CHAPITRE I''. - GRANDES DIVISIONS DE LA GÉOGRAPHIE
Limagne, un des riches jardins de la France auprès des arides pâturages de l'Auvergne, est une vallée de terrain tertiaire enrichie de débris volcaniques. A chaque pays, d'après la nature des sous-roches, correspondent également des minéraux spéciaux : tantôt la pierre et le plâtre sont très abondants comme au centre du bassin parisien et permettent d'élever les solides constructions qui font Tornement de la capitale; tantôt c'est la houille qui fait la richesse d'une contrée, elle se rencontre sur la lisière du terrain de transition comme cela a lieu autour du massif des Ardennes, ou dans le voisinage des terrains primitifs comme cela se produit autour du massif cen*. tral de la France.
3* Oroipraphle. — Non seulement les considérations géologiques expliquent la formation des chaînes de montagnes, mais encore elles facilitent rétude et l'intelligence de l'orographie et de la topographie. Les Alpes apparaissent alors comme le centre des derniers et des plus importants soulèvements qui ont dessiné le relief de nos contrées.
En considérant l'ensemble de l'Europe, on remarque que les pentes méridionales de cette immense chaîne des Alpes, qui tombent dans la vallée do Pô et sur le golfe de Gênes, sont beaucoup plus rapides que les pentes du nord et de l'ouest qui s'étendent au loin en formant de nombreux contreforts. Au nord, on voit ensuite le relèvement général des plateaux de la Suisse, de la Souabe et de la Bavière, puis les massifs des hauteurs médiocres qui séparent les eaux des mers du nord des eaux des mers du sud, et enfin une inclinaison continue jusqu'à la plaine de la Basse-Allemagne, plaine basse qui s'étend jusqu'à la mer du Nord et jusqu'à la Baltique. Au delà cette plaine se continue encore sous les flots et, au lieu des grandes profondeurs qu'on trouve sous les eaux de la Méditerranée le long du golfe de Gênes, on a une mer sans profondeur, semée de bancs de sables. Ainsi donc : pentes très raides vers le sud et plateaux se prolongeant en pentes douces vers le nord.
En Asie, on retrouve la môme configuration générale, due sans doute aux mêmes causes : un vaste plateau, soutenu par les plus hautes montagnes de la terre, tombe brusquement au sud dans la plaine du Gange et descend d'étage en étage vers le nord jusqu'à la plaine glacée de la Sibérie. C'est de ce plateau, séjour des peuples nomades, pépinière d'envahisseurs que se sont précipitées tant de fois les hordes dévastatrices et conquérantes en suivant la pente des terres et le cours des eaux vers les quatre côtés de l'horizon, ce qui nous montre déjà les relations qui existent entre la configuration du sol et la marche des migrations.
Les montagnes n'apparaissent donc plus comme des chaînes continues séparant les eaux de deux mers ou limitant les bassins de deux fleuves*
ainsi il ne faut pas se figurer que la Russie soit traversée par une longue chaîne fantastique imaginée pour partager les eaux de la Baltique et celles de la mer Noire; on y trouve des marais, quelques plateaux fangeux qui n'excèdent pas 300 mètres, et on ne voit en somme qu'une immense plaine continue, où rien n'arrête le souffle glacé des vents et la marche des invasions. De même, l'Espagne n'est qu'un vaste plateau coupé de chaînes allant de Touest à l'est et non pas du nord au sud comme on le figure sur certaines caries.
L'absence de ligne de faîte entre deux bassins n'est pas aussi rare qu'on pourrait le croire : ainsi, dans l'Amérique du Nord, les bassins supérieurs du Mississipi, de la Rivière Rouge et du Saint-Laurent, ne forment qu'une seule plaine unie et ne sont séparés par aucune ligne de faîte accusée, si bien qu'à l'époque des pluies, quelques-uns des petits lacs si nombreux sur le sol imperméable du Minnesota laissent indifféremment couler leurs eaux vers les glaces polaires par la Rivière Rouge, vers le Saint-Laurent par le lac Supérieur ou vers les tropique;^ par le Mississipi. De même, dans l'Amérique du Sud, le vaste bassin de TAmazone n'est limité au nord et au sud par aucune barrière montagneuse : au pied de la Cordillère des Andes où ce grand fleuve prend sa source, règne une vaste plaine basse, marécageuse, couverte de forêts, qui fait communiquer le bassin de l'Amazone avec celui de l'Orénoque au nord, avec celui de la Plata au sud, en sorte qu'une grande route naturelle existe au nord par le Casiquiare entre le Rio-Negro, affluent de gauche de l'Amazone, et l'Orénoque, et qu'au sud il serait facile de faire communiquer le Rio-Madeira avec le Paraguay. Après avoir traversé cette immense plaine, le fleuve des Amazones coule sur des terrains d'alluvions entre deux massifs granitiques : le plateau des Guyanes au nord et le plateau du Brésil au sud. On verra qu*en Europe la grande ligne de partage des eaux est loin de présenter une masse continue et que souvent elle s'efface entièrement. Dans la grande plaine de la Russie et en Espagne, sur le plateau des Castilles, les fleuves courant vers des mers différentes ont des sources qui se confondent presque. En Italie, le bassin de l'Arno n'est pas séparé de celui du Tibre par un obstacle bien marqué, puisque la Chiana, qui appartenait autrefois exclusivement à ce dernier bassin, est aujourd'hui un affluent de l'Arno.
4* Hydroipraphie. — L'hydrographie, l'étude des eaux, des fleuves, des mers a déjà été préparée et expliquée par la météorologie, la géologie, l'orographie, car l'eau est fournie par les pluies ou les neiges, elle s'infiltre ou reste h la surface du sol suivant la nature du terrain, elle obéit comme toute matière à la pesanteur et descend les pentes en contournant ou détruisant les obstacles. Par conséquent, celui qui sait bien le régime des