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35t LIVRE II. — LA FRANGE. — FRONTIÈRES DE TERRÉ.
le torrent grossit subitement; heureusement pour lui, l'ennemi ne profita pas de cette circonstance.
Napoléon disait que pour faire du Var un obstacle de quelque valeur, il faudrait construire à Tembouchure un fort protégeant un barrage qui permît de retenir les eaux, de détruire les gués et de créer des inondations. « Il est si fou et si gueux, dit Vauban {Oisivetés), que le profit qu'on en pourrait espérer n'égalerait pas la centième partie de la dépense qu'il y faudrait faire. » Pourtant cette ligne qui n*a que peu de longueur entre les montagnes du cours supérieur et la mer, semble assez forte contre une attaque venant du côté de l'Italie. Les collines de la rive droite dominent constamment celles de la rive gauche à bonne portée du canon, et, en 1800, le général Suchet défendit le Var avec succès contre toutes les attaques dé Mêlas qui, après avoir coupé notre armée en deux et avoir investi Gênes, cherchait à pénétrer en France, pendant que Bonaparte préparait son grand mouvement tournant de Marengo.
Deux faits sont dignes de remarque dans cette défense du Var. C'est d'abord l'audace avec laquelle Suchet sut conserver une tête de pont sur la rive gauche, bien que le Var eût en ce point une largeur de 700 mètres et qu'on ne pût communiquer d'une rive à Tautre que par un pont de bois pouvant à chaque instant être enlevé par une crue ; puis ensuite qu'on lit en cette circonstance usage pour la première fois du télégraphe nouvellement inventé; on avait installé un appareil sur le fort Montalban qui domine Nice et qui était resté en notre pouvoir ainsi que cette place, et, au moyen de signaux partis de ce point, le général Suchet était continuellement averti des mouvements des Autrichiens.
La Tinée prolonge vers le nord et en ligne droite la ligne de défense formée par le cours inférieur du Var. Les hautes vallées du Var et de ses deux principaux affluents, la Tinée et la Vésubie, sont très resserrées et très encaissées, souvent ces torrents coulent au fond de dus entre des rochers élevés et escarpés. Toutes les voies de communication du haut Var ou de ses affluents ne sont que des sentiers. Ces hautes vallées peuvent donc être disputées pied à pied et sont d'une défense facile. On a commencé la construction d'une route qui doit joindre Nice à Barcelonnelle en remontant le cours de la Tinée, en franchissant le col de la Moutière pour descendre dans la vallée du Bachelard et en traversant le col de Fours pour descendre à Barcelonnette, mais elle s'arrête aujourd'hui à Saint-Étienne.
La haute vallée du Var communique avec le Verdon par cinq cols où passent des sentiers; le meilleur et le plus ouvert de ces passages est celui de Champ qui conduit à Colmars, mauvaise place qui surveillait cette partie de l'ancienne frontière. L'arête de la chaîne qui sépare le Yar de la Tinée, est fort élevée et toute hérissée de rochers; elle n'est franchie que par de raau-
6flAt»ïTR£ i, — i^IGÊ ET LES ALPEè MARITIMES ÈSA
vais sentiers; pourtant celui du col de Robion entre Saint -Sauveur et Gnillaumes est praticable aux mulets. Les communications entre la Tinée et la Vésubie se font également par plusieurs sentiers muletiers qui réunissent Saint'Sauveur à Saint-Martin-Lantosque et qui passent au col de Saiiit*Dal« mas ou au col de Salèze; ce dernier est en Italie.
Rappelons que la haute vallée de la Tinée communique avec la Slura^ par plusieurs sentiers qui passent aux cols de Pourriac, de Fer, de CoUalunga, de Santa-Anna, délia Lombarda et de Fremamorta. Les sentiers des cols de Cerèse et de Fenôti^e mettent la Vésubie en communication avec la 5<ura par la vallée du Gcsso. Ce dernier peut être facilement rendu praticable aux voitures, il rejoint à San-Dalmaszo les roules des cols de TArgcntière et de Tende et permet par suite de tourner le fort de Vinadio, la position de Démonte et le fort que les Italiens ont commencé au sud de Tende. Tous ces passages peuvent servir à des corps légers pour pénétrer dans la haute vallée du Var, pour menacer la route de Provence et pour tourner les défenses que nous avons dans la vallée de Barcelonnelte et sur le littoral; ainsi, en 1794, le sentier du col de Cerèse fut suivi par toute une division autrichienne qui pénétra jusqu'à Gillette sur le bas Var. Inversement, ils nous donnent des actions de flanc sur la route de TArgentière ; par suite, do petites colonnes françaises qui les utiliseraient, feraient tomber toi tes les positions de la vallée de la Slura et favoriseraient le débouché par le col de l'Argentière. Les sentiers des cols de Fremamorta, de Cerèse et de Fenêtre qui échappent complètement à Faction de Vinadio et qui descendent dans la vallée du Gesso, seront surveillés par le fort que les Italiens projettent, dit-on, à Valdiéri, mais qui, peut-être, ne sera jamais construit.
Trmcé de la frontière aetuelle* — La frontière actuelle de la France et de ritalie suit encore à partir du mont de TEnchastraye la crête des Alpes jusqu'au pas de CoUalunga, elle s'abaisse ensuite vers le sud, longe pendant quelques kilomètres la Tinée et laisse à l'Italie toutes les hautes vallées du versant sud, elle se lient généralement sur la crête de contreforts parallèles à la chaîne principale et coupe les divers torrents qui viennent des Alpes ; elle franchit la Roya au-dessous de l'auberge de San-Dahnazzo qui est une station d'été pour les étrangers, suit la crête des montagnes qui entourent Saorgio, repasse sur la rive droite de la Roya au-dessus de Bre^ glio^ coupe la Bevera et vient finir sur la Méditerranée au pont Saint-Louis entre Menton et Yintimiglia. Nous n'avons donc que le cours moyen de la Roya, mais nous possédons les importantes positions de Saorgio et de Breglio.
Ce tracé correspond à la limite de l'ancien arrondissement de Nice, mais ce n'était pas celle du comté de Nice, c'est pour cela que ce dernier nom ne
(ir'ngrnphir. - l""'" pnriie, 23
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figure pas dans le traité d'annexion. La position naturelle de défense de lo comté est la crête supérieure des Alpes.
Au point de vue militaire, ce tracé anormal des conOns entre la France et ritalie ne donne pas à Fltalie des avantages bien marqués, car il ne lui laisse au delà de sa frontière naturelle que de hautes vallées resserréo> entre les rochers, n'ayant pas de communication latérale entre elles et n'ouvrant dans la chaîne que des cols difficiles, suivis par de simples sentiers. Le bassin de Tende seul a de l'importance parce qu'il est traversé par la grande route qui passe au col de ce nom et parce que les senliere du Tanaro, du Tanarello et de la Taggia viennent y déboucher.
Description du comté de IVice et des Alpes
Les Alpes Maritimes commencent, comme nous l'avons dit, au Mont-Viso. A partir du mont de l'Enchastraye, elles quittent la direction sud pour s incliner à l'est ; puis à partir de la source du Tanaro, les Alpes Liguriennes remontent vers le nord-est. Elles se rapprochent continuellement de la M»diteiTanée; ainsi, tandis que le col de Tende est à 40 kilomètres do la mer. la crùto des collines de Saint-Jacques au-dessus de Vado n'en est qu'à 7 kilomètres.
Ce» montagnes jusqu'au col de Nava ont un relief presque aussi consi<lrrable que celles de la Suisse ou de la Savoie et détachent des contreforts très élevés, les sommets ont de 2 à 3,000 mètres d'allilude et les cols atteignent presque 2,000 mètres; mais au Heu de ces hautes vallées, de ces plateaux étages qu'on voit dans les autres parties des Alpes, on trouve ici (li> pontes raides et souvent continues depuis le sommet jusqu'à la base.
Le relief de ces montagnes est d'autant plus sensible qu'elles bordent i.i mer; les différences de niveau de points voisins dans ce pays sont considtrâbles, ce qui rend les parcours extrêmement longs et pénibles.
Les hautes vallées du comté de Nice, celles qui sont le plus rapprocliét^ de la crête des Alpes, sont pauvres en ressources; les pentes rapides des montagnes ne sont recouvertes d'aucune végétation, car la terre végétale a été enlevée ; dès qu'on sort de Nice par la roule du col de Tende, on rencontre des collines de calcaire schisteux, affreusement ravinées et sans au* cune verdure, puis, quand on se trouve sur un de ces sommets qui avoisinent le col de Tende, on ne voit à perte de vue que des monts entièrenicnl dénudés dont les teintes uniformément grises ou blanchâtres sont fort monotones. Le peu de fertilité de ces montagnes contraste avec la riche véçrtation de la cote où poussent les palmiers, les orangers, les citronniers, qu'on ne rencontre qu'au sud de l'Espagne ou de l'Italie, et oii se trouvent les villes d'hiver célèbres de Nicty Monaco, Menton, Bordighera^ San-Remo.