‹ Textes choisis et commentésChapitre 26 sur 56 · HISTOIRE DES CONFESSIONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES CONFESSIONS

intérêt à cette vie qui se révèle, comme nous sympathisons , avec toute forme d'existence qui se découvre à nous sincè- ', renient. Ôr, dans une telle entreprise, Rousseau n'a qu'un \ truide fidèle sur lequel il puisse compter : c'est la - chaîne\if des sentiments > qui ont marqué la succession de son être. La suite ininterrompue de ses affections lui permettra de retrouver la trame des événements qui s'y rapportent. Il ira continuellement du dedans au dehors.

On conçoit, dès lors, les limites d'une telle méthode. Son caractère personnel ou, pour parler avec les philosophes, son incurable 5/;^>f//V/Y^'' sera bien une condition d'intérêt et de valeur artistique. Mais que penser de l'exactitude et de la vérité historique qu'elle comporte? Rousseau luiniLMue en convient dans les Dialogues.

Pour qu'un objet lui fasse impression, dit-il en parlant de lui-même, il faut qu'à la simple évocation se joig^ne un sentiment distinct de plaisir ou de peine qui l'attire ou le repousse. Il en est de même des idées qui peuvent frapper son cerveau; si l'impression n'en pénètre jusqu'à son cœur, elle est nulle. Tout cela fait qu'il n'y eut jamais sur la terre d'homme moins curieux des affaires d'autrui et de ce qui ne le touche en aucune sorte, ni de plus mauvais observateur, quoiqu'il ait cru longtemps en être un très bon, parce qu'il croyait toujours bien voir quand il ne faisait que sentir vivement.

Ainsi, de sort propre aveu, Rousseau aurait été un mauvais observateur, parce que la vivacité du sentiment venait altérer chez lui la sûreté du jugement. L'aveu importe. Sans doute, il n'entache pas la sincérité des Confessions : leur vérité historique et, comme on se plaît à dire, objective pourrait en souffrir. Les <- erreurs » souvent signalées dans les Confessions s'expliquent par cette notation de sentiments vifs qui se substitue sans cesse à la vue de la réalité. Même quand celle-ci est directement abordée, l'émotion qu'elle soulève naturellement ne s'interposera-t-elle pas entre les choses et nous? L'auteur, occupé uniquement à saisir et à dépeindre le jeu de ses sentiments, conservera-t-il assez de lucidité pour noter au passage et conser-

141 I 1 UOUSSKAU — CHAP V

ver fidclcnicnt les impressions des événements sur lui? Aura-t-il surtout assr/ de san^-fioid pour ju^er ces événements en eux-mêmes? Donc, plus il exprimera ce qu'il sent, et plus à cerlnns éj^ards il s'éloignera de ce qui est, en sorte que la vérité de ses peintures sera souvent en raison inverse de leur sincérité. N'oublions pas toutefois que les Confessions restent vraies tl'une vérité suju*rieure, la vérité psychologique. Elles veulent nous montrer sous tous ses jours le moi de Rousseau, et elles y réussissent parfaitemcnt.

Page 1