‹ Textes choisisChapitre 38 sur 100 · L’eau est le grand voiturier de la nature. (K. 2, r · texte numérisé non relu

L’eau est le grand voiturier de la nature. (K. 2, r

Elle creuse le sol et transporte en son premier élan les grosses pierres, puis les plus petites dont elle use les angles en les roulant, enfin le gros sable, le sable fin et le limon. (R. 977.)

285. — L’eau qui jaillit des monts est le sang qui vivifie les monts et sort de leurs flancs ou vient en les traversant ; la nature aide sa vie, étant abondante dans l’augmentation destinée à réparer le manque d’humidité desirée;

elle vient à son secours, à la similitude du parcours humain ; et on voit, par le secours apporté, le sang abonder sous la peau en forme de gonflement pour sortir d’un lieu infect. Ainsi la vigne étant taillée aux extrémités, la nature envoie de la racine au plus haut du cep taillé son humeur et celle-là étant versée fournit de l’humeur vitale jusqu’àla fin de sa vie. (A. 55, p.)

286. — Comme les rives de la mer acquièrent constamment du terrain vers le milieu de la mer.

Comme les rochers et les promontoires continuellement se ruinent et s’effritent.

Comme les mers intérieures découvrent leur fond à l’air et seulement réservent le lit des grands fleuves qui courent à l’océan et y versent leurs eaux, avec celles des autres rivières qui coulent avec eux. (G. 49. p.)

287. — Il y a, à la surface de Peau, des bosses et des cavités. De même que les bas qui couvrent les jambes révèlent au dehors ce qu’ils cachent, de même la partie superficielle de l’eau montre la qualité de son fond. ( A . 59, p.)

288. — Si l’eau ne peut se tenir au-dessus de l’air, comment est-il possible que se produise un tourbillon dans lequel l’eau forme la paroi d’une cavité remplie d’air ? Le poids ne pèse pas sur la ligne de son mouvement, ainsi les tourbillons très profonds se creusent à la façon

de grands puits, leurs parois latérales sont formées d’eau qui est plus haute que l’air ; ces bords de l’eau ne pèsent que sur la ligne de leur mouvement, pendant le temps de ce mouvement.

Plus le tourbillon est rapide, plus la cavité est profonde, et ainsi il y aura moins de cavité dans une eau épaisse et lente ! {F. 14, p.)

289. — La vague fuit souvent à l’endroit où elle se forme sans que l’eau se déplace. La ressemblance des vagues de la mer avec celles que produit le vent dans un champ de blé que l’on voit ondoyer, sans que les épis changent de place.

Quelquefois l’onde est plus rapide que le vent, quelquefois le vent est plus rapide que l’onde. L’onde est plus rapide, lorsqu’elle conserve la force d’impulsion donnée par un grand vent. {F. 48, p.)

DE LÉONARD DE VINCI

290. — Demande, quand un cercle se rencontre, en se développant, avec le cercle qui lui répond, s’il entre dans ses ondes en les coupant ou si aux points de contact les choses se réfléchissent sous des angles égaux. Quel beau et subtil problème ! {A. 61, r.)

291. — Gomment la masse de l’eau qui environne la terre a la forme sphérique ? Ce théorème est difficile, mais je dirai cependant ce qu’il me paraît.

L’eau, couverte par l’air, désire naturellement rester unie dans sa sphère, parce que là elle est privée de gravité. Cette gravité est double, d’abord son tout a une gravité attachée au centre des éléments (centripète) et une autre qui tend au centre de cette sphéricité d’eau (centrifuge). Cela est comme si ces deux gravités n’existaient pas : je vois seulement une demi- sphère qui demeure au centre.

Mais je ne sais aucun moyen humain d’en donner la formule scientifique, sinon de dire, comme de l’aimant qui attire le fer, que c’est une de ces vertus ou propriétés occultes qui sont si nombreuses dans la nature. ( C . A. 76, e).

292. — Note comme le mouvement de la surface de l’eau ressemble à celui d’une chevelure ; le mouvement de la chevelure est à deux temps : l’un correspond au poids des cheveux et l’autre à leur courbe. Ainsi l’eau a ses tours et détours, tantôt elle obéit au mouvement de

son cours, tantôt au mouvement incident et réfléchi. (W. An. IV.)

293. — L’eau est le grand voiturier de la nature, elle conduit la terre des monts dans les vallées humides, les rend fertiles et assainit l’air environnant. (F. 14, r.)

294. — Parmi les pires causes de terrestres dommages, il me paraît que les fleuves, avec leurs ruineuses inondations, tiennent lepremier rang ; et non le feu comme quelques-uns l’ont prétendu. Car le feu cesse de dévorer, dès qu’il n’a plus d’aliment ; le mouvement de l’eau qui est maintenu par l’inclination des vallées se termine et meurt avec la dernière bassesse de la vallée. Le feu est causé par l’aliment et le mouvement de l’eau par la pente. L’aliment du feu est désuni, séparé et ainsi il meurt en s’espaçant. La déclivité du vallon est une, et le dommage devient général, comme la course ravageuse du fleuve, qui en compagnie de ses affluents finit dans la mer, universelle bassesse et unique repos de la pérégrination de l’eau fluviale.

Mais avec quel langue et quel vocabulaire pourrait-on exprimer et dire les incroyables et effroyables ravages, les inexorables malices faites par le déluge des grands fleuves ? Comment pourrai -je dire ?

Certes, je ne me sens pas capable de cette démonstration, mais avec ce que me donne l’ex-

DE LÉONARD DE VINCI

périence je m’ingénierai à représenter la manière de ravager. Contre les fleuves sortis de leurs lits, aucune humaine défense n’existe (B. 953.)

295. — Si l’eau, qui se lève sur la haute cime des monts, vient de la mer, son poids la pousse donc pour s’élever plus haut que ces monts ? C’est une faculté particulière à l’eau de s’élever à une telle hauteur, elle qui éprouve tant de difficulté et met tant de temps à pénétrer la terre.

Cela n’a pas été concédé au reste de l’élément aqueux de faire comme sa partie qui confine à l’air, laquelle ne lui résiste pas alors que la masse ne s’élève pas à la même hauteur que la partie susdite.

Et loi qui as trouvé telle invention, retourne encore apprendre les choses naturelles, sinon tu cesserais d’avoir de semblables opinions dont tu as fait grande récolte, avec le capital du revenu que tu possèdes. (F. 72, e.)

296. — Et si tu veux dire que les nuages sont produits par la nature sur les monts au moyen des constellations, comment montreras-tu ces constellations formant les nuées de grandeur variée, et de divers états et d’aspects différents en un même site ? Et comme tu me montreras la glace congelée et stratifiée aux diverses hauteurs des monts et pour diverses raisons, la glace apportée de diverses contrées par le cours des fleuves en un endroit : la glace n’est

que des morceaux de pierre qui ont perdu leurs angles par leur longue révolution et les divers chocs et chutes qu’ils ont subis, suivant le cours de l’eau qui les a amenés là.

Commeje prouverai le très grand nombre des espèces variées de feuilles congelées dans les hauts rochers de tel mont, et l’algue, herbe de mer se trouvant mêlée aux coquilles et au sable. Et aussi tu verras toute chose pétrifiée avec les crustacés marins, rompus en morceaux, séparés et transmis par les nuages. (F. 80, r.)'g§

297. — Sans cesse les bas lieux du fond de la mer se creusent et au contraire les cimes des monts s’élèvent, la terre se fera sphérique et se couvrira d’eau et sera inhabitable. (F. 52, v.)

298. — De creuser un canal : Fais cela dans les livres des Adjuvances et en le prouvant allègue les propositions probantes : c’est le vrai ordre. Si ta voulais montrer l’Adjuvance à toute proposition, il te serait nécessaire de faire de nouveaux instruments pour prouver cette utilité, et ainsi tu confondrais l’ordre de quarante livres et aussi l’ordre des figurations. Tu aurais à unir pratique et théorie, qui seraient choses confuses et morcelées. (F. 32, p.)

299. — La sphère de l’eau, de sa surface au fond, a différentes profondeurs, et elle couvre le cubique de la terre comme si elle avait la figure du cube, huit angles, comme veut Platon. (F. 30, r.)

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