soit à Sambucco par le col de tIncocciOy soit à Vinadio par le col del Mulo, Ce sentier, qui pourrait être facilement rendu praticable à l'artillerie, établit une liaison entre les troupes qui opèrent dans les trois vallées et forme une ligne de navette d'où on surveille tous les sentiers qui franchissent la chaîne entre le Mont-Viso et la vallée de la Tinée. C'est sur cette ligne que le roi de Piémont établissait jadis, et que les Italiens rétabliraient aujourd'hui en cas de besoin, les fortifications" destinées à nous barrer les vallées. La ligue s'appuyait au nord à un château fort^ qui se trouvait au confluent des ruisseaux du col Valante et du val Chianale ; au centre il existe au-dessous de Prazzo un resserrement de la vallée de la Maïra qui forme une bonne position d'arrêt; au sud la vallée de la Stura était barrée au défilé des Barricades, en arrière de Berzezio. En ce dernier endroit, la Stura mugit au fond d'un gouffre et, entre des escarpements rocheux d'une hauteur prodigieuse, on y avait établi des retranchements qui ont été le théâtre de combats terribles; ils pouvaient être abordés ou môme tournés par des chemins muletiers venant de la Maïra et de la Tinée.

Le col del Hulo se trouve à la naissance de quatre petits vallons piémontais, celui de la Marmara au nord, celui de la Grana à l'est, celui delCArma au sud-est et celui de la Madanna au sud; c'est un point stratégique très important qui domine toute la contrée ; jadis il était occupé par des ouvrages de fortification que les Itahens ont l'intention de relever aujourd'hui.

La route du col de TArgentière se joint à Borgo-San-Dalmazzo, un peu en amont de Coni, à celle du col de Tende. Ces deux grandes routes qui viennent déboucher sur la Stura, et les nombreux passages secondaires qui font communiquer cette rivière avec la Tinée et avec la Vésubie, donnent à sa vallée une très grande importance stratégique.

L'offensive d'une armée française par la vallée de la Stura se ferait dans (les conditions assez favorables malgré la longueur du défilé que suit celte rivière, parce que des passages secondaires faciles et nombreux permettent de menacer en flanc les Hgnes de défense que l'ennemi peut occuper, et parce que de plus on peut l'attaquer sur les deux fronts par les routes de Gêoyraphic. — l'^ partie, 82

rArgeiitière et de Tende; c'est là un incoiivénieut que présente toujours la défense des vallées parallèles aux crêtes. Goni aujourd'hui n'est plus forliliée, elle a été démantelée à la suite de la campagne de 1800; mais les Italiens élèvent un fort à San-Dalmazzo di Tende sur la Roya, près de la frontière, pour maîtriser le défilé où passe la route de Nice à Goni, et, sur li route de TArgenlière, le fort de Vinadio a remplacé Tancicnne forteresse de Démonte^ située plus bas au débouché du torrent deU'Arma et détruite en 1797.

Les ouvrages de Vinadio ont été connnencés en 1837, on y travailla jusqu'en 1850; ils sont restés inachevés, mais les travaux ont et j repris et terminés dans ces dernières années. Ils se composent de trois fronts bastionnés tournés vers Tamont et barrant la vallée du côté de la France ; ces fronts sont formés par des murailles à deux étages de feux et aucun point ne doit être laissé à ciel ouvert à cause de la difficulté du défilement. I^a ville n'est pas entourée de fortifications du côté du sud et on pourrait y entrer après l'avoir tournée par des sentiers muletiers qui franchissent les montagnes au nord et au sud; ainsi un sentier pai'tant de Sambucco conduit par le col de Naraitza sur des jjlateaux qui dominent Vinadio au nord et d'où on peut prendre la forteresse ù revers; c'est pour parer à ce danger que les Italiens constiniiseut un ouvrage sur ces hauteurs au- dessus de la ville. L'ancien fort de Démonte, qui couronnait un mamelon escarpé au centre de la vallée, était mieux situé et pouvait être moins facilement tourné par les sentiers latéraux.

Dans la vallée de la Stura, débouchent à Vinadio ou en amont de ce fort les sentiers qui viennent de la Tinée par le col de Pourriac, par le col de Fer, par le Colla Lunga, par le col de Santa-Anna et par le col della Lombarda. Un autre sentier nmletier venant également de la Tinée descend par le col de Frema Morta aux bains de Valdiéri dans la vallée du Gesso, il s'y r/*unit au sentier qui passe au col de Cérèse (2,564'") et qui vient de Sainl- MarUn-'de-Leatosiiue sur la Vésiibie, Enfin un très bon sentier muletier passe à la j)rofonde découpure du col de Fenêtre (2,500'") et fait conmmniquer Saint:\Jarliii de-Lenlosffue avec le village de Valdiéri en suivant une autre des branches du Gesso. Une bonne route réunit Valdiéri à Horgo- San-Dalmazzo. Valdiéri est un point stratégique important qui commande la réunion de nombreux sentiers muletiers.

Vallée» de la Bléonc et du Verdon. — SiMteroii. — Les vallées de la Bléone et du Verdon font déjà partie du théâtre d'opérations du littoral, car elles sont limitées au nord par des montagnes fort élevées qm les séparent de l'Ubaye et de la Durance et à travers lesquelles les connnunications sont rares et difficiles, tandis (pie les monta^^nes qui les sépareni de la Méditerranée sont moins hautes et que les routes carrossables y sont plus nombreuses.

GHA1>ITRE IX. — VALLÉE ht LA BURANCE, ETC. d39

La chaîne qui sépare le bassin de Digne de celui de Gap, se termine sur la Durance en face des montages du Lure ; en ce point, e.xisle une cluse qui ferme complètement la vallée et où se trouve la petite place de Sisteron *. Celle forteresse interdit le passage à toute armée qui, maîtresse de la vallée de la Durance, voudrait se diriger vers la Provence pour se joindre à une armée ayant pénétré par le comté de Nice; inversement elle barre la route à une armée venant de la Provence vers le Dauphiné; mais, dans un cas comme dans l'autre, elle peut êlre évitée par la route du col de Labouret, Sa citadelle, à cheval sur une arête rocheuse qui coupe transversalement la vallée, est très forte et bien située.

Les seules routes carrossables qui donnent accès dans le bassin de Digue, sont :

i^ Celle du col de Labouret (1,212"), qui vient de Barcelonnette ou de Gap par Seyne ;

2^ Celle de Gap à Digne par Sislerotif qui descend la Durance jusqu'à son confluent avec la Bléone et remonte ce dernier cours d'eau, elle est doublée d'un chemin de fer ;

3° Celle de Digne à Gréoxix^ au confluent de la Durance et du Verdon, par Mézel;

¥ Celle de Digne à Toulon, par Mézel, Riez et Brignollcs;

5** Celle de Digne à Castellane, par Barrème, et de là soit a Draguignan^ soit à Antibes, soit à Cousegoulrs, soit à Entrevaux;

6° Celle de Digne à Entrevaux par Saint-André-de-Méouilles (Verdon);

7" Celle de Digne à Colmars, qui franchit les montagnes du Cheval-Blanc aux cols de la Cine (1,510") et de Séoune; elle atteint le Verdon à Thorame- Haute, et, de ce dernier point, une route conduit à Entrevaux (Var) par Ànnot (Vaire).

Dans la vallée du Verdon, le chemin muletier du col d'Allos se prolonge au sud d'Allos par une route carrossable qui rejoint à Castellane la grande route d'Antibes.

Les petites places de Colmars sur le Verdon et d'Entrevauz sur le Var sont destinées à faciUter les communications entre le corps chargé de la défense de la vallée de la Durance et celui qui serait posté sur le Var; elles ont été conservées jusqu'à présent malgré leur mauvais état et leur peu de valeur. La première maîtrise le chemin qui vient du col d'Allos, chemin qui permet de se porter rapidement de la vallée de Barcelonnette à Toulon; de plus, elle sert d'appui aux troupes chargées de surveiller les nombreux chemins muletiers du haut Var, c'est-à-dire qui viennent de Guillaumes, ville que nous avions perdue en 1713 et qui nous a fait retour avec le comté de Nice en 1860. La seconde est destinée à masquer la vallée du Var et à

1, Consulter la carte IH.

maîtriser la route qui remonte cette rivière et qui conduit sur le VerdoD à Castellane.

OPÉRATIOiNS MILITAIRES DANS LES ALPES FRANÇAISES.

Pour compléter l'étude que nous venons de faire de la frontière des Alpes et pour faire ressortir l'importance, au point de vue militaire, des diverses positions que nous avons signalées, il nous reste à analyser rapidement le:» principales opérations militaires dont cette frontière a été le théâtre.

Les plus remarquables sont celles de Lcsdiguières à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle, celles de la guerre de la Succeision d'Espagne de 1708 à 1712, celles de 1793, puis celles qui ne furent qu'ébauchées en 1815.

Guerre de la Saccessioii d'Espan^ne. — Après cette funeste bataille de Turin (septembre 1706), qui nous lit perdre en un jour toute l'Italie, nous dûmes repasser les Alpes et défendre notre propre frontière attaquée en 1707 sur le Var et en Provence, puis les années suivantes par la vallée de l'Isère ou par celle de la Durance.

De 1707 à 1712, on se tint sur la défensive sur la frontière des Alpes, et il fallut couvrir avec des troupes peu nombreuses tout le terrain compris entre le fort de l'Écluse et l'embouchure du Var.

Dans l'année 1708, le maréchal de Villars, chargé de cette défense, ne connaissant pas le pays et peu habitué à la guerre de montagnes, laissa prendre par une fausse manœuvre Exilles et Fenestrelle, qui ne nous fureut jamais rendus. L'armée ennemie marchait même sur Briançon, qu'elle espérait bien nous enlever; mais le maréchal, par une marche rapide, soutenue même pendant la nuit à la lueur des torches et des bûchers allumés sur le^^ montagnes, arriva au col de BufTère, au-dessus de Monestier, au momeul où l'avant-garde ennemie gravissait la pente opposée et sauva ainsi l'importante place de Briançon.

L'année suivante, le maréchal de Berwick fut nommé au commandement de l'armée chargée de défendre la frontière du Piémont; il disposait de 84 bataillons de 400 à 500 hommes et de 30 escadrons de 120 hommes chacun. Son premier soin fut de parcourir et d'étudier le pays, d'assurer l'approvisionnement des troupes et des magasins; puis, ayant à couvrir une ligne longue de 60 lieues à travers les Alpes avec si peu de monde, il dut chercher une position d'où il pût prévenir l'ennemi partout. Voici, du reste, comment le maréchal résume dans ses mémoires les dispositions qu'il prit:

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