CHAPITRE I«<. -> ÉTUDE D ENSEMBLE DE L'ALLEMAGNE. I:i
Petite Pologne; enfin, le troisième partage de la malheureuse république donna encore à la monarchie prussienne, en 1795, la Podlachie, le reste de la Hasovie avec Varsovie et le duché de Sievierz ; la frontière prussienne suivait le Niémen de Kowno à Grodno, puis le Bug jusqu'à son confluent avec la Narew; elle gagnait la Vistule au sud de Varsovie et remontait la Pilica.
Les guerres de la Révolution et do .l'Empire furent d'abord très favorables à la Prusse, en lui assignant des indemnités exorbitantes pour les territoires qu'elle perdait au profit de la France sur la rive gauche du Rhin ; c'étaient les anciens évêchés de Hildesheim, de Paderborn et de Munster, les territoires mayençais d'Eichsfeld et d'Erfurt, diverses abbayes et les villes libres de Goslar, de Nordhausen et de Muhlhausen (1802); mais bientôt l'extension de la puissance française menaça son indépendance et, après de longues tergiversations qui lui permirent de s'annexer momentanément le Hanovre, elle se laissa entraîner à déclarer la guerre à Napo- 4éon (1806).' Les désastres d'Iéna et d'Auerstaedt l'arrêtèrent dans son développement et réduisirent ses possessions de plus de moitié ; elle dut abandonner les pays provenant des deuxième et troisième partages de la Pologne et tous ses territoires à l'ouest de l'Elbe. La monarchie qui, à la veille d'Iéna, avec le Hanovre, avait 340,000 kilomètres carrés et 10 millions de sujets, se trouva réduite à 160,000 kilomètres carrés et 5 millions d'habitants*
Ces malheurs devaient régénérer la Prusse et en faire une vraie nation ; grâce aux efforts de quelques grands administrateurs, Stein^ GneisenaUy Sharnhorst^ Boyen^ et à l'énergie de ses généraux, Blïicher^ Yorky Bulow^ elle fut en état de prendre une part très active à la terrible lutte de l'Indépendance, où la France finit par être écrasée sous le nombre de ses ennemis. Relevée par ses victoires, la Prusse s'affermissait sur le Rhin que lui abandonnait l'Autriche et, par suite du remaniement complet de l'Allemagne, se trouvait constituée en deux masees : l'une, à l'ouest, formée de départements français de la rive gauche du Rhin, de ses anciennes possessions en Westphalîe et de nombreux territoires allemands nouvellement annexés, forma les deux provinces de Westphalie et du Bas-Rhin; l'autre, à l'est, de beaucoup la plus considérable, se trouva constituée par les anciens pays de la couronne, auxquels vinrent s'ajouter la moitié de la Saxe royale, la Poméranie suédoise, Danzig, Thorn et le duché de Posen. La plus grande partie du duché napoléonien de Varsovie fut laissée à la Russie. A la suite du traité de 1815, la superficie du royaume de Frédérlc-Giûllaume ///(1797- 1840) se trouva être de 278,000 kilomètres carrés et sa population dé nouveau portée à 10 millions d'habitants.
De 1815 à 1866, l'accroissenient territorial de la Prusse fut à peu près
nul; en 1834, le roi de Prusse acheta au duc de Saxe-Cobourg la principauté de Lichtenberg sur la Nahe avec Saint-Wendel ; le mouvement révolutionnaire de 1848 fit perdre à Frédéric-Guillaume IV (1840-1850) la principauté de Neuchdlel, dont les traités de 1815 avaient fait un canton suisse à constitution monarchique; un contre-coup de cette même révolution rendit aux Hohenzollern de Brandebourg le berceau de leur race, par suite de l'abdication des deux princes de la branche ainée ou souabe de Hohenzollern-Hechingen et de Hohenzollern-Sigmaringen ; enfin, en 1854, un petit territoire oldenbourgeois des deux côtés de la Jade fut acheté par la Prusse en vue de la création d'un port militaire sur la mer du Nord. Si la superficie du royaume n'augmenta guère dans ce demi-siècle de paix, sa puissance s'accrut beaucoup par l'augmentation annuelle de la population qui doubla dans cet espace de temps; d'autre part, le gouvernement prussien exploita avec habileté sa situation de seule grande puissance vraiment ailemande, s'attacha par des liens solides les petits Etats de la Confédération fet sut préparer l'union politique de toute l'Allemagne en englobant succèssivement, de 1819 à 1854, les divers Etats allemands, sauf les deux Mecklenbourg, les villes hanséatiques, les provinces allemandes de l'Autriche et du Danemark, dans l'union douanière du ZoUverein,
En 1860, Guillaume P\ régent depuis 1858, étant monté sur le trône, consacra tous ses soins à la réorganisation de l'armée, et cela malgré l'opposition des Chambres. La vieille afl*aire des duchés de l'Elbe lui fournit en 1864 l'occasion désirée de faire l'essai de sa nouvelle armée; puis la lutte entre les deux grandes puissances de l'Allemagne, interrompue pendant plus d'un siècle, fut bientôt reprise avec une grande vigueur et terminée tout à l'avantage de la Prusse. La bataille de Sadowa, en 1866, eut les conséquences pohtiques qui ont été indiquées précédemment. A la suite de ses victoires, la Prusse, sous prétexte de donner une base plus large et plus solide à la réorganisation nationale de l'Allemagne, s'annexa : le Schleswig, le Holstein, le Lauenbourg, le Hanovre, la Hesse électorale, le Nassau, Francfort, quelques parcelles de la Bavière et de la Hesse-Darmstadt. Le royaume ainsi constitué a une superficie de 347,500 kilomètres carrés et une population de 27 millions et un quart d'habitants.
La guerre de 1870 n'amena pas une augmentation territoriale de la Prusse proprement dite, mais l'Allemagne entière passa sous son hégémonie. La paix de Francfort imposa à la France une contribution de guerre de cinq milliards, et la cession de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine, qui formèrent un pays d'empire, Reischsland, placé jusqu'en 1879 sous l'administration directe du roi de Prusse, empereur d'Allemagne, et du chancelier de l'empire. V Alsace-lorraine comprend 14,508 kilomètres carrés et 1,572^000 habitants, .