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Au même

Je ne suis pas, ô Diodare, accusable de paresse comme tu me le reproches, mais l’ardeur sans frein qu’a créée le bénéfice que je tiens de toi, m’a contraint, avec grande application à chercher et à découvrir avec diligence la cause d’un si grand et si surprenant effet ; et cette cause je ne pouvais la découvrir, sans y mettre le temps.

Maintenant pour te bien satisfaire sur l’origine

DE LÉONARD DE VINCI

d’un tel phénomène, il est nécessaire que je te décrive la forme du site ; et puis nous en viendrons à l’effet, et je crois que tu seras satisfait.

Ne te plains pas, ô Diodare, de ce que j’ai tardé à répondre à ta vive requête, car ce que tu me demandes est de telle nature qu’on ne peut le bien exprimer sans le temps nécessaire ; et surtout si on veut montrer la cause d’un grand effet, il faut décrire en bonne forme la nature du site, et grâce à cette connaissance, tu pourras facilement satisfaire à susdite recherche.

Je laisserai de côté la description de la forme de l’Asie Mineure et des mers et des terres qui déterminent l’aspect de sa surface, parce que je sais que l’activité et le soin de tes études t’en ont déjà donné la connaissance: il s’agit donc de caractériser la vraie figure du mont Taurus qui acausé ce prodige surprenantet calamiteux, dont nous avons à nous occuper ensemble.

Ce mont Taurus est le même que beaucoup appellent le sommet du mont Caucase : mais ayant voulu bien m’éclairer j’ai tenu à parler avec quelques-uns de ceux qui habitent au-dessus de la mer Caspienne. Ceux-là prouvent que bien que leurs monts aient le même nom, ils sont plus hauts et ils confirment que celui-là est bien le vrai Caucase, parce que Caucase dans la langue scythique veut dire suprême altitude.

Et véritablement, on n’a pas connaissance

que l’Orient ni l’Occident aient une montagne si élevée, et la preuve qu’il en est ainsi, c’est que les habitants des pays qui se trouvent par le ponant, voient les rayons solaires illuminer jusqu’à la quatrième partie de la nuit une place de son sommet ; et cela apparaît ainsi aux pays qui se trouvent à l’Orient. (G. A. 145, r.)

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