CHAPITRE I«^ — GRANDES DIVISIONS DE LÀ GÉOGRAPHIE
Uétude des climats est du reste intimement liée à la connaissance de la géologie et du relief du sol.
2^ Ciéolofl^e. — Dans la description de la terre, il n'est pas possible de décrire chacun des faits topographiques isolément et sans aucun lien entre eux, il serait fastidieux d'en faire une simple énumération du nord au sud ou de Touest à Test. On cherche donc à rattacher les faits à des idées générales et, pour trouver ces idées, on remonte jusqu'aux causes des phénomènes. C'est ainsi que la géologie peut servir de base aux études géographiques, et qu'à l'altitude, au voisinage ou à l'éloignement de l'Océan, a la direction des vents, à la distance du pôle ou de l'équateur vient s'ajouter la nature du sol pour former la province géographique.
C'est Élie de Beaumont, dans son bel ouvrage intitulé : Description de la carte géologique de France, qui le premier a montré les rapports de la géologie et de la géographie , et a fait voir le parti qu'on pouvait tirer des cartes géologiques pour la description d'ensemble d'une contrée. Malheureusement, ces cartes si répandues à l'étranger le sont encore bien peu chez nous.
La géologie indique les joints des assises qui composent chaque élément de la surface terrestre, assises qui primitivement étaient horizontales et qui ont été relevées, amenées au jour, par les bouleversements successifs qui ont formé les montagnes et les principaux accidents du sol. Ainsi la géologie fait assister au modelé de la croûte terrestre et fait saisir le plan général du dessin ; de la nature du sol dépendent la fertilité et la viabilité d'une contrée, c'est elle aussi qui fixe les matériaux employés dans les constructions des habitations, enfin elle a une très grande influence sur les mœurs des habitants et sur l'histoire des peuples; mais il ne faut pas aller si loin que certains auteurs qui veulent tout rattacher à la géologie et qui en font la clef de l'histoire. Un célèbre géographe allemand, Daniel, qui, après Elie de Beaumont, a basé sur la géologie l'étude de la géographie et dont les ouvrages, devenus classiques en Allemagne, en sont à leur vingtcinquième édition, sans avoir pénétré en France, va beaucoup trop loin quand il dit : « La guerre qui domine l'histoire, est le soulèvement des » peuples à la recherche de leur équilibre de juxtaposition, et c'est de celte » recherche que sont sorties les combinaisons stratégiques qui instinctive- » ment et par la seule force des choses se sont coordonnées aux joints des 9 assises terrestres, b Et autre part, le même géographe, patriote classique par excellence, basant ses prétentions non plus seulement sur une soi-disant communauté de langage, d'idées et d'histoire, dont il fait bon marché, mais sur la constitution, l'enchevêtrement et la convenance générale des terrains, réclamait déjà avant la guerre de 1870 l'annexion de l'Alsace et de la Lor-
6 LIVRE I•^ — CÉNiRALITÉS.
raine à la pairie allemande et réclame encore la Suisse, la Belgique, la Hollande. C'est tirer des conséquences complètement fausses de faits parfaitement vrais, c'est vouloir justifler les plus grosses iniquités par des raisons qui n'ont aucune valeur.
Souvent les localités où se sont livrées de grandes batailles, sont situées aux joints des assises terrestres; il n'y a rien d'étonnant à cela, car si les joints des assises terrestres ont limité les échiquiers stratégiques, s'ils ont été le théâtre de nombreux combats, c'est qu'ils correspondent à des accidents de terrain ayant une grande valeur au point de vue stratégique ou tactique. On peut donc dire que, si ce n'est la pas géologie elle-même qui influe sur les combinaisons de la guerre, elle intervient pourtant indirectement par le relief, par le modelé de la croûte terrestre qu'elle explique.
On a fait remarquer depuis longtemps les rapports qui existent entre la nature du sol et le caractère, les mœurs des habitants; un canton granitique n'a pas l'aspect d'un canton calcaire ou crayeux. Le type du visage, la manière d'être, le genre d'esprit, la tournure de langage diffèrent chez le Breton, chez le Champenois ou chez l'habitant de la vallée de la Garonne. La différence est encore plus grande entre les habitants des fertiles vallées de l'Italie et de la Grèce depuis si longtemps civilisées et les peuplades barbares des plaines sablonneuses de l'Afrique ou du Turkestan. Tous les peuples sont donc sous l'influence du sol et en général de la nature, mais il ne faut pas exagérer cette action, car alors on tomberait inévitablement dans un fatalisme qui assimilerait le caractère, la civilisation de chaque peuple à une sorte de végétation propre à chaque sol. Il faut sans doute tenir compte de la nature, des causes physiques, c'est la part de la fatalité; mais il faut aussi tenir compte de l'homme, des causes morales, c'est la part de la liberté.
La géologie possède le secret de la richesse agricole et de la richesse minérale; ainsi sur une carte géologique, les cercles concentriques du bassin de Paris font comprendre aisément non seulement le système des montagnes et des eaux, mais aussi la variété des cultures. Suivant la contexture de la surface du terrain et la qualité du sous-sol, les divers pays sont féconds ou stériles, favorables à telle ou telle culture, à telle ou telle nature de bois. C'est pour cela que dans nos campagnes les noms de pays tels que la Beauce, la Brie, la Sologne, la Limagne, se sont conservés, bien qu'ils ne correspondent pas et n'aient même jamais correspondu à des divisions administratives; ils sont fondés sur la nature dos cultures, qui sont elles-mêmes une conséquence de la nature du sol. Ainsi les terrains granitiques de la Bretagne et du massif central de la France produisent le seigle et le sarrasin; les terrains tertiaires du bassin parisien, de la Flandre, de la vall(^e de la Garonne, de la vallée de la Saône sont fertiles on céréales ; la