CHAPITRE IV. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
de la Sauer, elle s*appuyait à gauche aux montagnes et à droite à la forêt de Haguenau; elle avait été reconnue depuis longtemps et le général de Mâureillan, en signalait dans son mémoire tous les avantages; il demandait que GutisUtt fut fortifié pour en soutenir la droite; ces travaux ne furent pas exécutés, et on sait que c'est par là que Tarmée du maréchal de Mac- Mahoa, qui occupait précisément cette position, fut tournée en 1870.
Cam|Mi|pie de Torenne en f 674. — Les Vosges, par leur épaisseur, par leurs forêts, par le peu de communications qui existait entre les deux versants, il y a deux siècles, permirent la belle campagne de Turenne en 1674. Dans la première période de cette campagne, Turenne, qui gardait le cours du Rhin depuis Bâle jusqu'à Mayence et qui possédait les ponts de Philippsbourg et de Brisach, avait battu Caprara à Sintzheim, sur la rive droite du fleuve, avant la jonction de ce général avec le duc de Beurnonvilie, qui lui amenait un secours de 15,000 hommes, secours considérable à cette époque où les armées n'étaient guère que de 30 à 40,000 hommes; puis, quoique victorieux, il était repassé sur la rive gauche. Ayant reçu de nouveaux renforts, il fit encore sur la rive droite du Rhin une incursion, qui lui assura la possession du Palatinat pour y faire vivre son armée.
L'armée allemande, forte de 35,000 hommes au commencement d'août, proûta de sa supériorité numérique pour prendre l'ofFensive et passer le Rhin à Mayence ; mais Turenne, posté derrière Landau avec 20,000 hommes, l'empêcha de pénétrer en Alsace et en Lorraine ; les armées s'observèrent jusqu'au 20 septembre. A cette époque, les alliés, ayant obtenu des Strasbourgeois la faculté d'utiliser leur pont, se portèrent sur Strasbourg par une marche rapide sur la rive droite du Rhin et repassèrent en ce point sur la rive gauche. Turenne, qui n'avait pu les prévenir, couvrit la Basse- Alsace en s'appuyant sur les places de Saverne et de Haguenau, pendant que les «coalisés, établis derrière la Bruche, tiraient leurs subsistances de Strasbourg et de la Haute-Alsace.
Au commencement d'octobre, l'armée française prit l'offensive, et, malgré l'infériorité numérique de ses forces, Turenne, informé qu'un secours de 20,000 hommes allait arriver à l'ennemi, lui livra bataille à Entzheim au sud-est de Strasbourg. Après cette journée indécise, il vint reprendre sa position entre la Zorn et la Moder, et, par ses habiles dispositions, rendit infructueuses toutes les tentatives de l'ennemi pour le repousser en Lorraine. Les Impériaux se répandirent alors en Alsace et y prirent leurs quartiers d'hiver.
Turenne passa, le 29 novembre, le col de la Petite-Pierre, trouva en Lorhiae les renforts qu'il attendait et, au lieu d'entrer en cantonnements, commença une campagne d'hiver dans le but de surprendre l'ennemi et de ie rejeter au delà du Rhin. Il fit filer tous ses corps en arrière des Vosges
par Lorquin, Blamont, Baccarat, Remiremont jusqu'à Belfort, où il arriva le 27 décembre; il marcha vers Mulhouse, rejeta sur Bàle un corps ennemi de 10,000 hommes et arriva le 4 janvier devant Colmar, où Beurnonville avait eu le temps de réunir ses troupes et où il leur avait fait prendre position en arrière de la Fetch. La bataille de Tûrkheim ne fut que le résultat d*un mouvement tournant de Turenne sur Taile droite des ennemis; elle ne dura qu'une heure; ceux-ci, démoralisés, ne tinrent pas et se replièrent pendant la nuit sur Schélestadt et Strasbourg, où ils repassèrent le Rhin. L'Alsace était délivrée et l'armée put y prendre en sûreté ses quartiers d'hiver.
Napoléon, dans ses Mémoires^ admire la conception de ce plan de campagne, mais il en blâme l'exécution; dès que Turenne fut à Belfort, son mouvement fut démasqué à l'ennemi, il eut fallu alors le surprendre partout, l'empêcher de se réunir et arriver avant lui aux ponts du Rhin pour lui couper la retraite. Neuf jours s'écoulèrent entre l'arrivée à Belfort et la bataillé de Tûrkheim, c'est six de trop.
Si, au lieu de déboucher par l'extrémité des Vosges, Turenne eût passé les cois de la partie centrale, il aurait eu plus de chances d'arriver au pont de Strasbourg avant que les cantonnements ennemis ne se fussent ralliés, et c'était là le but de l'opération; mais peut-être la saison et l'état des chemins lui interdisaient-ils cette marche.
Résomé des oommanioations à, travers la chaîne des Vosges. — Aujourd'hui les routes à travers la chaîne des Vosges sont beaucoup plus nombreuses et mieux entretenues qu'à cette époque, ce qui ôte à cette barrière beaucoup de sa valeur : la partie qui sépare la France de l'Allemagne entre le Ballon de Servahce et le Donon est traversée par quatorze routes que nous avons déjà décrites; elle n'est encore franchie par aucune voie ferrée, mais de nombreux embranchements pénètrent jusqu'au fond des vallées des deux versants. Plusieurs de ces tronçons seraient sans doute réunis aujourd'hui, si la guerre de 1870 n'eût mis à néant ou du moins retardé l'exécution des projets. Ces embranchements se détachent en Alsace de la grande ligne de Belfort à Strasbourg, qui descend la vallée du Rhin entre le fleuve et les montagnes; ils aboutissent à Wesserling^ à Guebtvillery à Munster, à Saint e-Marie-aux-Mines^ à Barr^ à Mutzig et à Wasselonne. Les Prussiens ont prolongé au nord jusqu'à Saverne la ligne de Molsheim-Wasselonne et au sud jusqu'à Schélestadt celle de Molsheim- BarTj de manière à dégager la grande ligne du Rhin ; la ligne de Mûtzig est aussi prolongée jusqu'à Schirmeck. Sur l'autre versant, des embranche-'^ ments se détachent de la ligne de Port-d' Atelier à Blainville ou de la ligne de Nancy à Strasbourg; ils aboutissent au Tilloty à Gérardmer, à EamJber^