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CHAPITBS ^^ — FORMATION DÛ TERRITOIRE. — TRACÉ DES FRONTIÈRES

au delà du Rhin et presque tout ce que nous possédions au delà des Alpes. De toutes les villes qui nous avaient été données par les Chambres de Réunion, nous ne gardions que Strasbourg , Huningue^ Sarrelouis et Givet; nous conservions la Petite-Pierre et le district voisin en Lorraine.

Enfin, après la terrible guerre de la succession d'Espagne, le traité d^Utrecht (1713) nous enleva Furnes, Dixmude^ Poperinghe^ Y près ^ Menin ei Tournay; nous gardions la vallée de Barcelonnette au prix à'Exilles^ de ¥eneslrelles, de Chdteau-Dauphin et d'Entraumes.

Pendant son règne, Louis XIV avait encore réuni au domaine royal la principauté d*Orange confisquée en 1673, le duché de Bouillon (1676] et le Charollais (1684).

Sous Lonis XT, la guerre de la succession de Pologne nous valut la Lorrains; puis, par suite d'un désintéressement assez mal entendu et malgré les victoires du maréchal de Saxe, la guerre de la Succession d'Autriche ne fut suivie d'aucun agrandissement de territoire. Après les désastres et les hontes de la guerre de sept ans, le traité de Paris nous priva de la plupart de nos colonies. Ces pertes ne furent compensées ni par l'acquisition de la Corse, due à Choiseul, qui l'arracha aux Anglais ; ni par la réunion au domaine de la couronne des Bombes et de la vicomte de Turenne.

La Révolution porta notre frontière sur le Rhin, l'Empire retendit bien au delà. Tout l'édifice éphémère créé par vingt années de victoires devait être détruit par le traité de Paris en 1814, qui annula les glorieux traités de Campo-Formio, de Lunéville, d'Amiens, de Presbourg, de Tilsitt et de Vienne. La France revenait aux limites de 1789, alors que toutes les autres puissances recevaient des agrandissements. Tout cela devait encore être aggravé par les traités de 1815.

Les frontières actuelles de la France sont constituées par quatre instruments diplomatiques qui sont les traités de 1814 et 1815, le traité de Turin en 1860 et le traité de Francfort en 1871.

En 1814, on nous laissait en plus des possessions de 1789 quelques cantons en Belgique, afin que Philippeville et Marienbourg ne fussent plus isolés, une partie du Luxembourg belge, Sarrebriick et Arneval, le territoire entre la Lauter et la Queich, les territoires d'Annecy et de Chambéry en Savoie. Les traités de 1815 nous firent perdre Marienbourg et Philippeville^ le duché de Bouillon^ Sarrelouis, Sarrebriick et le riche bassin houiller de la Sarre, Landau, quelques villages du pays de Gex sur le bord du lac de Genève, la partie de la Savoie restée française et le protectorat de Monaco.

De tant de brillantes conquêtes, acquises au prix de tant de sang, il ne nous restait que le Comtat Venaissin avec Avignon, Montbéliard, Mulhouse et quelques enclaves en Alsace; ces annexions ne compensaient même pas les pertes que nous faisions.

Géographie. — V^ partie. 5

66 LIVRE II. — LA FRANGE. — FRONtlÂRES DE TERRE.

En 1859, après la ^erre d'Italie, nous acquérions la Savoie ei le Comté de Nice qui nous donnaient à peu près au midi notre frontière naturelle, mais ces acquisitions furent amplement compensées par la cession faite à TAllemagne en 1871 de V Alsace et d'une grande partie de la Lorraine,

Tracé de la jRpontière actuelle. — La France a une étendue de 528,000 kilomètres carrés y compris la Corse; elle a perdu 15,000 kilomètres carrés en 1871 par la cession à l'Empire d'Allemagne de l'Alsace-Lorraine. C'est le cinquième État de l'Europe pour l'étendue ; ceux qui ont un territoire plus grand sont la Russie qui est près de dix fois plus vaste, les États Scandinaves, rAutriche-Hongrie, l'Empire d'Allemagne.

La France politique actuelle occupe sur le continent européen une notable portion de la région dite française, c'est-à-dire de l'ensemble des contrées qui composèrent l'ancienne Gaule. Cette région française est limitée au nord par la mer du Nord, à l'est par le Rhin et les Alpes, au sud par la Méditerranée et les Pyrénées, à l'ouest par l'Océan Atlantique et par la Manche. Ces limites au nord-est ne sont plus celles de notre pays.

La frontière de la France part de la mer du Nord entre Fumes et Dunkerque et est formée par une ligne assez sinueuse, traversant les Flandres et le Hainaut, coupant l'Escaut et ses affluents et ne correspondant à aucun obstacle naturel. Entre la Sambre et la Meuser, vers la source de l'Oise, la frontière atteint les forêts des Ardennes qu'elle traverse suivant une ligne conventionnelle, faisant d'abord une saillie très prononcée jusqu'à Givet, puis se tenant à peu près à égale distance entre la Semoy et le Chiers qu'elle coupe au-dessus de Longwy. Dans toute cette partie elle sépare la France de la Belgique. Un peu à l'est de Longwy, elle atteint le grand-duché de Luxembourg qui nous borne encore pendant quelques kilomètres.

C'est à partir de ce point que la frontière a été modifiée par le traité de Francfort; elle se dirige vers le sud parallèlement à la Moselle, coupe les champs de bataille du 16 et du 18 août 1870, laissant Mars-la-Tour à la France, tandis qu'Amanvillers et Gravelotte appartiennent à l'Allemagne. Elle franchit la Moselle à Pagny, atteint la Seille qu'elle coupe pour laisser le canton de Nomény à la France, suit un instant le cours de cette rivière dont tout le bassin supérieur au-dessus de Vie appartient à l'Allemagne, puis elle atteint la crête des Vosges au sud du Donon et la suit jusqu'au Ballon d'Alsace. Elle traverse le col de Valdieu à peu près suivant la ligne de partage des eaux et rejoint la frontière suisse à l'est de Délie. Le pays de Forentruy, qui appartient à la Suisse, forme une saillie très prononcée sur le territoire français entre Délie et le coude du Doubs à Saint-Ursanne*

Au sud de Porentruy, la frontière coupe le Doubs et suit le cours de cette rivière jusqu'à la chute qu'elle forme au-dessous de Morteau; elle se dirige

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ensuite vers le sud-ouest parallèlement aux arêtes du Jura, coupe la crête principale, descend sur le versant opposé où elle englobe le pays de Gex, franchit le Rhône, entoure le territoire de Genève, traverse dans sa longueur le lac Léman jusqu'à Saint-Gingolf et de là suit un contrefort des Alpes jusqu'au mont Dolent qui appartient à la grande chaîne et qui sépare la France, la Suisse et Fltalie.

Au sud de ce point, la frontière entre la France et l'Italie suit la crête des Alpes jusqu'à la Méditerranée, en laissant toutefois à l'ItaUe les hautes vallées du comté de Nice, la source et l'embouchure de la Roya. C'est là une excellente frontière naturelle.

Les Pyrénées séparent la France de l'Espagne ; la frontière pourtant ne suit pas toujours la ligne de partage des eaux : à l'est la France empiète en Cerdagne sur le versant sud, au centre l'Espagne possède les sources de la Garonne et à l'ouest presque toute la vallée de la Bidassoa. Ces empiétements n'ont auctme importance, les Pyrénées, comme les Alpes, constituent une frontière extrêmement forte.

Tnu»é de la mpontière avant la f^erre de 1870. — Avant la dernière guerre nous possédions trois départements de plus, le tracé des confins a été modifié entre Longwy et Délie. A partir de Longwy, la frontière, au lieu de se diriger vers le sud, se prolongeait vers l'est, coupait la Moselle au-dessous de Sierck, laissait à la Prusse tout le cours de la Sarre jusqu'à Sarreguemines et suivait un instant le cours de la Blies. Elle traversait ensuite les Vosges en séparant la France de la Bavière Rhénane. Après avoir suivi la Lauter depuis Wissembourg jusqu'à son embouchure, elle remontait le thalweg du Rhin jusqu'à Bâle où elle atteignait la Suisse. Le Rhin dans cette partie de son cours séparait la France du grand-duché de Bade. La limite entre la France et la Suisse suivait à l'ouest de Bâle une ligne conventionnelle jusqu'à Délie où on retrouve la limite actuelle de la France et de la RépubUque Helvétique.

Conséquences dn traité de Francfort-sar-le-Melii. — Par

suite des modifications que les derniers événements ont fait subir aux limites de la France, la frontière se trouve rapprochée de Paris, l'objet décisif de toute guerre de l'Allemagne contre la France. Il est vrai que notre limite du Rhin et des Vosges avait déjà perdu beaucoup de sa valeur le jour où le centre de gravité de l'Allemagne se déplaçant et remontant de Vienne à Berlin, nous eûmes à craindre une attaque venant du nord et non de l'est; le Rhin et les Vosges se trouvaient tournés. Nous avions perdu en 1815 la ligne de la Sarre; nous avons perdu en 1870 l'obstacle de la Moselle, puissamment renforcé par Metz et Thionville, ainsi que la ligne de la Seille, qu'il

eût été facile d'organiser défensivement. La frontière n'est plus qu*à 60 lieues de Paris et elle n'en est séparée par aucun obstacle naturel de quelque valeur, il n'y a plus que l'épaisseur de la Meuse entre la Prusse et la vallée de la Seine, enfin nous sommes privés de toutes les ressources de l'Alsace et de la Lorraine. La base d'opérations des Allemands peut être reportée du Rhin sur la Moselle, de Mayence à Metz, et leur concentration peut s'effectuer en toute sécurité sur la ligne Metz-Sarrebourg.

Pour remédier à ces nombreux désavantages, il nous faut nous créer une frontière de toutes pièces; aussi construit-on depuis six ans de nombreuses défenses artificielles, forts et places fortes, destinées à suppléer à l'absence des obstacles naturels.

Grandes lignes d'invasion. — Cet examen rapide de nos frontières nous en montre les i)oinls faibles et les points forts. Nous avons vu quels étaient les voisins qui nous entouraient; de ces voisins, le plus redoutable, le plus puissant, c'est -l'Allemagne unifiée et, malgré ses incroyables succès, toujours jalouse de nous, toujours prête à recommencer une lutte dont elle espère tirer de nouveaux profits. Mais il ne faudrait pas considérer TAllemagne comme la seule nation dont la France ait à s'inquiéter.

Un mouvement d'unification analogue à celui d'où est sorti l'Allemagne nouvelle, a élevé l'Italie au rang de grande puissance. Ces deux nations, autrefois morcelées, faibles, hostiles l'une à l'autre, sont aujourd'hui compactes, fortes, et peuvent un jour ou l'autre s'unir contre nous. C'est là un changement capital dans l'équilibre de l'Europe, et on doit en tenir compte dans l'organisation de la défense.

Il est vrai que l'Italie n'a aucun intérêt à nous faire la guerre, et qu'on a peu à craindre pour le moment de la voir s'exposer à l'ébranlement qui résulterait pour elle d'un choc contre la France; mais quand on s'occupe de la défense d'un pays, ce n'est pas les hypothèses les plus probables qu'il faut examiner, mais les plus dangereuses.

L'Espagne, aujourd'hui du moins, occupée à panser ses plaies, à peine remise des terribles luttes intestines qui l'ont déchirée, ruinée pour longtemps, est hors de cause et nous donne toute sécurité du côté des Pyrénées.

En nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, celle d'une alliance de l'Italie et de l'Allemagne, nous devons supposer 800,000 Allemands envahissant la France par l'est, pendant que 400,000 Italiens entrent par le sud. Du reste, ce plan n'est pas hypothétique, c'est celui qui avait été combiné par les coalisés en 1709, pendant la guerre de la succession d'Espagne, et qui fut déjoué par la défaite du comte de Mercy dans la Haute- Alsace et par la résistance du maréchal de Berwick dans les Alpes; c'est aussi celui que suivirent les alliés en 1815.

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