CHAPITRE VI. — LE DANEMARK
l'Elbe. Le canal de grande navigation projeté entre Brunsbiittel à l'embouchure de l'Elbe et la baie de Neustadt pourra peut-être un jour former une ligne de défense sérieuse, mais il n'est pas encore creusé. Neumunster^ au centre du Holstein, est le principal centre do communication de la contrée.
Là première ligne de défense de la péninsule correspond à la limite du Holstein et du Schleswig; elle est formée par TEider et par le canal qui rejoint cette rivière au golfe de Kiel ; elle est trop longue et par suite faible et mauvaise. Elle s'appuyait jadis à la place de Rendsbourg^ dont les fortifications ont été rasées en 1852, à la suite de difficultés avec la Confédération germanique au sujet de leur maintien. Toute la partie occidentale de cette ligne, de Rendsbourg à la mer du Nord, peut être couverte par des inondations tendues au moyen des écluses de Friedrickstadt.
Au nord-est et en arrière de cette ligne, se trouve un réduit où pourraient se réfugier des troupes maîtresses de la mer; il est formé par la presqu'île comprise entre la baie de Kiel et celle d*Eckernforde (Egernfjord) et est couvert par le canal de VE'ider et le Wltten-Sée^ grand lac situé au nord de Schirnau et dont les eaux s'écoulent dans l'Eider.
La meilleure ligne de défense de la péninsule danoise est celle du Dannewerk; elle s'appuie à droite aux inondations de la Treene, à gauche à la Schlei; les retranchements qui relient ces deux obstacles remontent à une haute antiquité et barrent la péninsule sur une longueur de 15 kilomètres; ce sont eux qui constituent le Dannewerk (Dannevirke, retranchementdanoLs), qui a bien des fois résisté aux attaques des Allemands, des Slaves et de^ Vendes. Le premier rempart fut élevé au neuvième siècle par la reine Thyra et demanda trois années de travail. Les Danois ont défendu cette ligne en 1848 et en 1864 ; à cette dernière époque, elle était renforcée par 23 ouvrages, dont 7 redoutes et 16 ouvrages ouverts, terrassés, et à grand profil; elle ne formait en réaUté au centre qu'une ligne de champ de bataille dont la force ne put compenser la faiblesse numérique de l'armée défensive.
A l'ouest, les inondations de la Treene peuvent être tondues, de même que celles de l'Eider, au moyen des écluses de Friedrickstadt, ville située au confluent de ces deux rivières. A l'est, la Schei forme un large bras dé mer qui pén'ètre jusqu'à Schleswig (Slesvig) et qui ne peut être franchi qu'en deux endroits : 1° à Missunde (Miœsund), où existait en 1864 une tête de pont formée de 3 batteries et de 2 lunettes; 2° à Cappeln (Kappel) et à Amis (Arnœes) auprès de son embouchure. En avant de la partie orientale de la ligne, la presqu'île comprise entre la Schei et la baie d'Eckernfôrde peut être fermée par la ligne de Kokkendorfj convenablement organisée.
La ligne du Dannewerk perdue, l'armée danoise doit effectuer sa retraite sur Flensbourg; le pays est coupé et de défense facile, de petits fossés surmontés de haies partagent les héritages, des marais et des bruyères peuvent Géographie. — 2® partie. 8
appuyer les lianes d'une troupe qui veut arrêter la poursuite. Au delà de Flensbourg, Tarmée danoise battue s'est toujours séparée en deux : une partie continuait sa marche sur le Jutland, l'autre se retirait à l'est danslapre^quîle de Sunderwitt (Sundeved) pour défendre le réduit de l'île d'Alsen (Als). L'île d'Alsen n'est séparée du continent que par un détroit dont la largeur se réduit à 300 mètres entre Duppel et Sonderbourg (Dybbel et Sœnderborg) et, en ce point, existe un pont de bateaux. La tête de pont de Duppel était protégée en 1864 par dix ouvrages couronnant les hauteurs entre le Sund d'Alsen et la baie de Venning-Bund; son développement était de 4 kilomètres; elle ne fut enlevée à cette époque qu'après un siège en règle. Les fortifications de Sonderbourg et les batteries de l'île d'Alsen furent impuissantes à empêcher le passage des colonnes prussiennes.
Défense du Jutland. — La frontière du Jutland ne correspond à aucun obstacle naturel, car elle ne suit la Kongeaa que sur 25 kilomètres, et du reste cette rivière n'est nullement difficile à franchir. Sur le Petit Belt, la place de Frédéricia jouait avant 1864, par rapport à la Fionie, le même rôle que Duppel par rapport à l'île d'Alsen : c'était une tête de pont et un réduit. C'est sous les murs de cette place qu'en juillet 1849 l'armée danoise remporta un de ses plus beaux succès; en 1864, elle fut prise par les Autrichiens, qui en rasèrent les ouvrages. Aujourd'hui cette ville est ouverte, mais sa position sur le Petit-Belt conserve toute son importance au point de vue stratégique.
L'armée qui se retirerait au nord du Jutland, pourrait occuper diverses positions bonnes à défendre de front, mais faciles à tourner. A l'est d'iarhuuSy existe un réduit formé par la presqu'île d'Helgenœs; elle n'est reliée au continent que par un défilé tellement étroit qu'un peloton y tiendrait contre une armée ; le général Rye s'y réfugia en 1849.
A l'extrémité de la Péninsule, l'île de Vendsyssel forme un dernier réduit à l'abri du Liim-Fjord. La ville (VAalborg oii passe la voie ferrée, est la tête de pont de ce réduit sur le continent.
Campagnes de 1848 et de 1864. — Les campagnes de 184849 et de 1864 font ressortir la valeur des diverses positions que nous venons d'énumérer.
En mars 1848, le Holstein se souleva contre le Danemark; les insurgés surprirent la forteresse de Rendsbourg et envahirent le Schleswig, mais ils furent battus le 9 avril à Bov, près de Flensbourg, et forcés de se replier en attendant les secours promis par la cour de Berlin. Les Allemands pénétrèrent en effet dès le commencement d'avril dans le Schleswig -Holstein, ils formaient deux armées :i^ le corps prussien commandé par le général