PAYSAGES
Un effet de* nuage sur le lac Majeur.
519. — J’ai déjà observé de semblables condensations d’air ; et au-dessus de Milan, vers le lac Majeur, j’ai vu un nuage en forme de très grande montagne pleine de rochers creux : car les rayons du soleil qui était déjà à jl’horizon tiraient sur le rouge et teignaient le nuage de leurs couleurs. Et ce nuage attirait à lui tous les autres petits nuages qui le suivaient : quant au grand nuage il ne bougeait pas de sa place ; même sur son sommet la lumière du soleil resta jusqu’à une heure et demie de la nuit, tellement ce nuage était immense ; et vers deux heures de la nuit, il se leva un grand vent qui fut chose étonnante et inouïe. (R. 1021.)
DE LÉONARD DE VINCI
Des variées colorations de la mer.
520. — L’ondoyante mer n’a pas partout la même couleur : pour qui la voit de la terre ferme, elle est de couleur obscure et d'autant plus obscure qu’elle est plus voisine de l’horizon et vous voyez certaines clartés ou luisances qui se meuvent lentement à la manière de petites brebis blanches dans les troupeaux ; celui qui regarde se trouvant en haute mer, la voit azurée ! Cela vient, pour l’obscurité de la mer vue de la terre, de ce que tu vois l’eau qui réfléchit l’obscurité de la terre ; et pour l’effet azuré qu’on voit en haute mer, tu vois dans l’eau l’azur du ciel qu’elle reflète. (LU. 327.)
U île de Chypre.
521. — Aux bords méridionaux de la Cilicie se voit, au midi, la belle île de Chypre qui fut le royaume de la déesse Vénus. Beaucoup attirés par sa beauté eurent leurs navire et haubans brisés parmi les rochers environnés de l’eau vertigineuse. La beauté de la douce colline invite les navires vagabonds à se récréer parmi ses verdures fleuries, car des vents trompeurs emplissent l’île et la mer qui la baigne de suaves arômes.
Oh 1 que de navires ont été déjà submergés ! Oh ! que de nefs brisées sur ces rochers ! Là, on pourrait voir d’innombrables vaisseaux qui gisent désemparés et à moitié couverts par le
sable; ici se montre une proue, là une poupe, celui-là sa carène, cet autre est sur le flanc et cela semble un Jugement dernier qui doit ressusciter les navires morts, tant leur nombre est grand et couvre le bord septentrional.
Là les vents d’aquilon soufflent et font un bruit imprévu et apeurant.
522. — Décris les paysages avec le vent et l’eau, avec le coucher et le lever du soleil. (R. 417.)
523. — Décris un vent terrestre et maritime, une pluie. (R. 605.)
Une ascension au mont Rose.
524. — Je dis que l’azur que montre l’air n’est, pas sa couleur propre et qu’il est causé par l’humidité chaude, vaporée en atomes minuscules et insensibles ; et cette humidité chaude ensuite, reçoit la percussion des rayons solaires qui la rend lumineuse sous l’obscurité des immenses ténèbres de la région du feu qui de dessus lui fait couvercle.
On le verra, comme je l’ai vu, si on va sur le mont Rose, sommet des Alpes qui sépare la France de l’Italie. Cette montagne à sa base donne naissance à quatre fleuves qui arrosent par quatre directions contraires toute l’Europe; et aucune montagne n’a sa base en semblable hauteur.
Elle s’élève à une telle hauteur qu’elle dé-
passe tous les nuages et rarement il y tombe de la neige, mais seulement de la grêle qui demeure, quand les nuages sont à leur plus grande hauteur. Et cette grêle se conserve de telle façon que si ce n’était la rareté de sa chute et de l’ascension des nuages qui n’arrivent pas deux fois en un été, elle serait la plus haute quantité de glace élevée parles couches de grêle qui au milieu de juillet se trouvent considérables: et j’ai vu l’air, au-dessus de moi, ténébreux et le soleil, qui frappait la montagne, plus lumineux que dans les basses plaines, parce que moins d’épaisseur d’air s’interposait entre la cime du mont et le soleil. (R. 300.)
La végétation sur une colline.
225. — Ces herbes et ces plantes seront de coloration d’autant plus pâle que le terrain qui les nourrit est plus maigre et privé d’humidité : et le terrain est plus pauvre et maigre sur les rochers qui forment la montagne. Et les arbres seront plus petits et plus minces, à mesure qu’on monte vers le sommet, et aussi le terrain est d’autant plus maigre qu’on approche du sommet ; et au contraire le terrain est plus riche et plus gras à mesure qu’on descend vers le : creux de la vallée.
Donc, peintre, tu montreras au sommet de la montagne les rochers qui la composent couverts en majeure partie de terre, et les herbes
qui y poussent courtes et maigres et pour la plupart pâles et sèches par manque d’humidité ; et la terre pauvre et sablonneuse se verra transparaître dans cette végétation blême ; et les petites plantes rabougries et vieilles sans croissance avec une courte et épaisse ramification avec peu de feuilles, laissant à nu leurs racines rousses et arides au bord et aux crevasses des rocs escarpés dont les souches froissées par les hommes et les vents montrent en maints endroits le roc dépassant le col des hautes montagnes couvertes de légère et pâle rouille ; et ailleurs on voit leurs vertes couleurs étalées sous les coups de la foudre du ciel qui dans son cours, non sans vengeance, de tels rochers, souvent sont brisés.
A mesure qu’on descend vers le pied des monts, les plantes seront plus vigoureuses et riches de rameaux et de feuilles ; leur verdure si variée selon les espèces qui composent cette forêt dont la ramification avec ses divers genres et ses variétés de rameaux et de feuilles, de configuration et de hauteur ; et certains arbres avec les rameaux hérissés comme le cyprès et semblablement pour les autres aux rameaux étendus et développés comme le chêne, le châtaignier et autres semblables, certains avec de très petites feuilles ; d’autres à peine feuillus comme le genévrier, le platane semblables ; une certaine quantité de plantes nées ensemble et sépa-
DE LÉONARD DE VINCI
rées par des espaces inégaux ou par d’autres unis, sans di vision de zone et disséminés. (Z £/. 806.)