CHAPITRE V^. — FORMATION DU TERRITOIRE. — TRACÉ DES FRONTIÈRES. C
lAgnem d'Iniraaion les plus probables en sapposant les neotralltés respectées. — On voit donc, d'après ce qui précode, que Ie> lignes d'invasion les plus probables, en supposant les neutralités de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse respectées, sont :
l"" Trois lignes partant de la frontière d'Allemagne :
La première se dirige de Thionville et de Metz directement sur Paris, en franchissant la Meuse, traversant ou contournant TArgonne, et arrivant sur la capitale par le secteur entre la Marne et TOise.
La deuxième, au sud de Metz, part du haut plateau de la Lorraine et de la Basse-Alsace, elle se dirige, soit sur Paris par le secteur entre la Marne et la Seine, soit sur la Loire à Orléans, pour couper la France en deux et isoler le grand camp retranché de Paris.
La troisième part de la Haute-Alsace par la trouée de Belfort et se dirige, rette place ayant été masquée, soit sur Paris par le plateau de Langres et la vallée de la Seine, soit sur la Loire moyenne par Dijon, soit encore sur Besançon et sur Lyon par la vallée de la Saône. Elle forme donc en réalité un groupe de trois lignes.
âo Deux lignes partant de la frontière des Alpes :
L*une pénètre en France par le Mont-Cenis, avec Lyon comme objectif, nubien elle se dirige sur Paris par la vallée de la Saône; Tarmée qui la suit peut se réunir sur la Saône à une armée allemande ayant pénétré par le col de Valdieu.
L'autre suit le littoral de la rivière de Gênes ou franchit les Alpes maritimes au col de Tende; elle aboutit à Toulon et à Marseille, nos deux grands ports de guerre et de commerce sur la Méditerranée.
3* Deux lignes partant de la frontière des Pyrénées :
L'une, traversant les nombreuses dépressions des Pyrénées orientales, a pour premier objectif Perpignan, et de là se dirige, soit sur Lyon par la vallée 'lu Rhône, soit sur Toulouse ; dans le premier cas, Tarmée qui la suit veut donnerla main à une armée italienne ou allemande, dans le second elle cherche à se réunir aux forces espagnoles ayant pénétré par les basses Pyrénées.
L'autre suit la grande route de Madrid à Paris, elle pénètre par Bayonne Pl se dirige soit sur Paris par Bordeaux, soit sur Toulouse oîi se ferait la réunion des deux armées espagnoles.
On voit que toutes ces grandes lignes d'invasion n'ont pas un objectif commun, et c'est là un grand avantage de la France au point de vue géographique et stratégique. Toutes les attaques ne convergent pas vers un même point, parce que le territoire est divisé en plusieurs grands bassins qui ne rayonnent pas vers le centre du pays. Ainsi, Lyon, en 1814, attira à lui une partie des forces alliées; et, si la défense avait pu se prolonger, si nous n'avions pas été à bout de ressources, cette ville aurait joué un rôle
très important en détournant plusieurs corps d*armée de Tobjectif décisif. D*autres pays sont moins favorisés : ainsi TAutriche, dont la puissance est assise sur un seul bassin, celui du Danube, ne présente aux agressions ennemies qu'un seul objectif, sur lequel viennent converger toutes les lignes d'invasion. Les routes venant du Rhin, de l'Italie et de la Bohême se réunissent à Vienne ; les campagnes de 1796, 1800, 1805, 1809, 1866, ont montré comment les ennemis de l'Autriche pouvaient tirer parti de cette situation.
lAgnem d'IiiTasIoit en snppoMuit les nentrmlltés violées. —
Si on suppose les neutralités violées, il faut ajouter aux lignes d'invasion énumérées précédemment, trois directions partant de la Belgique et du Luxem* bourg vers Paris, et trois autres partant de la Suisse.
Des trois lignes traversant la frontière belge :
La première a pour directrice la voie ferrée, Lille, Arras, Amiens, Paris; elle ne rencontre conune obstacle naturel que la vallée marécageuse de la Sonune.
La seconde, partant de Bruxelles et de Mons, passe à l'ouest des forêts des Ardennes et pénètre en France par la vallée de l'Oise; c'est en suivant cette direction que les Impériaux, aux seizième et dix-septième siècles, ont si souvent cherché à arriver jusqu'à Paris.
La troisième, partant de Trêves et de Luxembourg, au sud des forêts des Ardennes, se dirige sur Paris en franchissant la Meuse et l'Argonne, elle se confond avec la ligne partant de Thionville et de Metz dont nous avons déjà parlé.
Des trois lignes traversant la frontière suisse :
La première, partant de Bâle, se confond avec celle qui pénètre en France de la Haute-Alsace par la trouée de Belfort; c'est cette route que suivit l'armée de Bohême, en 1814, après avoir tourné par la Suisse notre barrière du Rhin.
La deuxième est formée parles routes qui, partant de Neuchâtel et du lac de Genève, franchissent la chaîne du Jura vers son milieu et aboutissent à la vallée de la Saône; de là, une armée peut marcher soit sur Lyon, soit sur Paris.
Enfin, la troisième, partant de Genève, se dirige sur Lyon par Nantua; elle fut suivie, en 1814, par une division de l'armée alliée.
Le nombre des points menacés se trouve donc ainsi augmenté; mais si les neutralités ne sont pas respectées par nos ennemis, il faut espérer que nous saurons en profiter. Sur la frontière belge, nous n'attendrons pas l'invasion derrière nos places; les nombreux chemins de fer auront vite transporté nos troupes sur la Meuse, et c'est derrière cette barrière que nous jurons à défendre nos frontières. De même, si la neutralité helvétique était
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violée ou si la Suisse ne pouvait la défendre, il faudrait se porter en avant pour s'emparer du point important de Bàle, pour s'assurer du cours du Rhin aiHlessus de cette ville, des positions avantageuses de TAar et de la Limmat, qui sont autant de lignes de défense du plateau suisse; il faudrait surtout occuper Genève, qui peut être rapidement protégée par la fortification passagère et qui couvre Lyon.