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Beaucoup ne sont que de véritables

DE LÉONARD DE VINCI

canaux pour la nourriture. On devrait les appeler des faiseurs de fumier et des remplisseurs de latrines, car c'est là tout leur office en ce monde. Ils ne mettent en pratique aucune vertu et il ne reste d’eux que des latrines pleines. (R. 1179.)

38. — L’homme et l’animal sont proprement des transits et des conduits pour la nourriture, des sépultures d’animaux, des auberges de mort, des gaines de corruption; car ils entretiennent leur vie par la mort d’autrui. (R. 483.)

39. — Le sens commun est celui qui juge les impressions que lui transmettent les autres sens.

Le sens commun possède le mouvement médiateur, pour les impressions transmises par les cinq sens.

Les sens se meuvent suivant les objets, mandant leur similitude aux cinq sens qui transmettent à la sensibilité ; et celle-ci transmet au sens commun : et lui, étant juge, mande tout à la mémoire, dans laquelle, suivant leur puissance, plus ou moins, elles sont conservées.

Les anciens spéculateurs ont conclu que cette partie du jugement, donné à l’homme, tire sa cause d’un organisme auquel se référeraient les cinq sens, au moyen de la sensibilité.

Ils ont donné le nom de sens commun à ce sens et le placent au milieu de la tète. Ce nom vient de ce qu’il est juge des autres sens. Il se

meut au moyen de la sensibilité, placée au milieu, entre lui et les sens.

La sensibilité se meut au moyen de la similitude des choses à elle transmises par les instruments superficiels ou sens qui sont placés, au milieu, entre les choses extérieures et la sensibilité; pareillement les sens se meuvent d’après les objets.

La similitude des choses environnantes se transmet aux sens, qui la passent à la sensibilité ; elle-même les offre au sens commun, par qui elles entrent dans la mémoire où elles demeurent, selon leur plus ou moins grande importance.

Quel sens est plus rapide en son office et plus voisin de la sensibilité que l’œil, supérieur et prince des autres ? Nous en parlerons spécialement, en laissant les quatre autres, pour ne pas allonger notre matière. ( G . A. 90, r.)

Or, regarde, lecteur, ce que nous pouvons croire de nos anciens qui ont voulu définir ce qu’est l’âme et la vie, choses improuvables, car ce ne sont pas choses que l’expérience puisse clairement connaître et prouver, puisque pendant tant de siècles elles ont été ignorées et crues faussement.

L’œil qui fait clairement l’expérience de son office, jusqu’à ce temps, a été défini d’une façon diverse par d’infinis auteurs ; prouve par expérience qu’il en est une autre. (G. A. 119, r.)

DE LÉONARD DE VINCI

40. — De l’âme : Le mouvement de la terre contre la terre la refoule et la partie frappée se meut à peine.

L’eau frappée par l’eau fait des cercles autour de l’endroit frappé ;

A longue distance la voix dans l’air.

Plus encore dans le feu.

Plus enfin l’esprit dans l’univers.

Mais le fini ne s’étend pas dans l’infini. {H. 67, e.)

41. — Or, voici : l’espérance et le désir de se rapatrier et de retourner à son premier état fait comme la lumière pour le papillon; et l’homme, d’un continuel désir, toujours aspire au nouveau printemps, et toujours à un nouvel état et à de prochains mois et à de nouvelles années', et quand les choses désirées arrivent, il est trop tard et l’homme ne s’aperçoit pas qu’il aspire ainsi à sa ruine.

Mais ce désir est la quintessence des esprits élémentaires qui se trouvent enfermés, par l’âme, dans le corps humain ; l’homme aspire sans cesse à retourner vers son mandataire. Et vous savez que ce même désir, et cette quintessence est la compagne de la nature, comme l’homme est le modèle du monde.

Et l’homme a une souveraine démence qui le fait toujours pâtir, dans l’espoir de ne plus pâtir, et la vie lui échappe tandis qu’il espère

jouir des biens qu’il a acquis, au prix de grands efforts. (R. 1187.)

42. — L’âme paraît résider dans la partie judiciaire et la partie judiciaire paraît être dans le lieu où concourent tous les sens. On l’a appelé sens commun, et cela ne doit pas s’entendre de tout le corps, comme beaucoup l’ont cru, mais seulement du cerveau. Car si elle était partout et toute en chaque partie, il ne serait pas nécessaire que les instruments des sens concourussent au même lieu ; il suffirait que l’oeil seul opérât l’office du sentiment sur sa superficie, sans mander, par la voie des nerfs optiques, la similitude des choses vues au sens judiciaire ; l’âme, pour la raison susdite, le pourrait comprendre dans la superficie de l’œil.

Pareillement, au sens de l’ouïe suffit la voix résonnante dans la concavité parente de l’os pierreux qui se trouve dans l’oreille, et sans faire aucun transit au sens commun où la voix s’abouche et s’adresse à lui.

Le sens de l’odorat encore se voit, par la né cessité, contraint à concourir avec le jugement; le tact passe par les nerfs et transmet; et ces nerfs se répandent en d’infimes ramifications sous la peau qui recouvre les membranes du corps et les viscères.

Les nerfs portent le commandement et le sentiment aux muscles, et ensemble nerfs et muscles commandent à ces derniers le mouve-

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ment. Et ils obéissent, et pour obéir se gonflent en agissant : et leur gonflement rapproche leur longueur et les tire en arrière par le réseau des particules des membres, aboutissant à la pointe des doigts. Ils portent au jugement la raison de leur contact.

Les nerfs avec leurs muscles servent comme les soldats aux condottieri, et les muscles servent au sens commun comme les condottieri au capitaine. Donc la jointure des os obéit au nerf et le nerf au muscle et le muscle à la corde et la corde au sens commun; et le sens commun est le siège de l’âme et la mémoire sa munition, et la sensibilité sa référence. (R. 838.)

43. — L’âme ne peut se corrompre dans la corruption du corps, mais elle fait à la façon du vent, qui est cause du son dans l’organe ; or, si l’enveloppe se gâte, il n’en résulte pour elle aucun effet. (T. 32, r .)

44. — Qui veut voir comment l’âme habite dans le corps, n’a qu’à regarder comment le corps use de sa quotidienne habitations ; avoir si elle est désordonnée et confuse, désordonné et confus sera le corps possédé par l’âme. (A. 76, r.)

45. — Notre corps est au-dessous du ciel et le ciel est au-dessous de l’esprit. (T. 34, p.)

46. — Les sens sont terrestres et la raison se tient en dehors d’eux, quand elle contemple. (T. 32, r.)

47. — Tout mal laisse du déplaisir dans le souvenir, le salut n’est autre que le suprême mal, savoir la mort qui abolit le souvenir avec la vie.(^liSif. I. 33, r.)

48. — On verra toujours sur la terre des animaux qui combattent entre eux, avec les plus grands dommages et souvent la mort pour chaque parti.

Leur malignité n’a pas de bornes ; leurs bras sauvages jettent à terre les plus grands arbres des forêts de l’univers; et pour avoir leur nourriture, l’aliment de leurs désirs, ils déchaîneront la mort, les peines, les douleurs, les guerres et la dévastation sur toute chose vivante. Dans leur prodigieux orgueil ils se lèveraient contre le ciel, si le poids trop fort de leurs membres ne les maintenait sur la terre. Rien, ni sur la terre, ni dessous, ni dans l’eau, qui ne soit poursuivi, dérangé, abîmé par eux ; ils passent d’un pays à l’autre et le corps de cette engeance devient la sépulture et le passage de tous les corps d’animaux morts.

O monde, comment ne t’ouvres-tu pas, pour précipiter dans les plus grands trous de tes abîmes et gouffres et ne plus montrer à la lumière, un monstre si cruel et si impitoyable ? (C. A. 362.)

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