CHAPITRE IV. — ALLEMAGNE DU NORD
Rivières de la Prasse orientale et Niémen. — La Prusse orientale ou Vieille Prusse est une province essentiellement allemande où la colonisation germanique s'est dès le moyen âge complètement substituée à Télément slave ; au sud les Hazoviens ou Masures sont les slaves polonais les plus pauvres et les moins civilisés.
Les deux seuls cours d'eau de cette contrée sont la Passarge et le Prégel qui aboutissent au Frische-Haff.
La Passarge n'est qu'un petit cours d'eau célèbre par les cantonnements qu'y prit l'armée française dans l'hiver de 1806 à 1807 avant et après la bataille d'Eylau.
Le Prégel sert d'écoulement à plusieurs grands lacs ; il est forme par la réunion, auprès à'Insterhourg^ de trois rivières, Vlnsier^ la Pissa et VAngerapp, et devient aussitôt navigable. Sa largeur est de 40 mètres à Insterbourg et de 250 à Kœnigsberg ; il est guéable en plusieurs points ; on y trouve cinq localités où il y a des ponts permanents pour voitures ou pour chemins de fer : Insterbourg, Taplahen, Wehlau, Tapiau ei Kœnigsberg, Cette dernière ville est la capitale de la province et le chef-lieu du 1" corps d'armée; elle compte 125,000 habitants et est située à 7 kilomètres de l'embouchure du Prégel dans le Frische-Haff; c'est une place forte et le centre de défense de toute la contrée.
Le principal affluent du Prégel est l'Aile qui passe à Allenstein, à Heils^ berg et à Friedland; Eylau est situé à l'ouest de Friedland sur la grande route de Kœnigsberg.
Le Prégel communique avec le Kurische-Haff par le canal de la Deime qui ferme le Samland ; ce canal a 17 mètres de largeur et 18 kilomètres de longueur de Tapiau à Labiau, il se prolonge par le Fossé Frédéric jusqu'à la Gilge, bras méridional du Niémen.
Le Niémen ou Hemel est un fleuve russe qui n'appartient à la Prusse que par la partie inférieure de son cours. Il a une largeur de 340 mètres à Tilsitt oix il est franchi par un pont de bateaux et par un pont de chemin de fer; c'est en ce point, sur un radeau au milieu du courant, que fut signé le traité du 9 juillet 1807. En aval de Tilsitt, le Niémen se divise en plusieurs bras qui forment un delta assez vaste avant d'aboutir au Kurische-Haff; le bras septentrional, le plus important, s'appelle la Russ. Le canal du Roi Guillaume rehe la Minge, affluent de droite de la Russ, à la passe de Memel par oii le Kurische-Haff communique avec la Baltique.
La Vieille Prusse et la Pologne forment des plaines presque complètement unies qui ne sont séparées que par le plateau des Masures ; l'armée qui s'engage au nord de ce dernier plateau, court le risque de se voir
coupée, ou tout au moins d'avoir sçs communications menacées par une armée ennemie maîtresse de la plaine du sud et inversement. Les événe-
ments de la campagne de 1807 mettent en lumière ce danger, que rend encore plus évident de nos jours le tracé de la frontière russo-prussienne.
Campaspne de 1807*. — A la suite de la bataille d'Iéna et de Tanéantissement complet de l'armée prussienne, l'empereur occupa successivement les lignes de l'Elbe et de l'Oder et pénétra dans les provinces polonaises. Il aborda la ligne de la Vistule à Thorn et fut d'abord repoussé par Lestocq; il concentra alors ses troupes sur sa droite et, à la suite d'un engagement avec les avant-gardes russes, entra à Varsovie le 28 novembre 1806. Bennigsen renonça à défendre la longue ligne qui s'étend de Thorn à Varsovie et se replia en arrière pour faire sa jonction avec Buxhofen ; il entraîna Lestocq dans sa retraite.
L'empereur franchit alors la Vistule sur plusieurs points et se proposa de séparer le corps de Lestocq de l'armée russe tout en accablant cette dernière. Il passa rOukra près de son confluent avec la Narew, battit les Russes à Nasielsk, à Galymin, à Pultusk (26 décembre), et prit alors ses quartiers d'hiver ; le gros de l'armée fut installé sur la Vistule et l'Oukra, le 1®*" corps sur la Passarge pour couvrir le siège de Danzig.
Benuigsen ne voulait pas laisser à Napoléon le temps de refaire ses troupes; il concentra son armée à Arys en arrière de la grande forêt d'Ostrolenka, ne laissant devant le gros de nos forces que le corps du général Essen, et se porta vers le nord, en se basant sur la place de Kœnisberg. Il espérait se porter sur Danzig, Colberg et Stralsund, rallier les Suédois et les Anglais et forcer ainsi Napoléon à se replier sur l'Oder. Bernadette déjoua ces projets, en concentrant rapidement ses troupes et en arrêtant le 25 janvier l'ennemi à Mohrungen^ ce qui lui permit d'effectuer sa retraite sur Thorn.
Napoléon, dévoilant le plan de son adversaire, forma lui-même le projet de le tourner et, s'élevant au nord, assigna Allenstein comme premier objectif à ses corps d'armée. Malheureusement, un officier d'état-major chargé de porter à Bernadette le résumé du plan de campagne se laissa prendre par les cosaques et n'eut pas le temps de détruire ses dépêches. Bennigsen prévenu du danger qui le menaçait, ramena en arrière ses colonnes disséminées, les concentra et fit ainsi échouer la combinaison de Napoléon. Ce dernier se mit immédiatement à la poursuite de l'ennemi et espéra encore enlever le corps de Lestocq engagé très loin à l'ouest. L'armée russe s'arrêta à Eylaxb et y soutint le 8 février une bataille extrêmement meurtrière ; malgré sa supériorité numérique et l'arrivée de Lestocq à la fin de la journée, elle dut battre en retraite et se replier sur Kœnigsberg. Napoléon était trop épuisé pour continuer la poursuite ; il reculaj vint établir ses quartiers derrière la Passarge et s'y fortifia.