ASTRONOMIE
252. — Les auteurs disent que les étoiles ont une lumière propre, alléguant que s’il en était autrement pour Vénus et Mars, quand ils s’interposent entre notre œil et le soleil, ils obscurciraient autant le soleil, que s’ils le cachaient à notre œil. C’est faux, car il est prouvé que l’ombre placée au milieu du lumineux est entourée et couverte de rayons latéraux pour le maintien de telle lumière qui ainsi reste invisible.
Cela se démontre quand on voit le soleil à travers la ramification des plantes sans feuille, à longue distance, les rameaux n’occupent aucune part du soleil à nos yeux.
Il arrive de même aux planètes susdites qui, sans avoir de lumière propre, ne dérobent à nos yeux aucune partie du soleil.
Seconde preuve. — Ils disent que les étoiles dans la nuit paraissent d’autant plus claires qu’elles sont plus élevées et que si elles n’avaient
de lumière propre, l’ombre que fait la terre s’interposant entre elles et le soleil, on les verrait s’obscurcir, nous ne les verrions plus, et elles ne seraient pas perçues du corps terrestre. Ils n’ont pas considéré que l’ombre pyramidale de la lune ne parvient pas en excès aux étoiles qu’elle atteint; la pyramide diminue, selon l’espace qu’occupe le corps de l’étoile, et elle reste illuminée par le soleil.
253. — Si tu regardes les étoiles en évitant le scintillement (comme tu feras en regardant par un très petit trou, fait avec l’extrême pointe d’une fine aiguille et que ce trou soit placé presque à toucher l’œil), tu verras les étoiles si petites que rien ne saurait paraître aussi petit: et vraiment la longue distance affaiblit leur rayonnement, encore que beaucoup soient infiniment plus grandes que la terre et l’eau. Songe à ce que paraîtrait être notre monde, à une semblable distance. Considère ensuite combien d’étoiles pourraient s’intercaler en longueur et en largeur, entre celles que tu vois, si clairsemées dans l’espace nocturne.
Je ne peux m’empêcher de blâmer vivement ces anciens auteurs qui disaient que le soleil n’est pas plus grand qu’il ne parait.
Parmi ceux-là futEpicure ; il tirait cette opinion d’un luminaire placé dans notre air et équidistant au centre: qui le voit, ne le voit jamais moins grand à aucune distance. (R. 860.)
Les rayons de sa grandeur et vertu je les réserve au quatrième livre. Mais je m’étonne bien que Socrate blâmât ce corps céleste et qu’il le comparât à une pierre enflammée ; et, certes, qui le punit de telle erreur pèche peu.
Je voudrais avoir des mots qui me servissent à blâmer ceux qui veulent louer et adorer les hommes plutôt que le soleil, ne voyant pas dans l’univers un corps aussi magnifique et d’égale vertu.
Sa lumière éclaire tous les corps célestes qui sont dans l’univers ; toute la vie descend de lui : car la chaleur dans les animaux vivants vient du cœur ; et il n’y a dans l’univers aucune autre chaleur ni lumière, comme je le montrerai dans le livre IY.
Et certes ceux qui ont voulu adorer les hom-
DE LÉONARD DE VINCI
mes comme dieux, Jupiter, Saturne, Mars et autres, ont commis une grande erreur. Voyant encore que l’homme soit grand par rapport à notre monde qui paraît une petite étoile, c’està-dire un point dans l’univers, et voyant encore les hommes mortels et putrides et corruptibles dans leur sépulture, la « Sphère » et « Marullus (1) » avec beaucoup d’autres louent le soleil. (F. 5, r.)
254. — Épicure dit que le soleil a la grandeur qu’il paraît avoir : donc ce qui paraît être d’un pied, c’est comme si nous le tenions. Il s’ensuivrait que la lune, quand elle obscurcit le soleil, ne serait pas aussi grande qu’elle est. Sachant que la lune est plus petite, elle serait moins d’un pied et par conséquent, quand notre monde obscurcit la lune, il serait moins dudit pied.
Ainsi, le soleil étant d’un pied et notre terre faisant ombre pyramidale sur la lune, il est nécessaire que la lumineuse cause de la pyramide d’ombre soit plus grande que la cause opaque de cette pyramide. (F. 6, r.)
255. — Épicure voit peut-être les ombres des colonnes, reflétées sur les murs placés devant, égales au diamètre de la colonne. Étant donné
1. Spera de Goro Dati, Firenze, 1478. — Liber hymnorum de Michèle Tarcaniota (Marullo), Firenze, 1497.
Chiara splendore et fiamma rilucente Sopra tuValtre creatura bella
Ig concours de l’ombre parallèle de sa naissance à sa fin, il juge que le soleil forme le front de celte parallèle et par conséquent ne doit pas être plus gros que cette colonne : il ne s’avise pas que cette dimension d’ombre est insensible, à cause de l’éloignement du soleil.
Si le soleil était plus petit que la terre, les étoiles dans la plus grande partie de notre hémisphère seraient sans lumière. (F. 4, p.)
256. — Mesure combien de soleils s’intercaleraient dans ce cours de vingt-quatre heures. Si Epicure dit que le soleil n’est pas plus grand qu’il paraît, — prenant le diamètre du soleil en mesure de pieds et que le soleil entre mille fois dans son cours de vingt-quatre heures — il aurait un cours de mille pieds, soit cinq cents brasses, qui est un sixième de mille.
Or, le cours du soleil, dans le jour et la nuit, parcourrait la sixième partie d’un mille et cette vénérable lumière de l’astre aurait cheminé à raison de vingt-cinq brasses par heure. (F. 8, r.)
257. — Du soleil : Ils disent que le soleil n’est pas chaud, parce qu’il n’a pas couleur de feu, mais plutôt blanche et claire.
On peut répondre que lorsque le bronze liquéfié est le plus chaud, il est plus semblable à la couleur du soleil, tandis que refroidi il présente davantage la couleur du feu. (F. 10, r.)
258. — Je prouverai que le soleil, par sa nature, est chaud, et non froid, comme on a dit.
DE LÉONARD DE VINCI
Le miroir concave étant froid, mais recevant les rayons du feu, il réfléchit plus de chaleur que le feu lui-même.
La boule de verre, pleine d’eau froide, envoie au dehors ses rayons, près du feu, plus chauds que le feu lui-même.
Il résulte de ces deux expériences que les rayons venus du miroir concave ou de la boule d’eau froide sont chauds par vertu et non parce que le miroir et la boule sont chauds.
Il en est de même du soleil qui passant par les corps les chauffe au moyen de sa vertu. Et on a conclu que le soleil n’était pas chaud, — lui que la même expérience montre comme un foyer de chaleur : et cela se démontre au moyen du miroir et de la boule qui étant froids absorbent les rayons de la chaleur du feu et en font des rayons chauds parce que la cause première est chaude ; il arrive de même pour le soleil qui, étant chaud, en passant par des miroirs froids reflète grande chaleur.
Ce n’est pas la splendeur du soleil qui chauffe, mais sa chaleur naturelle. (G. 34, r ; F. 34, r .)
259. — Les rayons solaires passent par la froide région de l’air et ne changent pas leur nature, ils passent par des verres pleins d’eau froide et du reste, par quelque lieu transparent qu’ils passent,c’est comme s’ils pénétraient dans l’air même. (F. 85, v.)