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CHAPITRE lY. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE

les Vosges perdent beaucoup de leur hauteur et de leur épaisseur; leurs sommet n'ont plus que de 4 à 500 mètres; elles forment une ligne de forêts et de montagnes d'assez faible largeur d'abord, mais qui, entre Bitche et Wissembourg, reprend une épaisseur de 88 kilomètres ; la crête est moins marquée que dans la partie sud ; l'ensemble des Basses-Vosges forme un plateau qui est longé à l'ouest par la vallée de la Sarre*et qui à l'est tombe sur la plaine du Rhin en pentes rapides coupées de gorges étroites ; la plaine de l'Alsace atteint une largeur de 38 kilomètres au nord de Strasbourg, mais les montagnes ne s'y terminent pas aussi brusquement que dans la partie sud, elles détachent de nombreuses collines qui recouvrent la plaine jusqu'à 8 kilomètres du fleuve et qui même l'atteignent en certains points. Cette plaine mamelonnée où coulent la Zom et la Moder est limitée au nord par la vaste forêt de Haguenau et la saillie que forment les Vosges vers Wissembourg.

Une route carrossable suit le plateau du sud au nord depuis Phalsbourg jusqu'à Bitehe, elle est coupée par toutes les routes qui mettent en communication la vallée de la Sarre avec la Basse-Alsace.

Le canal de la Marne au Bhin et le chemin de fer de Paris à Strasbourg (280») franchissent les Vosges an même point sous deux tunnels contigus et parallèles, à peu près de même longueur (2,800™), au village d'Arschwiller ; les deux voies suivent ensuite la vallée de la Zorn et ne se quittent pas jusqu'à Strasbourg; la route de terre passe plus au nord, à Phalsbourg (428"), et les rejoint à Saverne; de là elle se dirige sur Strasbourg par Wasselonne^ tandis que la voie ferrée décrit un grand arc de cercle au nord.

En 1870, aucun ouvrage de fortification ne barrait cette dépression si importante de Saverne, la plus marquée de toute la chaîne des Vosges; on ne prit même pas la précaution de détruire le tunnel d'Arschwiller que l'ennemi n'aurait pu tourner et qu'il aurait eu bien du mal à réparer. La place de Phalsbourg maîtrisait bien la route, mais n'avait aucune action sur le chemin de fer. La vallée de la Zintzel permettrait de tourner au nord le col de Saveme ; mais elle est resserrée entre les rochers et n'est suivie par aucun chemin praticable aux voitures.

Trois routes aboutissent dans la vallée de la Moder, ce sont ; !• celle de Saar'Union à Ingwiller, par la Petite-Pierre (379") où nous avions, en 1870, un petit fort dominé et sans valeur; 2"* le chemin de Saar-Union à Puberg elàingwiller; 3® la grande route de Sarreguemines à Ingwiller et Haguenau par le Koesberg (400") ; de bonnes routes au pied même des montagnes mettent en communication les débouchés de ces dernières en Alsace et réunissent les villes de Saverne, Bouxwillery Ingwiller et Niederbronn. C'est par la roule de Niederbronn à Saverne, qu'après la bataille de Wœrth, s'effectua la retraite du i" corps de l'armée française; elle aurait pu être pro^

tégée par les troupes du 5® corps, si celles-ci avaient occupé les importantes positions de Puberg et de Koesberg, dont l'action s'étend jusqu'au débouché dlngwiller. Sur un piton, au nord de la Moder, se trouvait le fort de Lichte7iberg qui voyait bien les vallées voisines, mais qui ne commandait aucune route importante ; il ne barrait que la route secondaire de Rolhbach à Wimmenau.

Le chemin de fer de Sarreguemines à Haguenau semble d*abord vouloir suivre le même tracé que la route du Koesberg, mais il se dirige vers le nord ; il passe sous le canon du fort de Bitche et, après avoir traversé un défilé long et étroit, il débouche en plaine à Niederbronn et à Reichshoffen^ localités qui n'étaient connues jadis, Tune que par ses eaux minérales, l'autre que par ses usines métallurgiques, et qu'ont rendues célèbres la glorieuse résistance et finalement la terrible défaite du maréchal de Mac-Mahon, le 6 août 1870. A la fin de cette journée, la plus grande partie des troupes effectua sa retraite par Saverne ; quelques bataillons seulement se retirèrent par la roule de Bitche (418""], qui suit le même défilé que le chemin de fer. A Bitche avaient été réunis et furent laissés tous les approvisionnements du 5* corps, commandé par le général de Failly, ce qui permit à cette petite place de prolonger sa résistance pendant toute la durée de la guerre. De Bitche part une autre route qui conduit à Wissembourg par Obersteinbctch et le col du Pigeonnier (478").

Les Vosges avant 1870 étaient, bien plus que le Rhin, le véritable obstacle qu'avait à vaincre une invasion venant du sud-est; la plaine de l'Alsace, en effet, était ouverte et sans défense ; les nombreuses iles du Rhin, au-dessus et au-dessous de Strasbourg, permettaient à l'ennemi d'en sur- . prendre et d'en effectuer facilement le passage ; du reste les Allemands étaient, plus au nord, en possession des deux rives par des forteresses de premier ordre. Dans le cas d'une attaque venant du nord-est, comme en 1870, les Vosges ne barraient pas les routes d'invasion, mais il était encore nécessaire de les occuper fortement pour défendre à la fois la Lorraine et l'Alsace et frapper des coups, soit à droite, soit à gauche ; il eût donc fallu maîtriser les passages transversaux au moyen de postes fortifiés qui eussent en même temps servi de dépôt de matériel et de munitions. Bitche, avec sa large enceinte au pied du château, permettait d'abriter tout le matériel d'un corps d'armée et pouvait ainsi rendre de grands services à la défense; malheureusement cette place n'avait guère d'action offensive, n'ayant pas de communication directe avec les importantes positions de Ptrmasevs et de Kaiserslaûten qui sont les clefs dii Palatinat. La plaine de l'Alsace est barrée par la grande forêt de Haguenau et par la saillie que forment les montagnes vers Wissembourg; la meilleure position à occuper par une armée pour couvrir l'Alsace était celle de Frœschwiller * sur la rive droite

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