CHAPITRE V. — LA HOLLANDE
franchit aussi le Rhin pour protéger Télecteur de Cologne, notre allié. Turenne, qui commandait le reste de Tarmée sous les ordres immédiats du roi, s*empara sans coup férir de Maaseyk, un peu en aval de Maëstricht, ce qui lui permit de masquer, avec 5,000 hommes, les 12,000 hommes qui formaient la garnison de cette dernière place. Il passa sur les territoires de Clèves et de Juliers, possessions de l'électeur de Brandebourg, notre ennemi ; puis il s'empara de Wesel, et toute l'armée se porta sur la rive droite du Rhin. On arriva enfin sur la ligne de Tljssel, dont le prince d'Orange occupait les points de passage avec une armée active de 25,000 à 30,000 hommes.
La grande sécheresse fut cause que le Rhin devint en partie guéable à Tholluis, en amont d'Arnhem ; Condé profita de cette heureuse circonstance pour tourner les défenses des Hollandais en passant le fleuve à ce gué entre Pannerden et Westervoort. L'Ijssel fut ensuite franchie par Turenne à Doesbourg. Toute la partie nord de la Hollande, Groningue, la Frise, la Drenthe, la Gueldre, tomba en notre pouvoir et fut occupée en quelques semaines.
Le prince d'Orange fit tendre les inondations de la ligne du Vecht et celles qui couvrent Amsterdam; on le délogea de l'importante position d'Utrecht, qui est l'une des clefs de la Hollande ; on s'empara également de Naarden, mais Muiden résista et on ne put pénétrer au delà. Toutes les digues aboutissant à Amsterdam étaient défendues par des ouvrages, enfin des batteries flottantes couvraient l'Amstel. Louis XIV dut renoncer à attaquer une position aussi formidable.
Peu après, les complications politiques qui survinrent forcèrent Turenne à abandonner ses rapides conquêtes et à se porter sur la rive droite du Rhin au secours de l'évêque de Munster et de l'électeur de Cologne, menacés par une armée impériale.