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ANATOMIE ET OPTIQUE

325. — Et toi, qui juges préférable de voir faire l’anatomie que de voir les dessins, tu dirais vrai, s’il était possible de voir en réalité tout ce que ces dessins te montrent en une seule figure, dans laquelle, avec tout ton génie, tu ne verras et ne connaîtras rien que quelques veines ; tandis que moi, pour en avoir vraie et pleine connaissance, j’ai disséqué plus de dix corps humains, séparant tous les membres, consumant en très petites parties toute la chair qui se trouvait autour de cette veine, sans répandre du sang, sinon celui presque insensible des veines capillaires. Un seul corps ne dure pas le temps nécessaire ; il faut procéder, de main en main, sur plusieurs corps pour arriver à l’entière connaissance ; et souvent recommencer deux fois pour trouver les différences.

Et si tu avais l’amour de la chose, tu serais encore empêché par ton estomac ; et s’il ne t’en empêchait pas, tu aurais peur de passer les heu-

res nocturnes en compagnie de morts tailladés et ouverts qui sont épouvantables à voir ; et si tu surmontes encore cela, il te manquera le bon dessin nécessaire à une telle figuration.

Si tu as le dessin, sauras-tu la perspective ? Auras-tu aussi l’ordre de la démonstration géométrique et le calcul des forces et comportements des muscles ? enfin il te manquera la patience : et tu ne seras pas diligent.

Si moi j’ai toutes ces choses ou non, les cent vingt volumes que j’ai composés l’affirment, et pour les faire je ne me suis laissé arrêter ni par l’avarice,ni par la hâte, mais seulement par le temps. Vale. (R. 796.)

326. — Donc, avec douze figures, te sera montrée la cosmographie du inonde mineur ( l’homme , microcosme) avec le même ordre que suivit Ptolémée, dans sa Cosmographie. Aussi, je diviserai ensuite le corps en membres, comme il divise en provinces ; je dirai l’office des parties pour chaque côte mettant devant les yeux la notice de toute la figure et puissance de l’homme et le mouvement local qui relie ses parties. (R. 798.)

327. — Gela apparaît clairement, si tu vois se mouvoir des paralytiques, des fiévreux, des gelés, leurs membres tremblent, tête et mains, sans licence de leur âme, qui, avec toute sa force, ne pourrait empêcher leurs membres de trembler.

Gela s’observe dans le mal caduc, chez les amputés, dans la queue du lézard. (R. 839.)

328. — La nature a ordonné, dans l’homme, les muscles officieux, tireurs des nerfs, qui peuvent remuer les membres, selon la volonté et le désir du sens commun, à la similitude des officiers délégués par un seigneur à travers plusieurs provinces et cités et qui en ces divers lieux le représentent et obéissent à sa volonté. Cette administration qui obéit en plus d’un cas comme à l’ordre donné par la bouche du seigneur, souvent agit d’elle-même dans un cas semblable, sans que le seigneur ait eu à manifester sa volonté. (G. A. 119, r.)

329. — Le cœur est le plus puissant des muscles... J’ai décrit la situation des muscles qui descendent de la base à la pointe du cœur et la situation des muscles qui partent de la pointe du cœur et vont à sa base. (G. 1, p.)

330. — Les oreilles du cœur sont des avantportes qui reçoivent le sang s’échapppant du ventricule, du début à la fin du resserrement, car si un tel sang ne s’échappait en partie, le cœur ne pourrait pas se serrer. (G. 1, p.)

331. — Le sang qui tourne en arrière, quand le cœur se rouvre, n’est pas celui qui ferme les portes du cœur. ( R . 850.)

332. — Le sang des animaux toujours se meut, partant de la mer du cœur et s’élevant jusqu’au sommet de la tête. (G. 2, r.)

333. — Tu feras une étude des mains de chaque animal pour montrer en quoi elles diffèrent,comme dans l’ours qui a les ligaments des tendons digitaux réunis sur le cou-de-pied. (R. 822.) (1)

Je rappelle ici que je dois montrer la différence qu’il y a de l’homme au cheval et aux autres animaux ; je commencerai par les muscles qui naissent sans tendons et se terminent sur les os, puis par ceux qui, à chaque extrémité ou à une seule, sont munis d’un tendon. (IC 109, v.)

334. — Que les figures, que les couleurs, que toutes les espèces des parties de l’univers soient réduites à un point : quelle merveille que ce point !

O admirable et surprenante nécessité, tu contrains, par ta loi, tous les effets à participer à leur cause, par la voie la plus brève. Ce sont là les vrais miracles.

J’ai écrit dans mon Anatomie, comment, en un si petit espace, l'image visuelle peut renaître et se recomposer dans la dilatation. ( G . A. 337.)

335. — Parce que l’œil est la fenêtre de Pâme, celle-ci a toujours peur de le perdre, de

1. Anatomie Homologique : la triple dualité du corps humain et la polarité des organes splanchniques, œuvre posthume du Docteur Adrien PÉLADAN fils, avec une préface de Josephin Péladan, Paris, Bodin, rue Christine, 1907, in-8°*

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sorte qu’étant en présence d’une chose imprévue et qui épouvante, l’homme ne porte pas les mains à son cœur, source delà vie, ni à la tête, habitacle du seigneur des sens, ni à l’oreille, ni au nez, ni à la bouche, mais devant le sens menacé ; il ferme les yeux, en serrant fortement les paupières qui soudain le retournent de l’autre côté ; ne se trouvant pas assez rassuré, il pose l’une et l’autre main, faisant avantgarde contre ce qui l’inquiète.

Encore, la nature a réglé que l’œil de l’homme se couvre de lui-même par les paupières, afin que, lorsqu’il dort, il soit à l’abri de toute atteinte. ( C . A. 116, e.)

336. — La pupille de l’œil change de grandeur suivant la clarté ou l’obscurité des objets qui se présentent devant elle.

La nature, en cela, a veillé à la faculté visuelle, quand elle est affectée par une lumière surabondante en restreignant la pupille et quand elle est gênée par l’obscurité d’augmenter sa lumière, comme on fait de l’ouverture d’une bourse. La nature agit comme un homme qui ayant trop de lumière dans sa maison ferme à demi la fenêtre, et plus ou moins, selon la nécessité ; et qui l’ouvre toute grande quand la nuit vient, pour mieux voir dans sa maison. La nature procède par une équation continuelle, tempérant et réglant la croissance et la diminution de la pupille, à proportion delà lumière

ou de l’obscurité qui se manifeste à l’œil. (D. 52.)

337. — L’œil, dont l’expérience montre s bien l’office, a été jusqu’à mon temps défini par un nombre infini d’auteurs d’une manière que je juge erronée. ( C . A. 117, v.)

338. — L’œil ne pourrait envoyer en un mois sa puissance jvisuelle à la hauteur du soleil. ( ASH . 2, l. v.)

339. — L’air est rempli de pyramides aux droites rayonnantes qui partent de tous les points des corps lumineux et qui forment des angles d’autant plus aigus qu’elles s’éloignent davantage de leur point d’origine. (R. I. 63.)

340. — La sphère vitrée sert au milieu de l’œil à redresser les images qui s’entrecoupent dans l’ouverture de la pupille, afin que la droite redevienne droite, et que la gauche redevienne gauche, par la seconde intersection qui se fait au centre de la sphère vitrée. ( D . 3, e.)

341. — La pupille de l’œil diminue dans la proportion ou augmente la lumière qui l’actionne ; réciproquement, la pupille augmente dans la proportion ou diminue la clarté du jour ou de toute autre lumière qui l’actionne. ( E . 17, v.)

342. — La pupille de l’œil, en plein air, change de dimension à chaque degré du mouvement solaire et avec les variations de la pupille se produit une variation dans la perception visuelle d’un même objet, bien que souvent la comparaison des objets environnants ne nous per-

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mette pas de découvrir ces changements dans l’objet que l’on regarde. (I. 10, r.)

343. — Tout corps qui se meut avec rapidité paraît teindre son parcours de sa propre couleur. L’éclair qui déchire les sombres nuées par la rapidité de son cours ressemble à une couleuvre lumineuse. Donne à un tison un cours circulaire, son cercle te paraîtra de feu. Gela tient à ce que l’impression est plus prompte que le jugement. En passant de la clarté à l’ombre, celle-ci paraît plus obscure jusqu’à ce que l’œil ait perdu l’impression de la clarté. (A. 26, c.)

344. — Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l’œil et regarde; ce que tu as vu d’abord n’est plus ; et ce que tu verras ensuite n’est pas encore.

Qui est celui qui le refait, si le faiseur est en continuel mouvement ? (F. 49, e.)

345. — Comme le corps, avec lenteur dans la longueur de son mouvement contraire, tourne avec le chemin, ensuite donne plus grand trait — et que des mouvements continus et brefs sont de petite valeur ; ainsi l’étude sur une même matière, faite à de longs intervalles de temps, permet plus de perfection au jugement et on juge mieux de son erreur. Ainsi fait l’œil du peintre pour critiquer son œuvre. ( G . A. 122, c.)

346. — Pourquoi l’œil voit-il plus précis l’objet de ses songes qu’avec l’imagination lorsqu’il est debout ? (R. 1114.)

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