‹ Textes choisis et commentésChapitre 33 sur 56 · COMPOSITION ET DOCTRINE DES DIALOGUES · texte numérisé non relu

COMPOSITION ET DOCTRINE DES DIALOGUES

complicité de « l'administration » et l'appui de la puissance. Le public approuve ce jugement inique.

Étranger, sans parents, sans appui, seul, abandonné de tous, trahi du plus grand uombre, Jean-Jacques est dans la pire position où l'on puisse être pour être jugé équitablenient. Cependant, dans les jugements sans appel qui le condamnent à l'infamie, qui est-ce qui a pris sa défense et parlé pour lui.? Qui est-ce qui s'est donné la peine d'examiner l'accusation, les accusateurs, les preuves, avec ce zèle et ce soin que peut seul inspirer l'intérêt de soi-même ou de son plus intime ami.^

Toutefois cette argumentation n'est pas le tout des Dialogues. Même dans le premier, qui nous présente le tableau effrayant de la persécution et du dédain dont il est l'objet, Rousseau entreprend de décrire la marche de ses sentiments; il rappelle ce que renferme de consolant la doctrine de celui qui fut « le peintre de la nature et l'historien du cœur humain ».. Dans le Second Dialogue, le tableau de la conjuration tient moins de place. En revanche, le portrait apologétique de sa personne, l'évocation inattendue de son caractère, de ses prédilections imaginatives s'y marquent avec une fermeté et un éclat qui rappellent la manière et le coloris des Confessions. L'exaltation extraordinaire des sentiments s'y révèle avec une insistance inquiétante; et, en un platonisme, inattendu, le « monde enchanté » que son imagination habite, et dont le précédent Dialogue nous avait fait les honneurs, y est donné comme plus réel que le monde de l'action et de l'effort, où nous nous mouvons d'ordinaire.

Le Troisième Dialogue, où s'accuse le délire de Rousseau, fait retour à l'idée fixe du complot et paraît écrit en pleine obsession et en plein cauchemar. Toutefois, les grandes pensées qui avaient fait la noblesse de sa doctrine ne l'ont pas abandonné. Des vues prophétiques se mêlent à cette chimère et à cette épouvante. L'athéisme y est flétri, et ses effets futurs dénoncés en termes d'une noble simi:)licité; d'autre part la revanche du sentiment intérieur, méconnu encore par l'intelligence, y est prédite ainsi que

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