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La nature a placé, dans le mouve

ment de l’homme, toutes les parties nécessaires. Si on les frappe, l’homme sent de la peine ; et il la sent aux jambes, au front et au nez. Cela a lieu pour sa conservation, car si ses membres n’étaient pas disposés à sentir cette douleur, certes les coups nombreux reçus en ces parties seraient cause de leur destruction. (R. 100.)

234. — Si la nature a placé la peine dans l’âme végétative douée de mouvement (animalité) pour la conservation des instruments que le mouvement pourrait diminuer ou blesser, l’âme végétative sans mouvement n’a pas à subir le choc des objets contre elle ; donc la douleur n’est pas nécessaire aux plantes, qu’on brise sans qu’elles sentent de la douleur comme les animaux. (H. 60, r.)

235. — Les œuvres de nature sont bien plus dignes que les paroles qui sont œuvre de l’homme. Entre l’œuvre humaine et l’œuvre naturelle, il y a la même proportion que de l’homme à Dieu. (LU. 14.)

236. — O Temps, rapide pilleur des choses créées, combien de rois, de peuples, tu as dispersés et quelles mutations d’état et quelles variées histoires s’ensuivirent, depuis la merveilleuse forme de ce poisson qui mourut dans la caverneuse et tortueuse grotte. Maintenant, défait par le temps, il gît dans ce lieu désert, décharné et nu, ses os servent d’armature et de soutien au mont posé sur lui. (R. 954.)

DE LÉONARD DE VINCI

237. — L’eau qui touche au fleuve est la dernière de celle qui s’en va et la première de celle qui vient : ainsi du temps présent. (T. 34, r.)

238. — Un atome, serait-il aussi véloce que l’imagination ou le regard, dépasserait la hauteur des étoiles. Son voyage serait infini; car ce qui peut diminuer sans fin, se ferait véloce infiniment, et parcourrait un chemin infini (car toute quantité continue est divisible à l’infini). Cette opinion condamnée par la raison, en conséquence, l’est aussi par l’expérience.

C’est pourquoi, vous, observateurs, ne vous fiez pas aux auteurs qui ont voulu, avec leur seule imagination, se constituer interprètes entre la nature et l’homme : mais suivez ceux qui ont exercé leurs peines non aux signes de la nature, mais aux effets de ses expériences. Il faut reconnaître comment l’expérience trompe ceux qui connaissent mal la nature. Car souventes fois, elle se montre semblable, souventes autres fois d’une grande variété, comme cela se démontre. (I. 102, r. et p.)

239. — Les animaux sont l’exemple de la vie universelle. (Br. M. 156, p.)

239. — Tous les rameaux des arbres, à chaque degré de leur hauteur joints ensemble, sont égaux à la grosseur de la branche maîtresse dont ils partent : la sève de la maîtresse branche se divise comme les rameaux, (G. 34, p.)

240. — Le soleil donne esprit et vie aux plantes de la terre, qui les nourrit de son humidité. J’ai fait l'expérience de laisser une petite racine à une courge et de la nourrir d’eau; elle conduisit à perfection tous ses fruits, environ soixante courges de l’espèce des longues. J’appliquai mon esprit avec attention à une telle vie et je reconnus que la rosée de la nuit, pénétrant abondamment par l’attache des grandes feuilles nourrissait la plante avec ses enfants ou œufs. Tout rameau, tout fruit naît sur la naissance de ses feuilles, laquelle lui tient lieu de mère, en lui portant l’eau des pluies et la rosée. (G. 32, p.)

241. — Les lignes droites des plantes se recourbent et présentent leur convexité au midi ; là, les rameaux sont plus longs, plus gros, plus épais qu’au nord : le soleil attire la sève vers la partie de la plante qu’il regarde. (G. 36, p.)

242. — Les cercles des branches coupées indiquent le nombre de leurs années et leur épaisseur, si l’année fut humide ou sèche. (LU. 829.)

243. — O puissant et déjà instrument animé de l’artiste nature, tes grandes forces ne sont pas à ton usage, mais tu dois abandonner une vie de repos et obéir aux lois que Dieu et le temps ont données à la nature génératrice, (R. 90.)

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244. — L’arbre, en quelque endroit écorché, voit la nature, qui l’a prévu porter à cette écorchure une plus grande quantité de sève, et à l’endroit entamé il croît une plus forte écorce qu’ailleurs. Et la sève est si active que, jointe au secours local, elle s’élève et au profit de l’élancement des rameaux, avec divers pullulements et boursouflures, comme de l’eau bouillante. ( G . A. 76, r.)

245. — La nature a mis la feuille des derniers rameaux de beaucoup de plantes de façon que la sixième feuille est sous la première et ainsi successivement, si rien ne s’oppose à cette règle.

Cela a été fait pour une double utilité : d'abord le rameau est le fruit de l’année suivante en naissant du bourgeon de l’œil, qui est dessus en contact avec l’attache des feuilles ; l’eau qui baigne ce rameau peut descendre et nourrir ce bourgeon et arrêter la goutte dans la concavité où naît la feuille, et second avantage, en poussant de tels rameaux, l’année suivante l’un ne couvre pas l’autre puisqu’ils naissent tournés de cinq côtés et que le sixième naît au-dessus du premier, à une grande distance. (LU. 398.)

246. — Cette nature si séduisante et si riche varie tellement, que parmi les arbres de la même espèce il ne s’en trouve pas un qui ressemble à l’autre et non seulement l’arbre mais les rameaux, les feuilles et les fruits sont

tous différents en quelque chose. ( C . A. 112.)

247. — Toutes les choses qui paraissent au printemps, naissent sous la neige et demeurent couvertes et ne paraissent qu’à leur saison ; cela s’applique à la tromperie qui ne peut rester cachée. (/. 39, v>.)

248. — Qui te pousse, ô homme, à abandonner ta maison de la ville, à laisser tes parents et amis et à t’en aller, par monts et vaux, dans des lieux champêtres? Sinon la beauté naturelle de l’univers, dont, à bien considérer, tu ne jouis que par la vue.

Si le poète veut disputer avec le peintre parce qu’il ne prend pas tels sites décrits par le poète restant à la maison sans sentir la surabondante chaleur du soleil : n’est-ce pas plus utile et moins pénible parce qu’on écrit au frais, sans mouvement, ni péril de maladie?

Mais l’âme ne peut jouir du bénéfice des yeux, fenêtres de son habitation, ni recevoir l’aspect de beaux sites, ni contempler l’ombreuse vallée, sillonnée par les lacets des rivières serpentantes, ni les fleurs variées dont les couleurs forment une harmonie visuelle, et toutes les autres choses que l’œil seul perçoit. Mais si le peintre, dans la saison froide et triste de l’hiver, te montre ces mêmes paysages et d’autres où tu as eu tes plaisirs ; si auprès de quelque fontaine tu peux te revoir, amant avec ta maîtresse, dans le pré fleuri, sous l’ombre douce

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des arbres verts, ne recevras-tu pas un autre plaisir qu’à entendre cet effet décrit par le poète? (R. 658, 257.)

250. — O combien de fois on vit les épouvantables troupes de dauphins et de grands thons fuir devant ta cruelle force ; et toi, qui fulminant avec un frémissement rapide des ailes et la queue fourchue, engendras sur la mer une soudaine tempête, avec grands heurts et submersion de navires, sous des vagues énormes, emplissant les sables découverts d’épouvantables, d’horribles poissons. (R. 156, r.)

251. — L’acte de tailler les naseaux des chevaux est chose ridicule qui mérite le rire. Les sots pratiquent cela, comme s’ils croyaient que la nature avait rien fait d’inutile et que les hommes pussent être ses correcteurs. Elle a fait deux trous au nez, chacun pour un des poumons. Si tu me dis : « pourquoi la nature at-elle donné des naseaux à l’animal puisque la bouche suffit à la respiration? » je te répondrai que les narines sont faites pour assurer la respiration, pendant que la bouche mâche la nourriture. ( C . À. 76, r.)

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