CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DU NORD
rOise à la ligne transversale de la Somme et de cou>Tir les routes de la vallée de TOise qui pénètrent dans le massif de Saint-Gobain, mais elle remplissait fort mal ces deux buts; on la transforme aujourd'hui en y egoutant des forts détachés.
La citadelle de Laon, qui occupe une position très forte au sommet d'une colline isolée, commande les nombreuses routes et les chemins de fer qui s'y croisent en avant du massif boisé compris entre La Fore et Reims ; mais à elle seule elle ne les barre pas, car elle est entourée de plaines et l'ennemi peut passer outre en la faisant observer. Ses fortifications sont du reste si mauvaises qu'elles n'ont pu opposer la moindre résistance en 1870. On renforce cette place et on la relie à La Fère et à la région difficile qui se trouve au sud-ouest.
La place de Soissons, de création toute moderne, fut munie d'une enceinte bastionnée à la suite de la campagne de 1814, qui en avait montré toute l'importance; elle barre la route d'invasion la plus directe sur Paris, fournit une tête de pont sur l'Aisne et se lie à la défense de cette rivière, à celle du massif de Saint-Gobain et à celle des vallées de la Lette et de la Vesle. Malheureusement elle est dominée à bonne portée de canon et par suite n'est pas dans de bonnes conditions de défense. On a pensé un instant à la mettre à l'abri d'un bombardement en l'entourant de forts détachés; mais aiyourd'hui une place, fût-ce même ce qu'on a coutume d'appeler un camp retranché, n'a pas la même valeur défensive qu'une région fortifiée. On s'est donc décidé à occuper et à renforcer par la fortification toute la région comprise entre l'Oise, l'Aisne et l'extrémité septentrionale de la falaise de Champagne, de manière à créer un obstacle barrant les routes de la vallée de l'Oise et capable d'arrêter la marche de l'invasion. Lorsque les travaux en cours d'exécution seront achevés, Soissons, devenu à peu près inutile, sera déclassé.
La position de halte de Laon-La Fère est limitée à Touest par l'Oise, de La Fère à Chauny, et à l'est par les derniers contreforts de la falaise de Champagne, entre Laon et Craonne; elle se lie au sud à la position de halte de Reims, qui est destinée à barrer les routes d'invasion venant du Luxembourg ou de la Lorraine et traversant la Meuse au nord de Verdun. Entre Laon, La Fère et Chauny, l'intérieur de la position contient le massif boisé et difficile de Saint- Gohain. Vers l'est, les vallées encaissées de la Lette^ de Y Aisne et de la Vesle pénètrent dans le massif tertiaire du bassin parisien et permettent de tourner la position, il est donc important de les interdire à l'ennemi; si elles sont bien défendues, elles offriront de précieuses ressources pour le cantonnement des troupes, surtout celle de la Lette, qui fait partie de la position considérée. Pour que la région Laon-La Fère ne puisse pas être tournée à l'ouest, il faudra garder soigneusement la ligne formée par le canal Crozat et le cours de la Somme jusqu'à Ham; la place de Pé-
ronne, lorsqu'elle sera réorganisée, servira (l*appiii de ce côté. Le plateau entre la Somme et l'Oise, au sud de Ham, est justement garni de grandes forêts, ce qui ne peut que favoriser la défense.
Les débouchés de Tarmée pourront se faire : à Test par les vallées de la Lette et de TAisnc, au nord entre Laon et La Fère, enfin sur la rive gauche de rOise par. les ponts de La Fère et de Chauny.
La position est bien liée avec les magasins de Tintérieur du pays par les lignes à deux voies de Tergnier à Paris par Creil, de Laon à Paris par Soissons et de Laon à Épemay par Reims ; une ligne à une voie relie Soissons à Reims par la vallée de la Vesle. L'intérieur de la position est desservi par la ligne de Saint-Gobain à Chauny et le sera bientôt par la ligne en construction de Chauny à Anizy'le'ChdteaUf qui suivra la vallée de la Lette en arrière du massif de Saint-Gobain.
Pour renforcer cette importante région par la fortification, on construit 4 forts et on a projeté 3 autres ouvrages moins importants autour de La Fère : 1® le fort de Mayot sur le plateau entre la Serre et l'Oise; 2® le fort de Vendeuil sur la rive droite de l'Oise ; 3" le fort de Liez sur le même plateau entre le canal Grozat et le canal de l'Oise ; 4® V ouvrage de Frières, en projet, dans les bois d'accès difficile entre le canal Grozat et l'Oise, couvrant de ce côté la gare de Tergnier et dominant les routes qui viennent de Saint- Quentin ; il reliera La Fère à la ligne de l'Oise ; 5® V ouvrage d'Amigny et sa batterie annexe j auprès de Ghauny, sur un piton de la rive gauche de l'Oise; 6** Y ouvrage de la ferme SEffécourt^ en projet, situé au nord du village de Bertaucourt; 7«» Vouvrage de la ferme Saint-Jea/n^ en projet, situé au nord du village de Versigny. Les batteries de Frières, d'Effécourt et de la ferme Saint-Jean ne seront sans doute que des ouvrages du moment, qu'on ne construira qu'à une déclaration de guerre.
Le fort projeté du Mont-de-Joie, sur un contrefort du massif de Saînt- Gobain, au nord de la route de La Fère à Laon, reliera ces deux places et renforcera le front nord de la position, qui n'a que 16 kilomètres depuis les ouvrages avancés de La Fère jusqu'à Laon ; le fort du Mont-de-Joie sera à 10 kilomètres de Laon.
A Laon, on conserve la citadelle et on construit les deux batteries de Saint- Martin et de Saint-Yincent aux deux autres angles du piton triangulaire qui porte la ville. Ces ouvrages croisent leurs feux avec d'autres situés plus au sud sur les derniers contreforts du plateau de la Brie et commandent toutes les routes qui pénètrent sur les plateaux par la vallée de la Lette à l'ouest et au sud de Laon.
Le fort de Laniscourt et ses deux batteries annexes occupent l'extn^mité septentrionale d'un massif isolé au nord de la vallée de la Lette; ces ouvrages croisent leurs feux avec les deux batteries ouest de Laon.